Agriculture et énergie

Baisse des émissions de CO₂ : la trajectoire invraisemblable

22 juillet 2020 • Philippe François

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Le nouvel avertissement du Haut Conseil pour le climat est sévère : avec une baisse de 0,9%  par an, la France est loin de respecter son engagement de réduire ses émissions de CO₂ de 1,9% par an. Imperturbable, la France promet de les réduire de 3,2% à partir de 2025. Une trajectoire invraisemblable, tant que la France continuera à disperser ses actions.

La question préalable serait de savoir si la France, déjà très peu émettrice de CO2 d’après l’ADEME, doit consacrer des investissements considérables pour améliorer encore et rapidement sa performance. Tant que les autres grands pays, souvent nos concurrents (Afrique du Sud, Allemagne, Australie, Brésil, Chine, Japon, Espagne, Etats-Unis, Inde, Indonésie, Italie, Malaisie, Pologne, Royaume-Uni, Russie, Vietnam…) ne se rapprocheront pas du niveau actuel français, nos efforts amélioreront très peu la situation de la planète. Mais ils sont très pénalisants, nos investissements dans l'enseignement supérieur, recherche, développement, application et compétitivité, étant réduits d’autant. De combien sommes-nous prêts à nous appauvrir pour garder le titre de grand pays le moins émetteur de CO2 ?

Mais puisque, à cet instant, une baisse drastique des émissions de CO2 a été fixée de façon démocratique comme la première priorité, il serait logique de concentrer intelligemment et rationnellement nos efforts sur ce sujet. Au moins quatre mesures ne sont pas alignées sur cet objectif, deux sont même contradictoires :

Remplacement de l’électricité par le gaz

Par une décision prise en 2007[1], le chauffage et la production d’eau chaude sanitaire par l’électricité sont devenus très problématiques dans les constructions neuves. Résultat, une chute brutale (plus de 50%) du nombre de logements neufs chauffés à l’électricité et du nombre de chauffe-eaux électriques Une partie importante des chauffe-eaux électriques restants se sont convertis au thermodynamisme  ou au chauffe-eau solaire. Pour le chauffage, des pompes à chaleur ont été installées, mais comme le montre le diagramme ci-dessous, dans les logements collectifs c’est le gaz qui a massivement remplacé l’électricité. 

Baisse du nucléaire

Le nucléaire n’émettant pas de CO2, notre baisse du nucléaire fait courir le risque d’émissions supplémentaires de CO2. C’est le cas quand les centrales françaises à gaz ou charbon sont utilisées, et c’est aussi le cas quand, faute de capacité, la France importe d’Allemagne de l’électricité produite au mieux à partir de charbon, au pire à partir de lignite.

Chasse au diesel

Le diesel consommant 10% de moins de carburant que l’essence, il émet aussi moins de CO2. La réduction brutale du nombre de voitures diesel, même les plus propres, va à l'encontre de l'objectif de respect de notre engagement CO2. D'autant plus que les utilisateurs de voitures diesel roulent deux fois plus que ceux de voitures à essence.

Isolation des bâtiments

En France, l’isolation des bâtiments chauffés à l’électricité (35% des bâtiments) ne réduit pas les émissions de CO2, la quasi totalité de l’électricité étant produite par les centrales nucléaires (75%),  hydrauliques (11%) et  solaires/éoliennes (7%). 

Plus généralement, toutes les mesures visant à réduire la consommation d’électricité ne contribuent en rien à la baisse des émissions de CO2, et peuvent entraîner des coûts importants.

Conclusion

Pour des effets d'annonce, les gouvernements français s'engagent à Paris et militent à Bruxelles pour des objectifs inatteignales (part du nucléaire, part du biogaz, baisse de la consommation d'énergie, pourcentage de voitures électriques, réduction des intrants en agriculture, niveau de pollution en ville...), qui ne sont jamais tenus. Si lutter contre le CO2 et le changement climatique conditionnent la survie de l’humanité, et constituent la priorité absolue, se disperser sur d’autres objectifs parfois utiles (isolation), parfois incompréhensibles (favoriser le chauffage au gaz) ne permettra pas d’atteindre l’objectif que la France s’est imposé. Dans le domaine  de l’énergie, la France courre après quatre lièvres à la fois : fermer des centrales nucléaires, réduire la consommation d’électricité, réduire l’usage du diesel, et enfin réduire les émissions de CO2,  Pas étonnant qu’elle n’en attrape aucun.


[1] Une norme d’équivalence entre énergies, valable dans les pays qui produisent leur électricité à partie de charbon lignite, gaz ou pétrole, mais hors sujet en France.  

