Agriculture et énergie

Prix de l’électricité : +40% en 10 ans

07 février 2021 • Philippe François

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Depuis le 1er février dernier, le prix de l'électricité a augmenté de +1,61% en moyenne pour une hausse annuelle moyenne de 15€ pour la facture des Français. Une nouvelle augmentation... puisqu'en 10 ans, le prix de l'électricité a augmenté de 40%. Un niveau très supérieur à l’inflation de 8,5% sur la période, alors que les prix des produits industriels banalisés évoluent généralement à la baisse. L’électricité a pourtant été déclarée « énergie de l’avenir » par tous les gouvernements, seule capable de répondre aux besoins des Français, de confort, de déplacement et de production, sans émettre de gaz à effet de serre. Sa consommation devait donc être encouragée, en restant disponible en quantité suffisante et à un prix modéré et stable. Parmi les six causes souvent mises en avant pour expliquer ces augmentations, lesquelles y contribuent vraiment ?

  • L’ouverture à la concurrence du secteur de l’électricité ?
  • Le quasi-monopole d’EDF ?
  • Les problèmes du nucléaire français ?
  • Le surcoût des nouvelles énergies renouvelables ?
  • Le compteur Linky ?
  • Les taxes ?

L’évolution du prix de l’électricité dépend de celle de ses trois composants, contribuant désormais chacun pour un tiers : la production, la distribution et les taxes.

En ce qui concerne la production de l’électricité (les électrons), elle est stable, réalisée sur le territoire national et dépend très peu des cours mondiaux du charbon et des hydrocarbures. Leurs prix étant actuellement très faibles, ne peuvent de toute manière pas justifier une augmentation du prix de l’électricité.  

Une fois cette cause d’augmentation du prix de l’électricité exclue, six autres sont a priori envisageables.  

L’ouverture à la concurrence du marché de l’électricité ?

Contrairement au secteur des télécommunications, celui de l’électricité n’a pas connu de révolution technologique permettant aux consommateurs de disposer de services 1.000 fois plus puissants pour des factures 2 fois plus élevées. Sur le marché de l’électricité, la centaine de nouveaux entrants n’ont pas pu faire de miracles, d’autant plus qu’ils se fournissent massivement auprès d’EDF au tarif fixé par l’État. Ils peuvent aussi se la procurer sur le marché européen par des contrats de long terme, ou sur le marché spot où les prix varient autour de 35-45 euros en moyenne, mais avec des pics allant de prix négatifs à des centaines d’euros le MWh. Au total, loin de faire augmenter le prix de l’électricité, les nouveaux entrants et EDF proposent, sur les kWh consommés, des contrats inférieurs de 8 à 10% aux tarifs régulés. Certains proposent aussi de nouveaux services (ex. kWh verts ou équivalents verts), ou de nouveaux tarifs (ex. week-end, nuit profonde, retrait en cas de pic de consommation) rendus possibles grâce aux compteurs Linky.

Les fournisseurs qui sont producteurs de renouvelables (ex. éolien, solaire) peuvent aussi profiter des subventions qu’ils perçoivent pour baisser leurs prix aux consommateurs.   

Le quasi-monopole d’EDF ?

La tentation de laisser aller et d’abus de pouvoir est universelle pour tous les monopoles. Le fiasco de Flamanville, celui de Super Phénix, les retards dans la mise à niveau des réacteurs existants et les échecs de contrats à l’étranger (ex. Emirats arabes unis) confirment une forme de laisser aller de l'actionnaire public, conduisant au laisser aller de trop nombreux salariés. Le montant élevé des salaires, des retraites (moyenne : 3.592 euros brut par mois à 57 ans en 2017) et des avantages en nature ne sont plus justifiés en face des résultats actuels de l’entreprise, et n’ont été maintenus que grâce à l’abri du monopole. L'effondrement du cours de l'action EDF prend acte de ces dysfonctionnements.

Les nouvelles énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse, petit-hydraulique) ?

En 2021, toutes ces productions renouvelables d’électricité sont plus coûteuses que les prix de marché et que la production nucléaire, et bénéficient en plus d’une priorité absolue d’accès au marché (même en cas de surproduction, ils sont payés aux tarifs administrés). Leurs prix garantis par l’Etat vont de 600 euros par MWh pour le solaire en toiture des années 2010, à 80 euros pour l’éolien terrestre récent, et ne tiennent pas compte de leur caractère intermittent (ex. zéro production solaire aux pics de consommation d’automne et d'hiver) et aléatoire (ex. faible production éolienne en cas d’anticyclone).

