Fonctionnaires européens : des effectifs en hausse de 7,7 % depuis 2021
2500 embauches d’agents publics au niveau de l'Administration publique européenne, voilà une annonce qui ne passe pas. Surtout que cette rubrique budgétaire a déjà augmenté de 40 % en valeur nominale depuis 2021. Sur la période, le nombre d’agents 2021-2025 est passé de 67 209 à 70 797, soit une hausse de 7,7 %, et ce alors même que l’UE a perdu environ 13 % de ses habitants avec le Brexit… On a donc là un dérapage de 20 points avec une hausse des effectifs là où l’on aurait dû avoir une baisse même si on tient compte de l’entrée de la Croatie qui représente moins de 1% des habitants de l’UE.
Cette hausse de 34 milliards d'euros de la rubrique administration tient beaucoup au mode de rémunération des agents européens avec revalorisation au-delà de l’inflation et à l’ancienneté. L’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, l’Autriche et la Finlande jugent excessif le budget de près de 2 000 milliards d'euros proposé par Bruxelles pour 2028-2034 et notamment la hausse des effectifs. Les cinq pays réclament plusieurs centaines de milliards d'euros de coupes y compris sur les 118 milliards de dépenses administratives. Si la France semble se rallier à cette position, elle le fait pour l’heure très discrètement.
Une rubrique de 118 Md€ devenue la principale variable d'ajustement
La proposition présentée par la Commission européenne le 16 juillet 2025 porte le Cadre financier pluriannuel (CFP) à 2028-2034 à près de 2 000 Md€ en euros courants, soit 1,26 % du revenu national brut de l'Union. La rubrique « Administration publique européenne » y est dotée de 117,88 Md€, soit environ 6 % du total[1], contre 84 Md€ sur la période 2021-2027 : une progression de 40 % en valeur nominale[2]. Cette enveloppe couvre l'ensemble des institutions, les rémunérations, les pensions, les Écoles européennes et l'immobilier ; elle n'inclut pas les dépenses administratives des agences décentralisées, rattachées aux rubriques opérationnelles.
CFP 2021-2027 | Proposition 2028-2034 | Variation | |
|---|---|---|---|
| Rubrique administration (Md€ courants) | 84,0 | 117,9 | + 40 % |
| Emplois supplémentaires proposés | — | + 2 500 | 1,4 Md€ |
La rubrique administrative dans la proposition de la Commission ; Fondation IFRAP d'après COM(2025) 570 final, Agence Europe et Politico.
La séquence politique est déjà longue. Le 19 février 2026, neuf États membres conduits par l'Autriche et l'Allemagne ont écrit au commissaire au budget pour demander l'abandon des 2 500 recrutements supplémentaires prévus pour 2028-2034, dont ils évaluent le coût à 1,4 Md€ sur sept ans, au motif que la crédibilité de la Commission lorsqu'elle réclame de la discipline budgétaire aux États dépend du respect de ses propres principes[3] ; environ un tiers des États membres s'opposent aujourd'hui à ces créations d'emplois.
Le 27 août 2026, les « frugaux » réunis à Berlin ont réclamé plusieurs centaines de milliards d'euros de coupes, en visant les frais de fonctionnement de la Commission mais aussi la cohésion et l'agriculture : l'ambassadeur allemand a averti que la contribution nette de son pays pourrait augmenter d'environ 80 %, et le chancelier Friedrich Merz juge la proposition déséquilibrée et inacceptable. Seize États membres du Sud et de l'Est se sont à l'inverse coalisés en juin 2026 pour défendre l'agriculture et la cohésion[4]. La France, l'Italie et la Pologne défendent une modernisation du budget sans sacrifice des politiques traditionnelles, ce qui suppose de nouvelles ressources propres (environ 66 Md€ dans le paquet) que Berlin refuse, au même titre qu'un nouvel emprunt commun[5]. Le calendrier est serré : la présidence irlandaise envisage de déposer sa « negotiating box » dès la première semaine d'octobre, avant le Conseil européen du 15 octobre, et un accord visé avant la fin 2026. A défaut, les vingt-deux textes sectoriels glisseraient sur 2027 et les paiements de janvier 2028 seraient retardés.