Commentaires

  • Par Nelson36 • Posté le 29/07/2020 à 17:43 Effaré devant tant de stupidité et d'amateurisme ! Comment la France a t-elle pu s'engager à diminuer ses émissions de CO² alors que celle-ci est déjà, avec la Suède et la Suisse, l'une des plus basses du monde ? Que les autres pays cités dans cet article qui eux, ont des émissions beaucoup plus hautes se mettent déjà à notre niveau, et on en reparlera ! Et quel est ce comité Théodule, le haut conseil pour le climat dont hélas la France a le secret... Ne savent-ils pas que, partant d'un niveau extrêmement bas (4,5t/hab) une baisse de 3,2% n'aura qu'une conséquence infinitésimale sur le climat de la planète !
    • Par p.francois • Posté le 29/07/2020 à 18:38 Je dirais 50 % d'ignorance et 50% de volonté d puissance : c'est sans doute jouissif d'avoir une raison supposée vertueuse de pouvoir imposer des contraintes à ses compatriotes.
  • Par orilou • Posté le 26/07/2020 à 11:55 Il serait temps que la France sorte de l'hystérie écologico-politique pour prendre des mesures réalistes et réalisables. A quoi bon fermer des centrales nucléaires (peu émettrices de CO2) si c'est pour acheter de l'électricité produite à l'Etranger par des centrales thermiques ou... remplacer l'électricité par du gaz. Mettre à genou l'industrie automobile en interdisant les moteurs diesel (dont les modèles récents sont moins polluants que l'essence) relève de la schizophrénie. Ne serait-il pas préférable de Favoriser la recherche dans l'industrie Automobile ? Trop simple pour nos politico-écologistes. Plus grave les énergies dites renouvelables dont certaines comme les éoliennes ne produisent pas grand chose pour des coûts prohibitifs. On n'entend guère nos écologistes sur des thèmes tels que le recyclage des pales d'éoliennes ou de panneaux solaires... encore moins sur leur lieu de fabrication ni sur le mode de financement des installations.Quant à la voiture électrique. Elle est loin d'être au point. C'est peut-être mieux ainsi car on imagine mal les conséquences d' un embouteillage monstre un jour de neige en Ile de France ou dans toute grande agglomération. L'écologie ne serait-elle pas la nouvelle tarte à la crème permettant de lever de nouvelles taxes ?
  • Par GUERIN • Posté le 26/07/2020 à 00:58 L'écologie a le mérite de faire prendre conscience des conséquences néfastes que peut engendrer la production industrielle (gaspillage, pollution...).Elle se trompe cependant sur les moyens à mettre en oeuvre pour limiter les excès. En effet, elle prône une forme de retour à la nature alors que l'avenir est dans l'artificiel.
    • Par p.francois • Posté le 26/07/2020 à 07:55 Tout à fait. Et c'est pourquoi nous plaidons pour plus de recherche, de façon à découvrir des solutions valables en France et dans les autres pays, et surtout dans les pays en voie de développement dont les gouvernements devront satisfaire les besoins de leurs populations mais ne pourront pas appliquer les méthodes de luxe appliquées actuellement en France (éolien, solaire)..
  • Par Jean-Pierre Bardinet • Posté le 24/07/2020 à 10:54 Le pire, dans ce délire politico-écolo-médiatique, c’est que le CO2 n’a aucun effet mesurable du la TMAG (température moyenne annuelle globale), comme le montre la physique de l’atmosphère, celle qui utilise les lois connues de la physique, et non la pataphysique du GIEC. https://laphysiqueduclimat.fr/le-livre En outre, nos émissions nationales de CO2, grâce au nucléaire et à l’hydraulique, ne sont que de 0,9% du total des émissions anthropiques, et le taux des émissions anthropiques mondiales n’est que de 5% environ (rapport AR5, page 471). Donc même si, par extraordinaire, le CO2 avait un effet mesurable sur la TMAG, nos 0,9% de ces 5%, soit 0,045% du total des émissions anthropiques, n’auraient quasiment aucun effet sur la TMAG. Et donc, vouloir dépenser des sommes pharaoniques pour réduire nos émissions de CO2, c’est de la folie furieuse, au détriment des dépenses utiles, du pouvoir d’achat des ménages et de la compétitivité de nos entreprises.
    • Par p.francois • Posté le 24/07/2020 à 15:14 Sur votre Point 1, nous sommes tout à fait d'accord. Cela aurait pu être rappelé dans cette note. Je n'avais pas prévu les gilets jaunes, mais les conséaquences des augmentations des prix de l'électriciité sur le budget des ménages (et des entreprises) est notre obsession notamment depuis cette note sur la CSPE : https://www.ifrap.org/agriculture-et-energie/electricite-la-taxe-cspe-expliquee-aux-nuls . Quant à la division par deux de la consommation d'énergie d'ici 2050, c'est un de ces objectifs qui n'a aucune chance d'être atteint comme le montre la tendance actuelle et notre prévision : https://www.ifrap.org/agriculture-et-energie/previsions-de-consommation-denergie-des-pays-industrialises
  • Par pepito • Posté le 24/07/2020 à 10:30 merci pour cet article, scientifiquement correct et qui aborde les vrais questions sauf 2 points importants : 1) la décision de la baisse de la consommation d'énergie qui entraine quasi automatiquement une baisse du niveau de vie - il faudrait poser la question aux citoyens en terme non pas d'énergie (qui est un concept peu palpable pour eux) mais de baisse de niveau de vie qu'ils acceptent - ce qui n'a jamais été fait) 2) il est intéressant de faire un schéma des objectifs théoriques de la dernière COP en terme d'émission de co2 par habitant et par pays . Est il raisonnable que les accords signés considèrent les Francais comme des sous hommes autorisés seulement a consommer une petite part de ce qui est accordés aux autres habitants de la planète ? (1/3 de chinois) , et les français le savent-ils? Au sujet de votre (1) l'utilisation de cette norme (basée sur le cycle de Carnot) est effectivement ridicule en France, j'en ai parlé avec un directeur technique d'EDF qui m'a tapé sur l'épaule découragé en me disant "aller essayer de lui expliquer à elle" (Segolène Royal) Depuis je milite pour que les personnels politiques et les ministres ne puisent être élu ou nommés sans une culture scientifique, technologique, industriellle et économique minimale qui leur permette de comprendre 80% du fonctionnement du monde. Des responsables politiques pas simplement élus, mais aussi compétents : quelle drôle d'idée ?

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