Le compteur Linky ?

Le déploiement du compteur « intelligent » Linky a été justifié par les économies de gestion qu’il allait entraîner pour ENEDIS (relevés de consommation à distance, simplicité des ouvertures et fermetures de comptes, détection à distance des anomalies). Du point de vue comptable. Les nouveaux services rendus possible constituaient une sorte de bonus. Enedis a dû financer les installations de 2014 à 2021 (à des taux très faibles sur la période), en comptant sur des économies à partir de 2021. Ce déploiement ne peut donc pas justifier de hausses de tarif.

Les taxes ?

Le niveau des taxes n’a pas cessé d’augmenter et donne la mesure des diverses rustines appliquées au système électrique français. En plus de la TVA sur les abonnements et les consommations, ces taxes regroupent des éléments très divers : (CTA) Contribution tarifaire d’acheminement pour le financement des retraites EDF, (CSPE) Contribution au service public d’électricité pour subventionner notamment les énergies renouvelables, (TCFE) Taxe sur la consommation finale d’électricité versée à la commune, au département et à l’Etat.

Et si  ces taxes apparaissent bien sur les factures des consommateurs, le coût des Certificats d'économie d'énergie (CEE) reste caché : les dépenses que les fournisseurs sont contraints d'engager pour encourager leurs clients à faire des économie d'énergie sont au final répercutées sur les clients. Une surcoût de 3 à 4% du prix de l'énergie d'après l'ADEME.

Ordre de grandeur des investissements

Les dizaines de milliards d’euros nécessaires pour enfouir les déchets nucléaires ou rénover les centrales nucléaires existantes sont impressionnants. Mais il faut les mettre en regard des délais (en dizaines d’années) et des données annuelles d’EDF dont la rentabilité est très insuffisante mais dont les données restent importantes : pour 2019, CA : 71 milliards d’euros, EBITDA : 17 milliards d’euros, investissements : 14 milliards d’euros. A titre de comparaison, la centrale éolienne de Fécamp en cours de construction représenterait un investissement de 2 milliards d’euros. Six centrales de ce type ont été engagées en France.

Conclusion

Pendant les pics de consommation, la fermeture de nombreuses centrales nucléaires, à charbon, au fioul et au gaz en France et en Europe peut entrainer des quasi pénuries et donc des augmentations brutales de prix. Des centrales abandonnées, soit pour des raisons de réglementation environnementale, soit pour des raisons économiques, ces centrales, trop souvent exclues du marché par le droit de priorité accordé aux énergies renouvelables, n’étant plus rentables.

En ce qui concerne l’augmentation moyenne du prix de l’électricité en France, elle résulte des 3 causes franco-françaises ci-dessous.

Causes d’augmentation du prix de l’électricité en France en 2021

Cause

Concurrence

Linky

Monopole EDF

Renouvelables

Taxes

Oui/Non

Non

Non

Oui

Oui

Oui

Surcoût
en Md € /an

-

-

3

4

2

Note 1 : l’impact des renouvelables inclut le surcoût direct des MWh produits, celui de leurs conséquences sur les réseaux et celui de la gestion de leurs producteurs, petits, nombreux et intermittents.

Note 2 : les taxes ne sont quantifiées ici qu’hors des causes liées aux renouvelables et au monopole EDF, évaluées séparément.

Note 3 : les surcoûts liés au nucléaire français sont inclus dans la case « Monopole EDF ».   

L’argument « malgré tout, l’électricité reste moins chère en France que dans de nombreux pays étrangers » est exact. Mais elle est aussi beaucoup plus chère qu’aux Etats-Unis, Canada, Suède, Finlande, Danemark, Pologne, Ukraine, Russie ou Chine, et la France ne doit surtour pas abandonner l'un de ses atouts. Le coût de la vie est plus élevé par exemple en France qu'en Allemagne. Pour le niveau de vie des Français et pour la compétitivité des entreprises, il faut préserver l'avantage que représente le faible coût de l'électricité. 

