Agriculture et énergie

Éoliennes : n’oubliez pas leur surcoût

21 juin 2021 • Philippe François

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Le soutien de Stéphane Bern et Brigitte Macron à la contestation contre le déploiement des centrales éoliennes vient de télescoper les instructions envoyées aux préfets par Barbara Pompili, ministre de la transition énergétique. Après des années de mise en garde par les associations de citoyens, puis par des responsables politiques des régions les plus atteintes (Haut de France, Grand Est), les questions posées par les éoliennes terrestres et marines ont surgi dans l’actualité : atteinte aux paysages, bruit, pollution des sols, recyclage des pales, faible part de production française, danger pour les oiseaux, perturbation des zones de pêche, parasitage des radars militaires. Depuis 20 ans, les gouvernements ont largement ignoré ces interrogations, et le parlement a accepté une loi limitant les droits de contestation des opposants.

Mais curieusement, un sujet essentiel, celui du surcoût pour les consommateurs de l’électricité produite par les éoliennes est peu mis en avant. Il est pourtant certain, et se chiffre déjà à un milliard d’euros par an, un montant qui va fortement augmenter dans les 25 prochaines années pour les seuls contrats déjà signés. Et qui sera encore beaucoup plus élevé si la loi de transition énergétique devait être appliquée.

Surcoûts sur la période actuelle 2010-2030

Pendant toute cette période, sur le marché européen de l’électricité, le prix moyen du Mwh varie de 35 à 60 euros pour 90% du temps. Le prix de vente par EDF à ses concurrents des Mwh produits par les centrales nucléaires est de 42 euros, stable depuis 10 ans, mais qu’EDF demande à augmenter à 48 euros. Celui des Mwh produits par les centrales à gaz est d’environ 65 euros, variable en fonction du cours du gaz.

Prix d’achat moyen sur la période 2010-2030

 

Prix du marché

Nucléaire

Gaz

Eolienne terrestre

Eoliennes marines

Prix par Mwh

35-60

45

65

80

131 à 155

 

Note : Les annonces des responsables politiques ou techniques portant sur les coûts de production des éoliennes devraient toujours être qualifiées : coût de production du stock actuel d’éoliennes ? en France ou à l’étranger ?  des plus récentes ou des futures éoliennes ? La tribune du président de la Commission de régulation de l'énergie affirmant le 17 juin 2021 "Sur le plan économique, les énergies renouvelables atteignent aussi le même niveau de prix que l'électricité nucléaire historique", est trompeuse, aucune énergie renouvelable produite en France n'étant compétitive en 2021. Idem pour l'affirmation de la Ministre " Aujourd’hui, le coût de production d’un MWh éolien est d’environ 60 €/MWh, ce qui est voisin du prix du marché ".  Le diagramme ci-dessus publié par l’ADEME se réfère sans doute à des coûts les plus performants du moment, en Europe ou dans le monde, mais pas en France si on en juge par le coût de l’éolien marin, annoncé à 40 euros, alors qu’en 2023, la seule centrale marine française produira à 140 euros.   « Coût des énergies renouvelables, ADEME  2019 ».

En 2021, le prix d’achat des Mwh produits par les centrales éoliennes terrestres existantes est en moyenne de 85 euros. La majorité des contrats ont été signés à 82 euros, conformément aux décrets de 2006 et 2014. Les éoliennes construites en réponse aux appels d’offres de 2017 et 2018 recevront 75 euros et 70 euros par Mwh. Pour les éoliennes en production, ces prix augmentent chaque année en fonction d’un indice d’inflation prenant en compte les coûts des composants des éoliennes (ex. cuivre, béton, acier, travaux publics, main d’œuvre). Pour les nouvelles mises en production, le prix initial baisse de 2% par an de délai entre la signature du contrat définitif et la mise en production. Compte tenu des contrats déjà signés, le prix moyen de l’ensemble de la production éolienne terrestre en France restera à ce niveau de 80 euros pendant encore 10 ans.

