Agriculture et énergie

Programmation pluriannuelle de l’énergie : fragile à la base

22 janvier 2020 • Philippe François

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La nouvelle version de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 2019-2028) a été publiée le 20 janvier 2020. Il s’agit en principe du document quasi définitif, même s'il est à nouveau soumis aux Français pour consultation.  

Ses 395 pages planifient en grands détails les différents types de consommation énergétique (ex chauffage, transport, industrie) et les différentes sources de production (ex gaz, éolien, biomasse, nucléaire) sur les dix prochaines années. Même quand elles sont faites le plus méthodiquement possible, ces projections de long terme sont risquées, dépendant des évolutions du comportement des 66 millions de Français et de celui des sept autres milliards d’êtres humains, et aussi du coût des ressourceses énergétiques, des règlementations, et du progrès technologique.

Mais tout biais, volontaire ou non, dans les deux hypothèses fondamentales retenues par la PPE 2019-2028 entraine des écarts considérables sur la période de 10 ans et met en danger la politique énergétique de la France :  

  • Taux de croissance de la démographie et de l’économie ;
  • Consommation globale d’énergie finale.

Croissance de la population et du PIB

Le rythme d’évolution de la population et du PIB sont essentiels pour prévoir la consommation d’énergie à 5 et 10 ans. Pour la population, le taux de croissance retenu, celui de l’INSEE, 0,4% par an sur la période, ne pose pas de problème.

Pour le PIB, le nouveau document de la PPE (page 23) se base sur le cadrage de l’UE pour la France.

 

2015-2020

2020-2025

2025-2030

Taux de croissance du PIB par an

1,6 %

1,3 %

1,4 %

Taux de croissance annuel moyen du PIB (en volume) en %

En résumé, sur la période 2019-2028 de la PPE :

 

Taux de croissance de la population

Taux de croissance du PIB en valeur

2019-2028

+0,4 % par an

+1,35 % par an

Cette croissance du PIB de 0,95% par personne et par an, témoigne d’une forme de résignation à la stagnation du niveau de vie des Français et de la France. Un niveau séduisant parce qu’il facilite la maîtrise de notre consommation d’énergie et se rapproche de la décroissance voulue par certains, mais qui ne permet ni le redressement de nos comptes publics, ni le financement des investissements indispensables à notre pays (enseignement supérieur, recherche, entreprises, infrastructure, justice…)    

Consommation finale d’énergie

Les données publiées par la nouvelle version de la PPE 2019-2028 confirment que la consommation d’énergie finale n’a pratiquement pas baissé de 2012 à 2018. 2012 est l'année de référence choisie à la COP21 et par la PPE 2019. 

En TWh

2012

2018

2023

2028

2050

Consommation finale d’énergie

1651

1628

1526

1378

825

Note : Données historiques pour 2012 et 2018. Prévisions de la PPE pour 2023 et 2028. Objectif officiel pour 2050 (baisse de moitié de la consommation d’énergie).
 

Malgré cette stabilité, la nouvelle PPE fixe pourtant des objectifs de baisse encore plus ambitieux que ceux d’il y a un an.

Objectifs de baisse de la consommation d’énergie finale par rapport à 2012, 
suivant les PPE 2016, 2019-1 et 2019-2

 

2018

2023

2028

2050

PPE 2016

-7 %

-12,6 %

-

-50 %

PPE 2019-1

 

-7,0 %

-14,0 %

-50 %

PPE 2019-2

 

-7,6 %

-16,5 %

-50 %

 
Sachant que, de 2012 à 2018, la baisse a été très faible (0,19% par an), et qu’il ne reste que 4 années d’ici 2023, cette prévision est tout à fait irréaliste. Pour être conforme aux nouveaux objectifs, la baisse de consommation d’énergie devrait être de 1,8% par an en moyenne, soit 10 fois plus rapide, un niveau jamais atteint sauf au cours de la crise systémique de 2008-2009.  