Annuler les 2 500 emplois prévus représente 1 Md€ d'économies sur l'administration, soit seulement 0,05 % du CFP. Mais c'est le seul point sur lequel une majorité existe, et le seul où l'Union s'applique à elle-même ce qu'elle demande aux États. Encore faut-il viser juste. Le débat s'est focalisé sur les 2 500 emplois, soit 1,2 % de l'enveloppe proposée. Les 34 Md€ d'augmentation de la rubrique "Administrations publiques" ne viennent pas d'eux réellement : ils viennent de l'indexation automatique des rémunérations et de la montée en charge des pensions.
Les effectifs : + 7,7 % en quatre ans, tirés par les agents contractuels
Entre 2021 et 2025, les effectifs des institutions et agences de l'Union (hors BCE et BEI) sont passés de 65 721 à 70 797 agents, soit 5 076 personnes de plus (+ 7,7 %)[6]. La décomposition par catégorie est plus instructive que le total.
| Catégorie | 2021 | 2022 | 2023 | 2025 | Var. 2021-2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Fonctionnaires et agents temporaires | 46 128 | 46 509 | 47 204 | 47 670 | + 1 542 (+ 3,3 %) |
| Agents contractuels | 15 440 | 16 352 | 16 963 | 18 471 | + 3 031 (+ 19,6 %) |
| Assistants parlementaires | 2 022 | 2 046 | 2 077 | 2 129 | + 107 (+ 5,3 %) |
| Experts nationaux détachés | 2 131 | 2 302 | 2 528 | 2 527 | + 396 (+ 18,6 %) |
| Total | 65 721 | 67 209 | 68 772 | 70 797 | + 5 076 (+ 7,7 %) |
Effectifs des institutions et agences de l'Union (hors BCE et BEI), 2021-2025 ; Boletín Estadístico de la représentation permanente de l'Espagne auprès de l'UE, février 2026.
| 2021 | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 | |
| Effectifs | 65 721 | 67 209 | 68 772 | 69 057 | 70 797 |
| Hausse | +2,3 % | +2,3 % | +0,4 % | +2,5 % |
Hausse des effectifs entre 2021 et 2025
La quasi-stagnation de 2024 (+0,4 %) s’explique notamment par un effort de stabilisation des tableaux d’effectifs dans le contexte des contraintes de la rubrique 7 du cadre financier pluriannuel, avant une reprise en 2025 liée à de nouvelles priorités (migration, défense, transition numérique et écologique).
Près de 60 % de la progression nette est portée par les agents contractuels (+ 19,6 %) et 8 % par les experts nationaux détachés (+ 18,6 %), tandis que les fonctionnaires et agents temporaires, les seuls dont les emplois figurent dans les tableaux des effectifs votés par l'autorité budgétaire, n'augmentent que de 3,3 %. La croissance des effectifs européens depuis 2021 s'est donc faite très majoritairement hors du canal que la négociation du CFP prétend contrôler. Elle succède à la réforme de 2013, qui avait imposé une réduction de 5 % des emplois entre 2013 et 2017, porté le temps de travail à 40 heures et relevé l'âge de la retraite à 66 ans pour les nouveaux entrants[7] : l'effort de la décennie précédente a été intégralement repris depuis.
De fait, un plafond d'emplois qui ne porterait que sur les tableaux des effectifs serait cosmétique. Un plafond de la rubrique administrative n'a de sens que s'il est exprimé en équivalents temps plein toutes catégories confondues (fonctionnaires, agents temporaires, agents contractuels et experts détachés) et s'il inclut les agences, dont les dépenses de personnel sont logées dans les rubriques opérationnelles. Les agents contractuels acquièrent en outre des droits à pension : la « flexibilité » revendiquée est une dépense différée, non une économie.