La production des éoliennes étant aléatoire et intermittente, son utilité est moindre que celle des centrales capables de produire à la demande (gaz, nucléaire, hydraulique de chute). Typiquement, une partie de la production des éoliennes est réalisée quand les besoins sont très faibles (nuits de printemps et été, week-end, jours fériés) et les prix très bas sur le marché. Faute de nouvelle capacité de stockage, cette production est largement inutile. De même, la production des éoliennes ne pouvant pas être augmentée en cas de pointes de consommation (ex. fin de journée l’hiver), cette production n’est pas plus importante quand les prix sont élevés sur le marché. Pour tenir compte de cette moindre utilité, les Mwh produits par les éoliennes doivent être affectées d’un coefficient négatif. En supposant que chaque Mwh éolien produit n’est utile en moyenne qu’à hauteur de 0,75Mwh, le prix des Mwh éoliens utiles de 80 euros est en réalité de 100 euros. A ces prix devraient s’ajouter les coûts d’adaptation du réseau électrique à ces nouvelles sources d’énergies nombreuses et aléatoires, de leur gestion administrative et des investissements nécessaires pour éviter les délestages ou black-out (construction de centrales au gaz, subventions aux délestages volontaires) liés au caractère aléatoire de la production éolienne.   

Aucun champ d’éoliennes marines n’est encore construit en France, mais les Mwh qui seront produits à partir de 2024 par les 6 premiers champs déjà attribués seront vendus au prix fixe de 131 à 155 euros par Mwh, pour une durée de 15 ans.  Il est inférieur au prix de 220 euros qui avait été conclu initialement avec les promoteurs de ces centrales. Mais pour faire accepter cette baisse, l’Etat a accepté de prendre en charge les dépenses d’études des sites et de raccordement des éoliennes au réseau électrique à terre. Des dépenses estimées entre 10 et 20 euros par Mwh.    

Le surcoût pour les consommateurs de l’électricité produite par les éoliennes résulte des tarifs fixés par les gouvernements, complétés par l’obligation d’achat imposé aux consommateurs. Actuellement, chaque Mwh éolien terrestre coûte environ deux fois plus cher brut que le prix du marché (80 vs. 40 euros), et en réalité 2,5 fois plus (100 vs. 40 euros). Les Mwh éoliens marins coûteront à 140 euros (+25%) aux consommateurs 4 fois plus que le prix du marché pendant 15 ans.    

Situation future 2030-2050

De multiples facteurs vont redistribuer les cartes entre les différents moyens de production de l’électricité. Si les recommandations de l’AIE étaient appliquées (arrêt immédiat des recherches de nouveaux gisements de gaz et de pétrole), le prix du Mwh produit par des centrales à gaz exploserait à des centaines d’euros[1].  Les projections pour les coûts du mix d'ancien, de reconditionné et de nouveau nucléaire sont assez homogènes. Celles pour l’éolien terrestre sont très positives mais incertaines en France. Le coût de la plupart de leurs composants classiques (acier, béton, plastique) a tendance à augmenter ; leur design est mature et très proche de l’optimum (structure et forme des pales, générateurs) ; le coût de location des terrains augmente régulièrement, une tendance qui va s’aggraver avec le zéro-artificialisation des terres et avec les problèmes d’acceptabilité par les Français ; et les meilleurs emplacements sont déjà pris. A l’étranger Arabie saoudite, Texas, Maroc, des prix de Mwh éolien terrestre très bas sont déjà effectifs, dans des environnements très différents de notre pays.

Pour l’éolien marin, l’écart entre les prix français et étrangers s’expliquerait par la configuration du plateau continental beaucoup plus profond sur nos côtes. En France, la promesse d’EDF d’un prix de vente à 44 euros le Mwh pour la centrale éolienne marine de Dunkerque, a surpris et éliminé tous ses 6 concurrents.

Un prix d'autant plus étonnant qu'EDF a ensuite conclu un contrat à 75 euros pendant 20 ans aux Etats-Unis pour une centrale éolienne marine plus puissante que celle de Dunkerque, en face du New-Jersey. Un pays où les coûts sont toujours moins élevés qu'en France. 

Ce prix de 44 euros donne lieu à des hypothèses : progrès considérables[2] ? dumping ? position « pour voir » sans engagement ferme de construire ces 45 éoliennes ? pari sur un prix des Mwh en 2027 très supérieur à 44 euros ? En pratique, le prix de 44 euros est un prix d’achat garanti par l’Etat. Si le prix du marché est de 30 euros, l’Etat versera la différence à EDF soit 14 euros. Si le prix de marché est de 60 à 70 euros comme c’est probable, EDF vendra sa production sur le marché à ce prix. Il devrait reverser à l’Etat une partie de la différence entre 44 et 60-70 euros mais conservera une partie de ce « bénéfice ».

