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Les recettes fiscales 2025 de la DGFiP seraient bonnes : fake news ?

Selon une récente note publiée par la DGFiP en mars 2026, « les recettes fiscales collectées par la DGFiP » progresseraient plus vite que le PIB en 2025. A périmètre constant 2024, celles-ci augmenteraient de +6,8 % par rapport à l’année précédente, soit plus vite que la croissance en valeur, estimée à +2 %. Cela représente une hausse de 37,7 Md€ de collecte par rapport à 2024. D’où vient cette hausse ? Elle est portée à 83,7 % par les recettes affectées à l’Etat (+31,6 Md€), à 12,9 % aux collectivités territoriales (+4,9 Md€) et à 3,4 % à la Sécurité sociale (+1,3 Md€). Elle apparaît surtout comme un retour apparent à une situation « normale » (+40,5 Md€ en 2025 à périmètre courant) après la hausse intervenue en 2022 (+40,8 Md€), la stagnation de 2023 (-1,6 Md€) et la petite reprise en 2024 (+27,2 Md€). Cependant, si l’on en retranche les mesures exceptionnelles prises en 2025 pour un montant de 7,9 Md€, l’augmentation n’est plus que de 32,9 Md€, soit +5,7 Md€ seulement par rapport à celle de l’année précédente. Par ailleurs la dynamique des recettes encaissées semble toujours assez atypique, lorsque l’on regarde la répartition par catégories d’impôts de ce rebond à un rythme de croisière.

Décomposition des recettes fiscales collectées par la DGFiP au bénéfice des affectataires

La publication de la DGFiP peut être rapprochée de celle de même nature publiée l’année précédente[1]. Le différentiel de réévaluation de la collecte 2024 est minime entre les deux notes, elle s’élève à 2,3 Md€, à raison de la catégorie résiduelle Autre taxes[2], dont le produit définitif s’est établi à 9,9 Md€ contre 7,5 Md€ seulement estimés pour 2024 en mars 2024. Par ailleurs une collecte incomplète de la DGFiP quant aux accises sur les tabacs et alcools en 2024 suite au transfert de cette compétence abandonnée par la DGDDI (douanes), impose un retraitement spécifique du millésime 2025 afin de réfléchir à périmètre de recouvrement inchangé. Le même travail doit également être réalisé pour 2024 avec l’année 2023 date du début des transferts de recettes à la DGFiP par les douanes.

Il en résulte que la collecte fiscale de la DGFiP a cru de +6,8% en 2025, soit +37,6 Md€ à périmètre constant. Soit +30,4 Md€ pour l’Etat, +4,1Md€ en direction des APUL et 3,1 Md€ pour les ASSO. A périmètre courant cependant les augmentations seraient un peu différentes, avec + 40,3 Md€ soit +7,1%, dont +32,8 Md€ de taxes collectées au niveau de l’Etat, +4,1 Md€ sur les APUL et +3,9 Md€ sur les ASSO.

Décomposition de la fiscalité collectée par la DGFiP à champ courant

Md€

2023

2024

2025

Ecart 2025-2024Var 2025-2024
Total à champ courant

542,8

570,0

610,3

40,3

7,1%

Etat

302,9

306,7

339,5

32,8

10,7%

APUL

144,8

150,7

154,8

4,1

2,7%

ASSO

95,1

112,6

116,5

3,9

3,5%

Source : DGFiP, mars 2025 et mars 2026.

Décomposition de la fiscalité collectée par la DGFiP à champ constant

Md€

2023

2024

2025

Ecart 2025-2024Var 2025-2024
Total à champ constant

542,8

553,2

590,8

37,6

6,8%

Etat

302,9

306,7

337,1

30,4

9,9%

APUL

144,8

148,3

152,4

4,1

2,8%

ASSO

95,1

98,2

101,3

3,1

3,2%

Source : DGFiP. Recalcul à périmètre constant – Fondation iFRAP, mars 2026

La dynamique la plus forte est celle concernant les sommes affectées à l’Etat lui-même, puisqu’entre 2023 et 2024, les produits augmentent de 3,8 Md€, mais de +32,8 Md€ l’année suivante à champ courant. Au contraire les sommes collectées au profit de collectivités territoriales et leurs satellites s’apprécient de +5,9 Md€ entre 2023 et 2024, puis de 4,1 Md€ entre 2024 et 2025, soit une légère régression. S’agissant maintenant des ASSO, les larges transferts de TVA intervenus en 2024, expliquent l’augmentation de 17,5 Md€ constatés, dynamisme qui, en revanche, ralentit entre 2024 et 2025 puisque les recettes affectées au bénéfice des administrations de sécurité sociale n’augmentent que de 3,9 Md€. 

En 2025 un retour apparent au rythme d’augmentation de 2022

Comme le montre le tableau suivant, les +40,3 Md€ de recettes collectées par la DGFiP en 2025 par rapport à 2024 répondent aux +40,8 Md€ de recettes fiscales encaissée par l’institution entre 2021 et 2022. La décomposition permet de montrer cependant que ce « rythme de croisière » répondant au rebond de 2022, est principalement centré sur l’Etat, avec une croissance de +10,7 % en 2025 des recettes contre +9,9 % en 2022. Pour les recettes affectées aux autres administrations, les dynamiques sont plus modestes (+2,7 % pour les APUL en 2025 contre +5,0 % en 2022, +3,5 % pour les ASSO en 2025 contre +7,3 % pour les ASSO). 