La masse salariale : une dynamique très largement automatique
Les rémunérations des agents de l'Union ne sont pas négociées : elles sont actualisées chaque année selon la « Méthode » de l'annexe XI du statut, qui combine l'évolution des prix en Belgique et au Luxembourg et celle du pouvoir d'achat des fonctionnaires nationaux dans un panier de dix États membres[8]. Pour 2025, l'indice commun s'établit à + 2,5 % et l'indicateur spécifique à + 0,5 %, d'où une actualisation de + 3,0 % avec effet rétroactif au 1er juillet 2025[9]. Faute d'atteinte du seuil de déclenchement, aucune adaptation intermédiaire n'est intervenue au premier semestre 2026, mais l'actualisation annuelle attendue en fin d'année devrait dépasser 3 %. Le taux de contribution au régime de pension, porté à 13,1 % du traitement de base au 1er juillet 2025, a été relevé à 14,1 % au 1er juillet 2026[10].
| Année | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 | Cumul |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Actualisation des grilles | + 0,7 % | + 1,9 % | + 7,0 % | + 2,7 % | + 8,5 % | + 3,0 % | + 26 % |
Actualisations annuelles des rémunérations et pensions des agents de l'Union ; Fondation IFRAP d'après les rapports Eurostat et les publications au JOUE série C. Le cumul est calculé en composant les taux annuels.
En six ans, la grille des traitements et l'ensemble des pensions ont progressé de 26 %, sans qu'aucune décision budgétaire n'intervienne : l'actualisation est de droit et s'impose au budget, et les agents ont ainsi connu sept revalorisations depuis 2022. L'effet est visible sur la rubrique 7 du CFP en vigueur, qui est saturée. Elle atteint 13 277,5 M€ en 2026, sans aucune marge disponible sous son plafond, grâce à la mobilisation de 748,2 M€ au titre du dispositif de marge unique et de 23,3 M€ d'instrument de flexibilité[11] contre 475 M€ de marge unique mobilisés en 2025 et 215 M€ en 2024[12]. En deux exercices, le recours aux instruments de flexibilité pour financer les obligations statutaires a été multiplié par 3,6. C'est cette trajectoire, et non les 2 500 emplois, que la proposition de 117,9 Md€ pour 2028-2034 vient valider.
Le mécanisme d'actualisation transfère au budget de l'Union les décisions salariales de dix administrations nationales et l'inflation belgo-luxembourgeoise, sans lien avec la situation financière de l'Union ni avec la performance de ses services. Le seul précédent de coupe effective reste le gel des rémunérations de 2013 et 2014, obtenu par le Conseil européen dans le cadre de la négociation du CFP précédent. Une réduction durable de la rubrique passe donc par une révision du statut, non par un arbitrage sur les tableaux d'effectifs : négocier le CFP sans ouvrir l'annexe XI revient à discuter de 1,2 % de l'enveloppe en laissant le reste en pilotage automatique.
Les pensions : l'angle mort de la négociation
Le régime de pension des fonctionnaires européens (RPFE) est un fonds notionnel : il n'existe aucun actif de couverture, les agents cotisent à hauteur d'un tiers du coût des droits acquis dans l'année et les États membres garantissent conjointement le paiement des prestations (système par répartition composite). Les comptes de la Commission arrêtés au 31 décembre 2025 évaluent l'engagement au titre de ce régime à 83 998 M€, et l'engagement total au titre des avantages du personnel à 90 845 M€[13], après 84 765 M€ et 93 241 M€ un an plus tôt[14]. La légère baisse de 2025 ne traduit aucune économie : elle résulte du relèvement du taux d'actualisation nominal de 3,3 % à 3,8 %, qui réduit mécaniquement la valeur actualisée de la dette de pension.
| En M€ | 2024 | 2025 |
|---|---|---|
| Engagement au titre du RPFE | 84 765 | 83 998 |
| Engagement total avantages du personnel | 93 241 | 90 845 |
| Coût des services rendus dans l'année (RPFE) | — | 2 874 |
| Charge d'intérêts (RPFE) | — | 2 794 |
| Prestations servies (RPFE) | — | 2 567 |
| Charges de personnel et de pensions (Commission) | 10 065 | 10 694 |
Engagements et charges de pension ; Comptes annuels de la Commission européenne 2025, COM(2026) 328 final, notes 2.9 et 3.8.