Sur la période 2030-2050 la plus grande partie des Mwh éoliens marins sera fournie par les centrales éoliennes dont la construction va commencer ces prochaines années, produisant à 140 euros en moyenne.    

Prix d’achat moyen sur la période 2030-2050 (France)

 

Nucléaire

Gaz

Eoliennes terrestres

Eoliennes marines

Prix par Mwh

50-70

90

55

120

 

Conclusion

En 2021, le surcoût dû aux éoliennes est de 1 milliard d’euros par an. Il monterait à 3 milliards en 2030 avec le doublement annoncé du nombre d’éoliennes et la mise en production des 6 centrales éoliennes marines déjà engagées. A ce montant, s’ajoutent les restructurations du réseau de transport et de distribution d’électricité, les protections contre les black-outs et le raccordement des éoliennes marines pour un total de 2 milliards par an. A titre de comparaison, en 2030 le surcoût dû aux nouvelles énergies renouvelables (éolien, solaire, méthanisation, petit hydraulique) sera proche du budget du ministère de la Justice, soit 8 milliards d'euros.  

Le coût de l’énergie est un élément important pour le niveau de vie des Français et pour la compétitivité des entreprises situées en France. La grande sensibilité des ménages à ce sujet s’est fortement manifestée en 2019. Les entreprises sont plus discrètes, mais la grande désindustrialisation de la France a été tout aussi catastrophique.

Sans atteindre le scandale du déploiement massif du photovoltaïque dans les années 2000 avec des prix allant jusqu’à 550 euros par Mwh, le cas de l’éolien terrestre et marin montre qu’il ne faut pas déployer massivement des technologies non matures encore très coûteuses, mais multiplier les expérimentations, et concentrer ses moyens sur la recherche d’améliorations de ces nouvelles technologies. Un message sur lequel a insisté le président d'Air liquide pour le plan hydrogène, en contestant la multiplication des démonstrateurs d'électrolyeurs  pour des flottes de quelques bus à hydrogène, alors qu'il faut travailler sur le problème de fond : diviser par 3 le coût de l'hydrogène propre et des piles à combustible.

Avec son nucléaire, la France n’a aucune des raisons qu’ont ses voisins de se précipiter dans une profonde modification de leur mix énergétique : l’Allemagne pour remplacer le charbon et la lignite, l’Italie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni pour réduire l’utilisation de gaz produit localement ou importé, l’Espagne pour exploiter un potentiel unique d’espace et de soleil. Même en Europe, chaque pays doit choisir la politique énergétique qui convient à son histoire, ses capacités et ses besoins, tout en réduisant ses émissions de CO2.     

   


[1] La production des puits de pétrole et gaz existants baisse de 8% par an. Heureusement, les recommandations de l'AEI ne seront pas appliquées, évitant une crise économique, alimentaire et sociale mondiale majeure. 

[2] D’autant plus surprenant que les éoliennes étant fournies par des prestataires extérieurs, la marge d’action d’EDF est limitée.