Commentaires

  • Par François C • Posté le 20/02/2021 à 10:15 une petite erreur : prix moyen du Kwh : moyenne 35 - 405 € le Mwh Sans doute une erreur : le bon prix doit être "35 - 45"... Cdlt FC
    • Par p.francois • Posté le 20/02/2021 à 11:32 Tout à fait, j'ai hésité entre 35-40 et 35-45 pour finir par mettre 35-405 par erreur. Merci.
  • Par Théophile • Posté le 16/02/2021 à 17:47 Il me semble que l'augmentation du prix de l'énergie est inévitable puisque les besoins seront maintenant couverts par du renouvelable et du nucléaire modernisé et sécurisé (cette fois-ci il ne faudra pas oublier l'amortissement dans le prix). Le nucléaire, l'hydraulique ainsi que le transport et la distribution (technique) de l'énergie sont des domaines techniquement monopolistiques qu'il faudra financer avec le bon prix et non un prix "politique". Il faudra donc dans ces domaines un contrôle fort de la puissance publique pour empécher la rente. Cela suppose que l'Etat retrouve les compétences qu'il avait pendant les 30 glorieuses. Pour le renouvelable, la concurrence est souhaitable évidemment parce qu'elle est possible.
  • Par JeanRen • Posté le 16/02/2021 à 15:59 Il faut aussi rappeler que les prix de l'électricité sont fixés par l’État et qu'ils sont maintenus bas pour des raisons électoralistes. EDF ne peut pas couvrir ses frais et doit s'endetter pour provisionner ses frais de carénage, de stockage des déchets et de construction d'EPR décidée par d'autres. Si EDF n'était contrôlée par l’État, elle serait en faillite. L’État a aussi fortement contribué au naufrage dans les années 90 en refusant de construire de nouvelles centrales, ce qui fait que le savoir faire a été perdu. Ajoutons qu'il n'a jamais joué son rôle en laissant Mme Lauvergeon faire n'importe quoi chez l'ancien Areva. On avait même vu Areva et EDF se faire concurrence pour vendre ce même EPR en Asie et au Moyen Orient ! Une partie du boulet est revenue chez EDF avec les EPR finlandais et français en construction. Et ce n'est pas fini avec le projet Hinkley dans lequel EDF prend tous les risques en signant un contrat léonin en faveur des Anglais. Nous payons tout cela maintenant, en plus des taxes et des couts de monopole. EDF n'est plus capable financièrement d’opérer dans le nucléaire, c'est ce qui justifie la nationalisation de celui-ci, malheureusement.
  • Par nikopol • Posté le 12/02/2021 à 20:06 +40 % - l’inflation 8,5%, c'est énorme, inutile et antisocial Quel mépris des #giletsjaunes. Attention : Philippe François, renseignez-vous, #Superphenix est une formidable réussite technique qu'on ne saurait plus réaliser. Le sabordement a été politique. La fausse concurrence renchérit bien l'électricité.
  • Par Pellen • Posté le 12/02/2021 à 11:46 Pardonnez-moi, cher Patrick Bernert, mais Hercule consiste à apposer un cataplasme sur les nécroses d'un cancer en train de tuer EDF et, avec elle, l'approvisionnement et la stabilité de la distribution électro énergétique du pays. Ce cancer c'est un ARENH qu'il convient de supprimer de toute urgence, en même temps que supprimer le tarif administré de l'électricité et laisser EDF libre de fixer ses tarifs, conformément à la doctrine de la commission de Bruxelles, de ce fait, priée de s'occuper de ce qui la regarde. À ce propos, permettez-moi de citer mon ami Lionel Taccoen : Tant que la France présentera des projets comportant des dérogations (tarifs administrés, ARENH, Hercule...) aux règles de concurrence que les gouvernements de droite et de gauche ont approuvées il y a un quart de siècle, l’avenir d’EDF se décidera à Bruxelles où l’Autorité de Concurrence est seule habilitée à accorder ces dérogations. Cette Autorité de Concurrence tient ces pouvoirs de dispositions approuvées par les gouvernements français de droite et de gauche et confirmées régulièrement. Il y a deux solutions : - quitter l’Union Européenne, et donc l’euro et retrouver la roupie de sansonnet qu’était notre monnaie nationale. Pour en faire une bonne monnaie il suffit de redresser notre balance commerciale donc de relocaliser à tour de bras. Cela nécessite d’énormes capitaux que nous emprunterons. Car bien sûr tout le monde va se précipiter sur des emprunts en francs... - lire les règles de concurrence et découvrir avec ravissement qu’elles favorisent les producteurs compétitifs comme EDF et qu’aucune dérogation n’est nécessaire. Les plus âgés se souviennent du temps qu’il a fallu pour que l’administration française renonce à fixer le prix de l’essence... eh bien pour l’électricité cela fait un quart de siècle que cela dure !