Les charges de personnel et de pensions de la seule Commission atteignent 10,7 Md€ en comptabilité d'exercice en 2025, dont 6,3 Md€ au titre des pensions, en hausse de 6,2 % en un an. Côté budget, les crédits de pensions du personnel passent de 2 795 M€ en 2025 à 2 996 M€ au projet de budget 2026, soit + 7,2 %, sous l'effet conjugué de la croissance d'environ 2,9 % du nombre de pensionnés et des actualisations annuelles[15]. Ces crédits représentent désormais près de 23 % de la rubrique 7 et progressent deux fois plus vite qu'elle.
C'est ici que se joue l'essentiel, et c'est précisément ce dont personne ne parle. Aucune suppression d'emploi décidée pour 2028-2034 ne réduira les 84 Md€ d'engagements déjà constitués, qui rémunèrent des services passés. Les paramètres de la réforme de 2013 (âge de 66 ans, annuité ramenée à 1,8 %) ne produiront leur plein effet qu'après 2040, et seulement pour les agents recrutés depuis 2014. Le produit de l'impôt communautaire et des contributions du personnel, soit 1 437 M€ en 2025, ne couvre que 23 % des charges de pension comptabilisées. Un débat budgétaire sérieux devrait porter sur cette asymétrie[16]. Là encore, procéder à une désindexation des pensions sur 7 ans permettrait des gains substantiels entre 3,4 et 3,6 Md€ selon nos calculs, sans toucher à l’effet stock des engagements hors bilan de 84 Md€ actuellement.
Le clivage caché : équilibre géographique et contentieux du recrutement
La ligne de partage sur les effectifs ne se réduit pas à l'opposition classique entre contributeurs nets et bénéficiaires nets. Elle recoupe, presque terme à terme, un second conflit, plus discret et désormais judiciaire : celui de l'équilibre géographique des recrutements. La Cour de justice de l'Union tient les 21 et 22 septembre 2026 les audiences du recours introduit en 2024 par l'Espagne contre le Parlement européen, qui avait ouvert des concours réservés aux ressortissants de nationalités sous-représentées dans l'administration européenne[17]. L'Espagne, soutenue par l'Italie et la France, y dénonce une discrimination fondée sur la nationalité dans l'accès à l'emploi public européen ; elles auront face à elles l'Autriche, le Luxembourg, les Pays-Bas et Chypre, qui ont bénéficié de concours spécifiques, mais aussi la Suède et la Finlande. Au début de l'année 2026, l'Espagne, rejointe par la France, a également saisi le juge européen des procédures de recrutement de la Commission.
Les données publiques éclairent cette géographie. Selon la Commission, treize nationalités sont nettement sous-représentées au niveau des administrateurs adjoints, essentiellement nordiques, germaniques et d'Europe centrale[18]. À l'inverse, le taux de référence recommandé pour la nationalité belge est de 3,1 % pour une part constatée de 8,5 % du personnel des institutions[19], et la France, avec environ 10 % des effectifs de la Commission, est considérée comme correctement représentée[20]. Le rapprochement des deux listes est frappant.
| États membres | Demandent une coupe des effectifs | Nationalité sous-représentée | Contentieux sur les concours |
|---|---|---|---|
| Autriche, Pays-Bas | Oui | Oui | Concours spécifiques |
| Suède, Finlande | Oui | Oui | Opposées aux requérants |
| Allemagne, Danemark, Tchéquie, Estonie | Oui | Oui | Non parties |
| Lettonie | Oui | Non listée | Non partie |
| Luxembourg, Chypre | Non | Oui | Concours spécifiques |
| France, Italie, Espagne | Non | Non | Requérantes |
Croisement des positions sur les effectifs et sur l'équilibre géographique ; Fondation IFRAP d'après la lettre du 19 février 2026, COM(2022) 180 final et les pièces de l'affaire C-377/24.
Huit des neuf signataires de la lettre du 19 février 2026 figurent parmi les nationalités sous-représentées ; les trois requérantes devant la Cour de justice ne demandent pas de coupe. La coïncidence n'est pas fortuite : pour un État sous-représenté, un gel des recrutements fige une répartition qui lui est défavorable, ce qui explique qu'il réclame simultanément moins de postes et des concours ciblés. Les deux dossiers portent sur le même objet : qui recrute, combien, et selon quelle règle, et doivent être traités ensemble.