Commentaires

  • Par Gérard PETIT • Posté le 02/07/2021 à 15:57 Texte publié sur le site "TES" : The European Scientist , mi Juin 2021 Contre les éoliennes : Levez-vous vite, orages désirés ! Le consensus national pro-éolien, présenté comme allant de soi, doit faire face à une fronde sérieuse qui oblige ses promoteurs, bien appuyés par les Pouvoirs Publics, à devoir recourir, les uns à l’argutie, les autres à davantage de coercition, pour imposer leurs stratégies. Les derniers masques tombent, laissant apparaître non des sourires mais bien des rictus, car l’inquiétude est tangible. Hélas, il en faudra plus pour que le doute s’installe vraiment et pour réussir à entraver cette machine infernale, qui, en France, sévit sans légitimité. D’autres choix énergétiques avaient été faits dans le passé, qui gardent toute leur pertinence, répondant bien aux challenges actuels et rendant inutile cette politique politicienne de développement des éoliennes, à outrance (les mots ont un sens). Le nucléaire se découvre ennemi du climat. Même si on assiste actuellement à un sensible, mais fragile, retournement de tendance (0), le nucléaire reste en butte à d’incessantes attaques, une crainte, voire une rancune, sont entretenues par la diffusion régulière d’émissions, voire de séries, qui remémorent les accidents emblématiques (Tchernobyl, Fukushima). L’atome est au mieux perçu dans notre société, comme un mal nécessaire, avec en aval, toutes une palette de déclinaisons négatives, jusqu’à la phobie absolue, celle des écologistes dont c’est un trait identitaire. A regarder le résultat des dernières élections municipales, les Verts semblent avoir le vent en poupe…et ça tombe bien pour eux, car le déploiement des éoliennes (et des panneaux PV), conférerait, selon ses tenants, et entre autres vertus, la capacité de faire reculer l’atome honni. Un filon conjoncturel à exploiter sans modération et d’ailleurs, une vingtaine d’associations, organisations et collectifs (dont Greenpeace, Alternatiba, Les Amis de la Terre France, ANV-COP21 ou Attac France,…) viennent de signer une tribune : « Lutter pour le climat, c’est combattre le nucléaire » (1). arguant, in fine, que : « …les dizaines de milliards investis dans le nucléaire ne le seront pas dans les énergies renouvelables ou la rénovation thermique des bâtiments : le nucléaire verrouille toute possibilité d’une transition énergétique systémique, alors que des scénarios avec 100 % d’énergies renouvelables sont crédibles ; même l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et le Réseau de transport d’électricité (RTE) le disent dans leur dernier rapport ». En Allemagne, un des arguments favoris des Grünens était que le courant nucléaire saturait le réseau empêchant le courant vertueux de s’y déverser. Martingale douteuse Las, pour ces « refuzniks du nucléaire » prêts à faire flèche de tout bois, les choses ne se déroulent pas exactement selon ce schéma idéal, car ces mats géants, qui poussent partout, ne sont pas seulement regardés, loin s’en faut, comme des lances qu’on peut briser contre l’atome. Même si la plupart des oppositions sont d’abord celles des riverains refusant les nuisances visuelles et sonores, c’est pour ces plaignants, au-delà du prime-souhait qu’on implante les mats ailleurs, l’occasion de s’interroger, trop rarement hélas, sur le pourquoi de ces déploiements. Certes leurs oreilles, pas encore assourdies par les sons et les infrasons des moulins, sont déjà rebattues par la propagande pro-EnRs, vantant le salut durable qu’elles apportent à la planète, en valorisant une ressource naturelle et inépuisable. Pour certains, la quête s’arrête là, les mots lourds précédents répondant à leurs interrogations, pour d’autres, ayant poussé la porte, ils veulent en profiter pour visiter la maison, ils ne seront pas déçus ! Contreventements De nombreuses associations de défense se sont créées localement et parmi elles beaucoup se sont regroupées dans des structures nationales, mais elles ont fort à faire, d’autant que les possibilités de recours déjà limitées ont été récemment encadrées par des évolutions législatives (2) visant à contraindre fortement les requérants, en limitant les leviers activables, en compressant les délais et en spécifiant les modes opératoires. Pratiques particulièrement dissuasives, certaines parties plaignantes déboutées se sont même retrouvées devoir payer des dommages et intérêts exorbitants (pour compenser le manque à gagner du aux délais d’instruction), les juridictions n’ayant pas reconnu leur intérêt à agir, alors qu’on détruit des cadres de vie ! Le nouveau cadre législatif est tel, qu’à de rares exceptions près, quand l’outrance est manifeste, les plaignants peuvent juste espérer différer de quelques mois l’installation des machines, lesquelles finissent toujours par être construites et mises en service, l’image du pot de fer contre le pot de terre s’imposant. Curieusement l’indignation des Verts, si prompts à traquer