Le plan d’action de la PPE ne fournit aucune justification à cette baisse soudaine de la consommation d’énergie finale, les différentes actions entreprises ne montrant pas d’inflexion décisive, et requérant de toute manière des délais importants pour être visibles (ex isolation des logements, baisse de consommation des nouveaux véhicules automobiles).

Conclusion : tenir compte des données connues

Le niveau de consommation d‘énergie finale dans dix ans est critique : il conditionne le nombre et le type de centrales de production, la capacité des réseaux de transport d'énergie, le prix de l’énergie, le niveau de vie des Français et la compétitivité de l’économie. En se contentant d'un faible taux de croissance du PIB, la Programmation Pluriannuelle de l'Energie 2019 se facilite la tâche de réduction de la consommation d'énergie et des émissions de polluants. Mais elle est en contradiction totale avec la stratégie du gouvernement de start up nation, Choose France, plan ETI, Investissments d'avenir, Territoires d'industrie, et réformes de la formation professionnlle et du chômage, qui vise à sortir la France du marasme actuel et à doubler au moins le taux de croissance.  

Dans le chapitre Précaution d’usage, la PPE2019 admet que "Les hypothèses de modélisations retenues sont issues de travaux d’experts qui, comme toutes hypothèses, sont parfois contestables." Les auteurs ont, par exemple, retenu un prix du baril de pétrole au dessus de 100 dollars vers 2025. Une hypothèse très favorable aux autres énergies, pas moins crédible qu'une autre, et très incertaine. Mais pour la consommation d'énergie finale en France, l'inertie structurelle de son évolution, confirmée par une masse de données disponibles, rend peu crédibles la prévision de la PPE2019 d'une baisse soudaine et substantielle.     

Si contrairement à l’hypothèse de la PPE2019-2, la consommation d’énergie finale devait rester à peu près stable, 16% d’énergie manqueraient à la France en 2028 : une situation de pénurie ou/et de surcoût catastrophique.  

Pour prévoir l'avenir proche, les données de consommation d'énergie finale des sept dernières années ne doivent plus être ignorées.     