Ce qu'une coupe rapporterait réellement, et ce qu'elle représente pour la France
Trois scénarios peuvent être chiffrés à partir des données budgétaires 2026 et de la proposition de la Commission, en isolant la part revenant à la France, dont la contribution représente environ 17 % des ressources appelées auprès des États membres. Le précédent de 2013 en donne l'ordre de grandeur : la réforme du statut est créditée d'environ 4,3 Md€ d'économies sur 2014-2020, et le gel des rémunérations de 2013-2014 d'environ 3 Md€ supplémentaires, puis de 500 M€ par an[21].
| Scénario | Économie 2028-2034 | Soit par an | Part France |
|---|---|---|---|
| Abandon des 2 500 emplois supplémentaires | 1,4 Md€ | 0,2 Md€ | ≈ 240 M€ |
| Suspension de la Méthode pendant deux ans (précédent 2013-2014) | ≈ 5 Md€ | ≈ 0,7 Md€ | ≈ 850 M€ |
| Plafonnement de la rubrique à + 2 %/an à partir de 2028 | ≈ 15 Md€ | ≈ 2,1 Md€ | ≈ 2,5 Md€ |
| Pour mémoire : rubrique proposée par la Commission | 117,9 Md€ | 16,8 Md€ | ≈ 20 Md€ |
Chiffrage de trois scénarios d'économies sur la rubrique administrative : calculs Fondation IFRAP d'après le budget 2026 et COM(2025) 570 final. Les scénarios ne sont pas intégralement cumulatifs.
Le plafonnement de la progression de la rubrique à 2 % par an à partir du niveau de 2026 conduirait à une enveloppe d'environ 103 Md€ sur sept ans, soit 15 Md€ de moins que la proposition[22], et environ 2,5 Md€ d'économies pour le contribuable français[23].
Une suspension de l'actualisation pendant deux exercices réduirait durablement la base de rémunérations et de pensions de l'ordre de 6 %, soit environ 5 Md€, cohérent avec les économies observées après 2013. L'abandon des 2 500 emplois, seul sujet sur la table, rapporterait à la France environ 34 M€ par an.
Ces montants sont modestes au regard du déficit français ; ils sont décisifs pour la crédibilité de l'ensemble de la négociation.
Les propositions de la Fondation IFRAP
1. Plafonner la rubrique administrative en volume, et non en emplois. Fixer la progression annuelle à 2 % maximum à partir du niveau exécuté 2026, soit environ 103 Md€ au lieu de 117,9 Md€, les institutions arbitrant librement entre effectifs, immobilier et fonctionnement sous ce plafond.
2. Réviser la Méthode plutôt que débattre des tableaux d'effectifs. Ouvrir l'annexe XI dans le paquet CFP, retenir comme actualisation le plus faible de l'indice commun et de l'indicateur spécifique, et la suspendre lorsque la rubrique recourt au dispositif de marge unique deux exercices de suite, le cas depuis 2024.
3. Rendre visibles les engagements de pension. Annexer à chaque projet de budget une projection des décaissements du régime à horizon 2040, assise sur les hypothèses d'Eurostat, et asseoir la contribution des agents sur la rémunération totale.
4. Désindexer les pensions des fonctionnaires européens pendant 7 ans : cela permettrait de dégager près de 3,6 Md€ d’économies pendant la période.
5. Appliquer une règle de gage aux recrutements. Subordonner toute création de poste au titre des nouvelles missions à une suppression équivalente en ETP, toutes catégories et agences comprises. Les 2 500 emplois devraient être financés par redéploiement.
6. Traiter ensemble le volume et la répartition des recrutements. Adosser tout plafond d'effectifs à une clause de transparence : publication annuelle, par institution et par nationalité, des taux de référence et des taux constatés. L'affaire C-377/24 ne peut tenir lieu de politique de recrutement.
L'issue la plus probable de la « negotiating box » d'octobre est un compromis d'affichage : l'abandon des 2 500 emplois, soit 1,2 % de l'enveloppe, laissant intactes les dynamiques qui expliquent la hausse de 40 %, au moment précis où l'Union demande à ses États des efforts d'une tout autre ampleur.