l’injustice et le recul des libertés, s’exerce là en mode mineur. Pour mémoire, la PPE stipule qu’au-delà des 8000 mats existants, 6500 devront être implantés d’ici 2028, et le parlement débat actuellement sur les modalités de répartition de ce « porc-épic » entre les régions françaises. Frondes bienvenues Récemment sur un front, certes combatif mais qui, compte tenu de la situation, se ressent dos au mur, des contre-offensives ont été lancées. La harangue de Stéphane Bern parue dans le Figaro : « Madame Pompili, les éoliennes sont une négation de l’écologie! », a reçu un très large écho dans les différents media. Prenant sa mission au pied de la lettre, il s’est élevé contre une forme de destruction du patrimoine national, due à la prolifération des mats et à leur implantation sauvage, mais au-delà, il s’est aussi intéressé au pourquoi de cette prolifération. La Ministre interpellée a dû allumer en hâte un contre-feu, sous la forme d’une circulaire à destination des Préfets, rappelant les arguments à faire valoir face aux opposants, l’Administration déjà largement juge et partie, ne s’en cachant même plus. Cette circulaire a d’ailleurs été immédiatement attaquée devant le Conseil d’Etat, par les associations anti-éoliennes.(3). Parallèlement est sorti sur Internet, un film documentaire « Les éoliennes, du rêve à la réalité » dans lequel s’expriment des personnalités du monde industriel et économique, et qui décrit par le menu les arcanes d’un processus devenu depuis longtemps une machine à cash, la protection du climat n’étant qu’un sésame brandi pour forcer les réticences. Tant l’article de Stéphane Bern que le film précité, sont devenus viraux (suivant l’expression consacrée), faisant souffler un vent frais sur un paysage déjà combatif, mais tellement contraint, un vent qui certes ne fera guère tourner les moulins, mais, évitera peut-être que d’autres ne poussent inconsidérément. Dénigrements malaisés « Cerbères » de la réaction contre « convoi du progrès » (variante de l’adage -les chiens aboient, la caravane passe-), c’est ainsi que les tenants de l’éolien ont prétendu regarder les frondes précitées. D’autres encore ont voulu comparer ces actions aux piqures qu’inflige la mouche aux chevaux du coche dans la célèbre fable (l’insecte se prévalant ingénument d’avoir stimulé l’attelage, arrivé finalement au sommet de la côte). L’image ne vaut qu’en la transposant, le train de la modernité renouvelable gravissant les rampes (grâce à l’inertie conférée par l’acceptation sociétale et les efficaces garde-fous juridiques), malgré des manœuvres dilatoires, tentatives forcément illusoires, assimilées à des bourdonnements, certes audibles, mais sans effet. Pourtant, même si les pro-éoliens (s’appuyant sur des sondages) peuvent se prévaloir d’une tolérance globale, la société regimbe, comme le montrent les nombreuses actions intentées contre les projets d’implantation, péril qu’il a fallu conjurer, en changeant la loi, excusez du peu. De même, les récentes interventions médiatiques précitées, ont obligé, en hâte, le Ministère de l’Ecologie à demander à l’Administration de durcir son discours. En février 2020, le Président avait déclaré entendre les protestations contre l’extension irrespectueuse des mats « on ne fait pas de l’écologie contre les gens » avait même ajouté Elisabeth Borne, la Ministre alors en charge ; des propos qui avaient suscité de l’espoir chez les riverains concernés, mais aussi provoqué l’inquiétude de la filière. Mais la filière a dû réagir efficacement en sous-main, puisque appliquant une nouvelle fois le principe du « en même temps », l’Exécutif a laissé les processus se dérouler, plus dynamiques encore. En 1970, le Président Pompidou avait constaté qu’au nom d’une sécurité routière mal appréhendée, on coupait systématiquement les arbres au bord des routes ; il s’en était ému et son injonction (par une lettre comminatoire au Premier ministre) avait été suivie des faits, une ère bien révolue. Mais Georges Pompidou est aussi celui qui a donné l’impulsion décisive au programme nucléaire national : décidément « nobody is perfect ». (0) : Campagne de PNC-France (Patrimoine Nucléaire et Climat) auprès des candidats aux élections régionales, Editorial dans Marianne (Natacha Polony 27 05), Editorial dans le Point (Géraldine Woesner 28 05), Déclaration à l’Express (Nicolas Bouzou 09 06), Déclaration de Xavier Bertrand (11 06) lors du débat LCI sur les élections régionales (Hauts de France). (1) : Magie des mots : il se trouve que c’est l’affirmation symétrique qui ferait sens : « lutter pour le nucléaire, c’est combattre la dérive du climat ». (2) :Décrets « Lecornu / de Rugy » n°2017- 1217 du 24 décembre 2018 et n°2017-1217 du 24 décembre 2018. Ces textes d’exception constituent en effet une régression historique du droit français de l’environnement protégeant les citoyens :  • en supprimant le double degré de juridiction dans le contentieux éolien ;  • en réduisant à 15 jours le délai d’étude des projets éoliens par l’administration ;  • en remplaçant les enquêtes publiques par une simple participation par voie électronique pour toutes les Installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) et notamment les éoliennes. (3) : Le lundi 28 janvier 2019, la Fédération Environnement Durable, Vent de Colère!, Vieilles Maisons Françaises, Patrimoine Environnement et Sites & Monuments ont déposé devant le Conseil d’État deux requêtes en annulation pour excès de pouvoir