 

2021

2022

2023

2024

2025

Total à champ courant

503,6

544,4

542,8

570,0

610,3

Variation 

40,8

-1,6

27,2

40,3

En % 

8,1%

-0,3%

5,0%

7,1%

Etat

279,1

306,7

302,9

306,7

339,5

Variation 

27,6

-3,9

3,8

32,8

En % 

9,9%

-1,3%

1,3%

10,7%

APUL

137,5

144,3

144,8

150,7

154,8

Variation 

6,8

0,5

5,9

4,1

En % 

5,0%

0,3%

4,1%

2,7%

ASSO

87,0

93,4

95,1

112,6

116,5

Variation 

6,4

1,7

17,5

3,9

En % 

7,3%

1,9%

18,4%

3,5%

Source : DGFiP, présentation et calculs Fondation IFRAP mars 2026

Bien entendu, les autres administrations affectataires sont également victimes des modifications des transferts dont elles sont les destinataires et tout particulièrement les ASSO. Reste alors à vérifier précisément la composition de cette hausse pour savoir si les « moteurs » classiques des hausses fiscales sont toujours les mêmes où s’il y a de substantielles modifications.

Décomposition et répartition des impôts par catégories et par affectataires

La DGFiP fournit maintenant des données plus précises encore, impôt par impôt lorsque c’est possible, ce qui permet une analyse plus fine de la collecte réalisée. Elle est cependant exprimée uniquement à champ courant. Elle est également exprimée pour l’année courante par impôts et par niveaux d’administration. Nous présentons ici les variations par niveaux d’affectataires sur deux ans, après avoir neutralisé les écarts de périmètres entre les deux années :

Md€

2024

2025

Var 24-25

l'État

adm. publiques locales

adm. de sécurité sociale

Total

570,0

610,3

40,3

32,8

4,1

3,9

Impôts sur la consommation

232,7

241,6

9,0

6,0

1,1

1,9

Taxe sur la valeur ajoutée†

210,7

211,7

1,1

0,5

0,2

0,3

Accises sur les tabacs et l'alcool

14,6

17,2

2,6

0,0

0,0

2,6

Taxes intérieures sur la consommation finale d'électricité et la consommation de gaz naturel et de charbon

6,8

11,8

5,0

4,7

0,3

0,0

Taxe sur les boissons non alcooliques

0,6

0,9

0,3

0,0

0,0

0,3

Impôts sur le revenu des ménages et des sociétés

188,2

207,8

19,5

18,1

0,0

1,5

Impôts sur le revenu des ménages

128,8

138,5

9,6

8,7

0,0

0,9

     dont impôt sur le revenu†

88,0

94,9

7,0

7,0

0,0

0,0

     CDHR

 

0,4

0,4

0,4

0,0

0,0

     dont prélèvements sociaux sur les revenus

34,9

36,2

1,3

0,2

0,0

1,1

     dont autres retenues à la source

6,0

7,0

1,0

1,0

0,0

0,0

Impôt sur les sociétés et contribution sociale sur les bénéfices†

59,4

61,8

2,4

2,4

0,0

0,0

Contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises

 

7,5

7,5

7,5

0,0

0,0

Impôts sur le patrimoine

93,2

98,0

4,8

0,4

4,4

0,0

Taxes foncières et taxes annexes

53,3

54,9

1,6

0,0

1,6

0,0

Droits de mutation à titre gratuit

20,9

21,2

0,3

0,3

0,0

0,0

Droits de mutation à titre onéreux et droits d'enregistrement

16,3

19,2

2,9

0,0

2,9

0,0

Impôt sur la fortune immobilière

2,7

2,8

0,0

0,0

0,0

0,0

Impôts sur la production

38,3

38,9

0,6

-0,7

0,2

1,1

Taxe sur les salaires

17,4

17,9

0,4

0,0

0,0

0,4

Cotisation foncière des entreprises et IFER

11,3

11,5

0,2

0,0

0,2

0,0

Cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises

4,6

4,5

-0,1

-0,2

0,1

0,0

Taxe sur les surfaces commerciales

1,2

1,2

0,0

0,0

0,0

0,0

Taxe générale sur les activités polluantes

1,2

1,2

0,1

0,1

0,0

0,0

Contribution sur les rentes inframarginales

1,1

0,7

-0,4

-0,4

0,0

0,0

Taxe sur les services numériques

0,8

0,9

0,1

0,1

0,0

0,0

Taxe sur les véhicules de société

0,6

1,0

0,4

0,0

0,0

0,4

Autres impôts et taxes

33,4

39,1

5,7

12,4

-5,8

-0,8

Taxes spécifiques aux assurances

11,7

12,6

0,9

0,2

0,8

0,0

Autres taxes*

9,9

13,7

3,8

10,5

-6,0

-0,7

Produits et prélèvements sur les jeux d'argent

5,9

5,9

0,0

-0,1

0,0

0,1

Taxe d'habitation et taxes annexes

4,5

3,8

-0,7

-0,1

-0,6

0,0

Taxe sur les transactions financières

1,3

2,5

1,2

1,2

0,0

0,0

Taxe sur les rachats d'actions

 