  • Par Patrick BERNERT • Posté le 11/02/2021 à 18:50 Pour qu'EDF retrouve compétitivité et puisse à terme se développer, il est fondamental de mettre en place au plus vite le projet Hercule. Il faut exploiter plus longtemps nos centrales nucléaires si l'on veut être en capacité de subvenir aux besoins en électricité et en diminuer le prix pour les usagers. Les avantages sociaux et le régime de retraite d'EDF sont à revoir car ils sont excessifs pour une compagnie dont les résultats économiques ne sont pas au rendez-vous.
  • Par Pellen • Posté le 11/02/2021 à 17:54 "...La tentation de laisser aller et d’abus de pouvoir est universelle pour tous les monopoles. Le fiasco de Flamanville, celui de Super Phénix, les retards dans la mise à niveau des réacteurs existants et les échecs de contrats à l’étranger (ex. Emirats arabes unis) confirment une forme de laisser aller de l'actionnaire public, conduisant au laisser aller de trop nombreux salariés..." Non seulement je conteste avec la dernière énergie la qualification de fiasco - au sens d'échec technologique et industriel - attribuée à SuperPhénix (SPX), mais il faut arrêter de parler du monopole d'EDF et de ses soi-disants abus de pouvoir comme de l'inmaîtrisable prédation de je ne sais quel Google de l'énergie ! Tous les malheurs de l'opérateur historiques, n'en finissant plus de se décliner chez des usagers paraît-il devenus clients, ne viennent que de l'administration soviétique qu'un pouvoir totalement circonvenu par le socialo écologisme lui a imposé, sans interruption, depuis le début des années 90 ; qu'il s'agisse de ses dramatiques pertes de compétences, de ses auto mutilations dont SPX et Fessenheim ne sont que les premières victimes, surtout, s'agissant du scélérat régime commercial imposé par la législation de "transition énergétique" ayant pris naissance avec ce millénaire. En résumé, parler de "concurrence" dans un tel propos analytique relève de l'abus de langage délibérément orienté. André Pellen
  • Par Pierrot598 • Posté le 11/02/2021 à 17:37 Il ne faut pas reprendre dans vos études le coût annuel moyen de 15 euros par ménage français. Ces peut-être 15 euros correspondent à la facture d'éclairage et de fonctionnement des appareils. Pour ceux qui ont un chauffage électrique, c'est beaucoup plus. Ma facture annuelle d'électricité est de 3 500 euros ; les 1.60 % représentent donc 56 euros en plus de toutes les augmentations venus depuis 10 ans. Le gouvernement décourage le fuel, le gaz, .... Et l'électricité est pénalisée. Peut-on encore considérer que les gouvernements successifs savent ce qu'ils veulent ? Que faut-il faire ?
  • Par Kerni • Posté le 11/02/2021 à 14:42 Je ne suis ni prof de français ni adorateur d'une stricte orthographe mais lire des fautes élémentaires dans un texte nuit à la crédibilité de l'auteur. Dans le premier paragraphe le verbe augmenter est conjugué au passé composé ; il faut donc écrire, non pas "à augmenter" mais "a augmenté". Plus loin il est écrit "les dépenses que les fournisseurs sont contraints d'engager pour encourager leurs clients à faire des économie d'énergie sont au final répercuté" ; le sujet étant dépenses il faut écrire répercutées.
    • Par p.francois • Posté le 11/02/2021 à 18:02 Vous avez absolument raison. J'ai introduit ces deux erreurs par un changement de dernière minute après relecture par notre responsable chargée de l'orthographe et de la compréhension. Merci de m'avoir signalé ces erreurs que je corrige immédiatement. PhF
  • Par hibert • Posté le 11/02/2021 à 14:42 Il serait utile de tailler dans les coûts d'EDF et notamment dans les avantages sociaux du personnel: 1% du CA pour le CE (autour de 480 millions d'euros par an) dans cette entreprise quand dans toute entreprise "normale" le 1% repose sur la masse salariale, 300 000 abonnées (salariés comme retraités EDF) ne paient que 10% de leurs factures d'électricités (coût = 400 millions d'euros au bas mot), régime spécial de retraite, etc.... Notons que le taux de syndicalisation dans cette entreprise indique qu'il s'agit de l'un des derniers bastions de la CGT. Ceci nous éclaire sur les RH!

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