Commentaires

  • Par Jacques • Posté le 01/02/2020 à 16:20 Le combat climatique ne passera pas d’abord par un rationnement de l’énergie. Dans cet article il est mis en évidence à partir des faits que la consommation d’énergie dans un pays de liberté n’obéit ni aux lois, ni aux décrets. Elle est remarquablement stable depuis 2010, la petite baisse de 2018, année chaude, n’est pas significative. Le ministère de l’écologie reconnait sur une longue période une productivité énergétique de 1,3%/an compensant la croissance actuelle, prévue du même niveau pour les années à venir. Que nous disent les grands industriels ? Dans le débat public PPE Les professions du ciment, de l’acier, du papier carton sont fieres d’annoncer qu’elles ont réduit les consommations unitaires de moitié depuis 40 à 50 ans, soit des taux annuels d’efficacité énergétique de l’ordre de 1, 75 à 2%. Mais elles ajoutent que le plus facile a été fait. Le Président de Total qui dispose d’une vision mondiale et de milliers de chercheurs et d’ingénieurs donne à son entreprise un objectif de réduction des consommations unitaires d’énergie de 1% par an. Dans le domaine du résidentiel tertiaire des progrès d’isolation considérables ont déjà été réalisés depuis 1990. Les enveloppes d’une grande partie de nos immeubles en pierre, dont le Paris de Haussmann par exemple ne peuvent être isolés par l’extérieur. Les consommations d’eau chaude continuent à croître. Il en résulte au total une baisse annuelle de l’ordre de 1,?5 millions de tonnes de gaz carbonique par an sur un total de 88 Million de tonnes. Les derniers évènements de 2019 ont bien mis en évidence que beaucoup de français sont contraints d’utiliser un véhicule personnel pour aller travailler et que les efforts méritoires et souhaitables d’incitation à prendre les transports collectif touchent leurs limites. Ceux-ci représentent 10% du total des déplacements et la contribution des usagers à leur financement est en train de passer du tiers au quart de leurs coûts. Atteindre une efficacité énergétique supérieure à 1,5 % relèverait de l’exploit. Une politique efficace d’électrification du transport dans les créneaux déjà pertinents (Petits utilitaires, voitures de société), et la promotion des pompes à chaleur permettrait compte tenu des excellents rendements des systèmes à base d’électricité, trois fois plus productifs que les moteurs à combustion et les chaudières au fioul,de réaliser des gains réels de consommation d’énergie associés à des réductions de l’empreinte carbone de la France. Encore faudrait-il que ce projet de PPE abandonne cet principe non justifié de fermeture anticipée de 14 réacteurs , amoindrissant ainsi le potentiel nucléaire contribuant à notre indépendance énergétique et à la solidité de notre système électrique décarbonné. Jacques Peter 1/02/2020.
  • Par Jean-Pierre LAC • Posté le 30/01/2020 à 17:36 Il serait très intéressant de savoir qui a décidé d'arrêter le projet ASTRID.Ceci va nous mettre à la remorque des japonais,chinois,indiens,russes et américains qui non seulement développent des projets de réacteurs à neutrons rapides mais en mettent en exploitation. L'arrêt de ce projet est une ânerie historique.
  • Par Mandjoushri • Posté le 27/01/2020 à 19:01 Lorsque on lit un tel rapport et qu'en plus on prétend le soumettre "pour consultation" aux Français. Il est évident que les mouvements sociaux qui ont déjà fait capoter une bonne partie des élucubrations énergétiques du fameux ministère de la transition énergétique et écologique montre que les gens qui tablent sur de tel restriction énergétiques relèvent de la psychiatrie. Ils ne voient pas l'ensemble des mouvements sociaux actuels gilets, jaunes, retraites etc... Un tel choc entrainera c'est évident une révolution car il ruinerait la France. En fait que cela leur plaise ou pas il faudra non seulement maintenir le niveau énergétique actuel mais il devra inévitablement si l'on veut se passer des énergies fossile augmenter si l'on veut maintenir notre niveau de vie le nucléaire. Les solutions pour un nucléaire plus moderne sont à l'étude dans les pays qui ne ont pas aveuglés par les écolos décroissants. Ils sont sur ces sujets comme les centrales au thorium, et pour plus tard celles au plasma. C'est là qu'il faut investir et non dans des gadgets qui enrichissent légalement tout un tas d'escrocs comme les éoliennes qui ne produiront jamais quoi que ce soit de sérieux comme quantité d'électricité exploitable. Ces gadgets inutiles et couteux n'existent en fait que grâce à des élus qui ont voté des subventions scandaleuses pour leur installation et leur exploitation. Enfin pourquoi ruiner la France pour rien car même si le CO² est la cause du réchauffement climatique ce qui est loin d'être prouvé le peu de diminution que ces opérations ruineuses pourraient faire diminuer ce fameux CO² vu le nain que nous sommes n'apportera rien à la planète. Alors redevenons sérieux et cessons ces montages qui sont plutôt faits pour nous escroquer selon différentes méthodes que pour faire quoi que ce soit de séreux.
  • Par Viacolvento • Posté le 24/01/2020 à 20:54 Le malheur c'est que les gens qui nous trompent ne sont jamais punis, ils sont promus !
  • Par JEANHURT • Posté le 23/01/2020 à 19:22 Les citoyens n'ont plus confiance en leur responsables politiques. Comment pourrait-il en être autrement quand il publie une telle programmation pluriannuelle de l'énergie qui n'a aucun sens et qui n'est que fakenews pour reprendre la terminologie à la mode. La relation entre PIB et consommation d'énergie est linéaire et incontournable, car l'activité économique c'est agir, se déplacer, produire et consommer.Nous le savons et ils le savent; pourquoi mentir?
  • Par D. Huger • Posté le 23/01/2020 à 18:55 Les "experts" sont maintenant partout des idéologues de la décroissance verte. Quand les Français subiront des black out, après avoir payé, pendant des années, l'électricité à des prix rendus élevés artificiellement, ils se révolteront et demanderont des comptes à ces experts et aux politiciens déconnectés qui les auront écoutés

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