Budget et fiscalité

Les renoncements budgétaires du gouvernement

15 mai 2019 • Agnès Verdier-Molinié

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Deux ans déjà que le gouvernement est au pouvoir. Remémorons-nous les ambitions passées : arriver à l'équilibre budgétaire en 2022, arriver à 93 % de dette par rapport au PIB, baisser les dépenses publiques à 52 % du PIB avec 60 milliards d'économies et baisser les prélèvements obligatoires à 43,6 points de PIB… Tout en ayant 1,7 % de croissance sur le quinquennat. Ces ambitions-là ont bel et bien disparu.

Beaucoup de choses ont changé. Et les objectifs ont été clairement revus à la baisse : +98 milliards de dépenses, + 113 milliards d'impôts, toujours un déficit d'au moins 27 milliards au lieu de l'équilibre des comptes… On est loin des objectifs initiaux.

Alors forcément, le nouveau programme de stabilité envoyé à Bruxelles par le gouvernement ne peut que décevoir… même si le Haut conseil des finances publiques souligne que les fondamentaux macroéconomiques sont « raisonnables ».

Côté croissance on passe de 1,7 % en moyenne dans le budget 2019 sur la durée restante du quinquennat à seulement 1,4 %. Encore faudra-t-il accumuler une croissance trimestrielle moyenne… de 0,4 point. Or, l'INSEE relevait fin avril, pour le premier trimestre, une croissance de seulement 0,3 point.

Sur le volet des prélèvements obligatoires, la France serait encore à 44,8 % par rapport au PIB en 2022. En valeur absolue, les prélèvements augmenteraient même de 113,7 milliards sur le quinquennat.

Pour les dépenses publiques, à politique inchangée, elles ne baisseraient que de 0,7 point. En valeur, elles continueraient de croître de 98,8 milliards. La dépense publique augmenterait de 1,8 % en moyenne entre 2019 et 2022 et de 1,9 % en 2022. D'ailleurs, notons que pour contenir la dépense, le gouvernement compte énormément sur le freinage des dépenses des collectivités et de la Sécurité sociale, ce qui semble bien hypothétique, pour ne pas dire irréaliste.

Concernant le solde public, au lieu d'atteindre un excédent de 7,9 milliards (soit +0,3 % du PIB), le solde attendu en 2022 est maintenant de -1,2 %. Un écart de -1,5 point qui constitue un énorme renoncement.

La dette, enfin, devrait atteindre en 2019 un maximum à 98,9 %. L'objectif de dette en 2022 se chante là encore sur l'air du renoncement avec 96,8 % au lieu de 92,7 %… Enfin, comme pour se laisser une poire pour la soif en cas de moindre baisse des dépenses publiques par rapport à la trajectoire présentée à nos partenaires européens, le programme de stabilité du gouvernement surévalue sciemment la charge de la dette et se laisse ainsi des marges de manoeuvre de l'ordre de 7 milliards (écart de 0,3 point de PIB entre la prévision de l'exécutif français et la Banque de France) en 2021. Soit la possibilité pour le gouvernement d'afficher des économies « faciles » mais non structurelles en 2022.

Cette volonté affichée en creux par le gouvernement de ne pas produire d'économies supplémentaires accouche d'un programme de stabilité sans aucune marge de manoeuvre. Et ce, d'autant plus que les annonces du président de la République suite au « grand débat » ne sont pas incluses dans le programme de stabilité alors que leur coût net est estimé à 6 milliards d'euros en 2022.

Dans ces conditions, il est plus que probable que les comptes publics dérapent beaucoup plus qu'anticipé. La Sécurité sociale est déjà annoncée avec des finances plus dégradées que prévu. Dans ces conditions, la dette pourrait bien dépasser les 100 % du PIB dès 2020, ce qui nous éloignerait durablement de nos engagements européens. Et le chômage ? L'objectif du plein-emploi semble s'éloigner inexorablement… A moins que le gouvernement ne se concentre enfin sur la compétitivité de nos entreprises ? Rêvons un peu.

Cette tribune a été publiée dans les Echos, le lundi 13 avril 2019. 

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