  • Par pierre reiller • Posté le 26/06/2021 à 09:38 Il manque à votre article le prix du CO2, qu'il va bien falloir finir par payer. Vous supposez par ailleurs qu'EDF est une entreprise normale, ce qui est curieux! Le marché du KWh est devenu aussi complexe que la bourse à terme! Reste le nucléaire : de quoi parle t on du futur ou de l'existant? Exploité comment? et par qui? Enfin il est sans doute difficile de faire accepter une éolienne, mais essayez d'ouvrir un nouveau site nucléaire!! On parle beaucoup du risque de manquer de vent ,et jamais du risque d'un incident nucléaire, plus rare mais ....
  • Par Ouais • Posté le 25/06/2021 à 15:51 "Mais curieusement, un sujet essentiel, celui du surcoût pour les consommateurs de l’électricité produite par les éoliennes est peu mis en avant." -> par les associations anti-éoliennes, si, c'est le cas. C'est d'ailleurs doublement pénalisant pour les riverains à qui on impose des installations (non consenties donc) qu'ils doivent en plus financer :( Pire, leur bien immobilier et en plus dévalorisé. Le gros gros problème de l'éolien et pourquoi cette filière ne devrait pas être déployée n'importe comment, c'est que les installations sont invasives, nuisibles et inefficaces. Cela ne va que mettre la France rurale sous pression et il est à prévoir de futurs problèmes. Pompili conduit la France dans le mur, et en plus elle veut accélérer.
  • Par JeanRen • Posté le 24/06/2021 à 10:37 Les ingénieurs de Total estiment qu'en France, la fourniture de plus de 10% du mix électrique par l'éolien est pénalisante. En effet, au delà de ce seuil, il est nécessaire de s'équiper en centrales électriques pilotables pour compenser l'intermittence de production des éoliennes. C'est comme si vous achetiez un bien qui ne peut vous rendre service à la demande et que cela vous force à en acheter un autre pour pallier cette intermittence. Le surcout de cette opération doit bien être attribué au choix de l'énergie intermittente. Ainsi que la pollution supplémentaire pour des compléments à base de gaz ou de charbon. Par ailleurs, vous écrivez que quand les besoins sont très faibles, cette production est largement inutile. Certes, mais elle doit être vendue prioritairement, sauf à bloquer les éoliennes. C'est pourquoi le prix de l'électricité éolienne allemande s'effondre à l'exportation en période de surproduction, jusqu'à devenir négatif . Qu'en sera t-il alors si toute l'Europe s'équipe d'éoliennes comme l'Allemagne ? Il ne restera que la filière hydrogène avec des pertes énormes d'énergie à un cout prohibitif.
  • Par Marc Weltmann • Posté le 24/06/2021 à 09:27 Les ENRi et le besoin associé de batteries pour le stockage sont un des facteurs de hausse des prix de nombreuses matières premières, en particulier les métaux. Par ailleurs, toutes les productions de biens et services incorporent une partie d'électricité dans la décomposition de leur prix. Le surcroit de dépenses pour les particuliers et les opérateurs économiques est diffus mais bien plus important que le seul effet direct que représente l'augmentation de la facture d'électricité et des taxes de réseau.
  • Par bmaroy • Posté le 23/06/2021 à 21:32 Tout à fait d'accord avec votre analyse. De plus, il faut aussi tenir compte de la production de CO2 lors de la fabrication et de l'implantation ainsi que du recyclage ultérieur, sans oublier le balsa dont la forte consommation aggrave le déboisement. Enfin, le coût de l'éolien ne semble pas devoir beaucoup baisser, contrairement au photovoltaïque que la France développe peu (on m'a interdit de poser plus de 9 kw) alors que son implantation sur les toits pose moins de problèmes.
  • Par Jean-Claude BARESCUT • Posté le 23/06/2021 à 10:12 L'éolien ne dispensant pas d'avoir d'autres moyens de production pour les jours sans vent et les pointes, il convient de comparer le cout moyen de l'éolien (incluant tous les investissements y compris l'adaptation des moyens de transport et toutes les externalités que l'on oublie) et le cout du seul fonctionnement (investissement non inclus) pour les autres moyens de production. Le cout marginal (consommables et main d’œuvre d'exploitation et de maintenance) du nucléaire est insignifiant, son cout principal est la construction qui est hélas le même lorsque le réacteur n'est pas utilisé au maximum de ses capacités. L'avantage au nucléaire est écrasant. Et le fossile en deuxième position s'en sort bien aussi.

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