- [1] Commission européenne, Un budget dynamique pour les priorités de demain – le CFP 2028-2034, COM(2025) 570 final, 16 juillet 2025. Le montant de 117,88 Md€ correspond à la rubrique 4 « Administration publique européenne », en euros courants. En prix constants 2025, l'ensemble du CFP proposé représente 1 763 Md€ : Parlement européen, EPRS, briefing PE 775885, europarl.europa.eu
- [2] « MFF 2028-2034 – pressure mounts to revise downwards €118 billion in administrative expenditure proposed by European Commission », Agence Europe, bulletin n° 13920, juillet 2026 : agenceurope.eu.
- [3] Lettre conjointe adressée le 19 février 2026 au commissaire au budget Piotr Serafin par l'Autriche, l'Allemagne, la Tchéquie, le Danemark, l'Estonie, la Lettonie, la Suède, la Finlande et les Pays-Bas. Voir The Brussels Times, 20 février 2026 : brusselstimes.com, d'après Politico.
- [4] Comptes rendus de presse spécialisée des documents de la présidence irlandaise, septembre 2026 : note aux ambassadeurs du 8 septembre, Conseil « Affaires générales » informel de Dublin des 3 et 4 septembre, réunion des ministres du 22 septembre et Conseil européen du 15 octobre 2026. La première « negotiating box » chiffrée, présentée par la présidence chypriote le 11 juin 2026, réduisait l'ensemble du paquet d'environ 2 %, à quelque 1 730 Md€ en prix constants ; le Parlement européen réclame pour sa part 2 200 Md€.
- [5] Sophie Fay et Philippe Jacqué, « En matière de budget européen, la France et l'Allemagne campent sur des positions très éloignées », Le Monde, 15 septembre 2026 : lemonde.fr. La déclaration commune des « frugaux » a été adoptée à Berlin le 27 août 2026 (Allemagne, Autriche, Danemark, Finlande, Pays-Bas, Suède).
- [6] Représentation permanente de l'Espagne auprès de l'UE, Boletín Estadístico – Febrero 2026 (institutions et agences de l'Union, hors BCE et BEI) : exteriores.gob.es. Périmètre : fonctionnaires, agents temporaires, agents contractuels, assistants parlementaires et experts nationaux détachés.
- [7] Accord interinstitutionnel du 2 décembre 2013 (réduction de 5 % des effectifs entre 2013 et 2017) et règlement (UE, Euratom) n° 1023/2013 du 22 octobre 2013 : temps de travail porté à 40 heures sans compensation, création du groupe de fonctions AST/SC, âge normal de la retraite porté à 66 ans, taux d'annuité ramené à 1,8 % : eur-lex.europa.eu
- [8] Articles 64 et 65 et annexe XI du statut des fonctionnaires de l'Union européenne. L'actualisation combine l'indice commun (évolution des prix en Belgique et au Luxembourg, pondération d'environ 80/20) et l'indicateur spécifique (évolution du pouvoir d'achat des fonctionnaires nationaux dans un panier de dix États membres).
- [9] Rapport d'Eurostat du 31 octobre 2025 sur l'actualisation annuelle 2025 (Ares(2025)9371644) et publication au JOUE série C du 11 décembre 2025 : eur-lex.europa.eu. Historique des actualisations : Union syndicale Bruxelles, « Actualisation annuelle 2025 », 27 novembre 2025.
- [10] Actualisation du taux de contribution au régime de pension avec effet au 1er juillet 2025 : le taux visé à l'article 83, paragraphe 2, du statut est fixé à 13,1 % (C/2025/6569) : eur-lex.europa.eu. Le taux a été porté à 14,1 % au 1er juillet 2026, la publication au JOUE étant attendue en décembre 2026. Ce taux couvre un tiers du coût des droits acquis dans l'année ; il est appliqué au traitement de base et non à la rémunération totale.