0,5

0,5

0,5

0,0

0,0

Remboursements et dégrèvements (hors TVA, IR, IS)

-15,7

-15,0

0,7

-3,2

3,8

0,0

Source : DGFiP. Recalcul à périmètre constant – Fondation IFRAP, mars 2026

Comme on l’a vu plus haut, les recettes de l’Etat augmentent de 32,8 Md€ entre 2024 et 2025 contre +3,8 Md€ un an plus tôt. On semble donc revenu à une dynamique normale s’agissant des recettes collectées par le DGFiP et affectées à l’Etat. La cinétique des recettes collectées pour le compte des autres affectataires étant beaucoup plus faible, soit +4,1 Md€ pour les APUL et +3,9 Md€ pour les ASSO. 

Nous nous concentrerons donc essentiellement sur l’évolution des recettes fiscales affectées à l’Etat. 

  1. Premier constat, la catégorie des impôts sur la consommation est relativement faible avec +6,0 Md€ en 2025. La situation n’est pas « normale » puisque le rendement des TVA est toujours atone, avec +0,5 Md€ sur 211,7 Md€ de recettes non déductibles collectées. Au contraire le rendement est porté par les accises (ex-TICFE) sur l’énergie (électricité, gaz, charbon) avec la fin des mesures d’accompagnement – le bouclier tarifaire sur l’électricité – et « de l’effet retardé en 2025 de la hausse des tarifs en 2024 sur le gaz », soit +4,7 Md€.

  2. En revanche, la catégorie d’impôts qui augmente le plus est celle des impositions sur le revenu des ménages et des sociétés. La collecte affectée à l’Etat augmenterait de +18,1 Md€, dont 7 Md€ sur l’impôt sur le revenu, ainsi que 7,9 Md€ de fiscalité exceptionnelle avec les produits de la CDHR (400 M€ en 2025) et 7,5 Md€ sur la surtaxe IS, la CEBS, tandis que l’IS majoré pour les très grandes entreprises et la CSB (contribution sociale sur les bénéfices), n’augmentent que de +2,4 Md€. Ainsi, hors impositions exceptionnelles bien que reconduites pour 2026 en viole de la parole initiale du Gouvernement à cause du mécanisme du précompte (anticipation des encaisses), la dynamique de cette catégorie d’imposition est portée uniquement par l’IR et la CEHR qui lui est associée. Il faudra donc porter une attention toute particulière à l’explication du rendement exceptionnel de l’IR et la dynamique de ces différentes cédules (PAS (prélèvement à la source), PFU (prélèvement forfaitaire unique) sur les revenus mobiliers etc.). 

  3. Les autres impôts et taxes augmentent au niveau de l’Etat de +12,4 Md€, dont +10,5 Md€ dans la catégorie « autres taxes ». Catégorie qui comporte notamment la hausse de la taxe sur les billets d’avion et autres taxes affectées (+3,8 Md€), mais aussi près de 6,7 Md€ de modification des affectations, puisque les collectivités voient leur affectation d’autres taxes baisser de 6 Md€ et les ASSO de -0,7 Md€. 

S’agissant maintenant des APUL, on note la hausse des DMTO qui augmentent de +2,9 Md€, et s’agissant des ASSO, les droits, tabacs et alcools transférés de la DGDDI à la DGFIP affectés à la Sécurité sociale augmentent de +2,6 Md€, tandis que les prélèvements sociaux sur les revenus (notamment via PFU) augmentent de +1,1 Md€. 

Il ressort donc de ces analyses que la « dynamique » des recettes collectées par la DGFiP est atypique : sur les impôts traditionnels, c’est d’abord les recettes d’IR qui sont en forte augmentation (+7,9 %), et le rebond des accises sur les énergies (+73,7%) et timidement sur l’IS (+4%). Et c’est tout. La TVA reste atone, et des taxes sectorielles classées dans les « autres taxes » de la catégorie « autres impôts et taxes » augmentent de +3,8 Md€. Le reste des produits est d’abord porté par les impositions exceptionnelles sur l’IR et l’IS pour 7,9 Md€… on est loin d’une « reprise » classique à laquelle on aurait pu s’attendre avec une croissance des recettes totales de +7,1% contre une inflation de +2% en 2025. Pas de quoi pavoiser.

 


[1] Consulter, Les recettes fiscales collectées par la DGFiP progressent plus vite que le PIB en 2025, DGFiP Statistiques n°43, mars 2026 à comparer à Les recettes fiscales gérées par la DGFiP en 2024, DGFiP Statistiques n°29, mars 2025. 

[2] Cette catégorie comprend notamment la taxe sur les billets d’avions.