- [11] Budget général de l'Union pour 2026, projet commun approuvé par le comité de conciliation et adopté par le Parlement européen le 26 novembre 2025 (2025/0210(BUD)) : oeil.europarl.europa.eu
- [12] Positions du Conseil et budgets adoptés pour 2024, 2025 et 2026. Le dispositif de marge unique permet de dépasser le plafond d'une rubrique en mobilisant les marges non utilisées des exercices antérieurs ; son usage répété sur la rubrique 7 traduit une sous-budgétisation structurelle du plafond.
- [13] Commission européenne, Comptes annuels de la Commission européenne 2025, COM(2026) 328 final, 22 juin 2026, notes 2.9 et 3.8 : eur-lex.europa.eu. Le RPFE est un fonds notionnel : les États membres garantissent conjointement le paiement des prestations (article 83 du statut).
- [14] Cour des comptes européenne, rapport annuel sur l'exercice 2024 : engagement au titre du régime de pension de 84,8 Md€ fin 2024 (82,7 Md€ fin 2023) et 6,9 Md€ au titre du régime commun d'assurance maladie : eur-lex.europa.eu
- [15] Documents de travail accompagnant le projet de budget 2026 (Statement of Estimates, section « Pensions et Écoles européennes ») : 2 795 M€ en 2025 et 2 996 M€ au projet de budget 2026, soit + 7,2 %, sous l'effet d'une hausse d'environ 2,9 % du nombre de pensionnés et des actualisations annuelles.
- [16] Comptes annuels 2025 précités : produit des impôts et contributions du personnel de 1 437 M€, à comparer aux 6 264 M€ de charges de pensions comptabilisées et aux 2 567 M€ de prestations effectivement servies au titre du RPFE.
- [17] Affaire C-377/24, recours du Royaume d'Espagne contre le Parlement européen, introduit en 2024 : curia.europa.eu. Les dates d'audience des 21 et 22 septembre 2026 ont été confirmées aux États membres lors de la réunion sur l'équilibre géographique du 2 septembre 2026 (Contexte, septembre 2026).
- [18] Commission européenne, rapport au titre de l'article 27 du statut, COM(2022) 180 final : treize nationalités sont nettement sous-représentées au niveau des administrateurs adjoints (autrichienne, tchèque, estonienne, allemande, danoise, finlandaise, chypriote, luxembourgeoise, maltaise, néerlandaise, polonaise, slovaque et suédoise) : eur-lex.europa.eu. Voir également COM(2018) 377 final/2, qui fixe la méthode des taux de référence.
- [19] « La Commission européenne sous pression pour accroître la diversité nationale parmi son personnel », Euractiv, novembre 2025 : euractiv.fr. Le taux de référence recommandé pour la nationalité belge est de 3,1 % ; les Belges représentent 8,5 % du personnel du Parlement, de la Commission, du Conseil et du SEAE. Plan du commissaire Piotr Serafin présenté en novembre 2025.
- [20] Recours introduit au début de l'année 2026 par l'Espagne, rejointe par la France, contre les procédures de recrutement de la Commission (Contexte, 2026). Sur la part française, estimée à environ 10 % des effectifs de la Commission pour un poids démographique de 15 %, voir Influence française à Bruxelles : ce que disent les chiffres, Contexte, juin 2026 : contexte.com
- [21] Estimations rapportées par la presse spécialisée (septembre 2026) : la réforme du statut négociée avec le CFP 2014-2020 aurait produit environ 4,3 Md€ d'économies administratives sur la période ; le gel des rémunérations et pensions de 2013 et 2014, joint aux actualisations limitées de 2011 et 2012, environ 3 Md€ supplémentaires, puis de l'ordre de 500 M€ par an.
- [22] Calcul Fondation IFRAP. Base : rubrique 7 du budget 2026 (13 277,5 M€), progression annuelle plafonnée à 2 % à compter de 2028. Total 2028-2034 : environ 103 Md€, contre 117,9 Md€ dans la proposition de la Commission.
- [23] Calcul Fondation IFRAP. La part française dans le financement du budget de l'Union est estimée à environ 17 % des ressources appelées auprès des États membres (RNB, TVA et ressource plastique), d'après les comptes 2025 de la Commission et l'annexe « Relations financières avec l'Union européenne » au projet de loi de finances pour 2026 : assemblee-nationale.fr