Éducation et culture

Le sénateur Carle et l'autonomie scolaire

07 juillet 2011 • Agnès Verdier-Molinié

arton12201.jpg

Le sénateur Jean-Claude Carle vient de remettre un rapport sur l'organisation du système scolaire. La Fondation iFRAP l'a interrogé sur la question de l'autonomie des établissements scolaires.

Fondation iFRAP : Monsieur le sénateur, êtes-vous favorable à la possibilité pour les directeurs d'établissements de recruter eux-mêmes leurs équipes pédagogiques et à une plus grande autonomie des établissements, et dans quelles conditions ? De quels pouvoirs pourrait disposer, selon vous, le chef d'un établissement autonome, en matière de recrutement, de budget, de pédagogie, … ?

Sénateur Jean-Claude Carle : Dans chaque établissement, la réussite des élèves est intimement liée à la responsabilité collective des équipes. Il convient donc d'affirmer fortement le rôle, la mission du chef d'établissement, comme responsable d'équipe. De ce fait, il me paraît souhaitable qu'il puisse recruter ses proches collaborateurs (proviseur adjoint, intendant, CPE, chef de travaux,…).

Il doit aussi pouvoir donner sa préférence lors du recrutement d'un enseignant. Actuellement, cela relève du vœu pieux, tant la mobilité est encadrée et peu incitative. Le « turnover » est important dans les établissements difficiles, et inexistant dans ceux des centres-villes. Il est impératif de rendre la mobilité plus attractive. Tirons les conséquences en termes d'affectation, de statut, de la spécificité du métier d'enseignant en éducation prioritaire.

Je propose d'une part d'interdire l'affectation des fonctionnaires stagiaires ou néotitulaires dans un établissement relevant de l'éducation prioritaire, et d'autre part de revoir les obligations de service en fonction de la difficulté de prise en charge des élèves, et donc de revaloriser le statut en conséquence. Les difficultés, les priorités de 1950, ne sont plus celles d'aujourd'hui. Ainsi la mobilité sera effective et les choix possibles.

Dans une société qui exige souplesse et réactivité, il est urgent de passer de la pyramide aux réseaux, si l'on veut que notre système éducatif puisse répondre aux besoins des élèves, des enseignants, mais aussi à ceux de l'économie et à la diversité des territoires.

Je propose enfin que le chef d'établissement puisse se voir confier l'évaluation pédagogique des enseignants et en contrepartie, il faudra dissocier les fonctions de chef d'établissement et de président du conseil d'administration, confiée à une personnalité extérieure.

Fondation iFRAP : Quels sont, selon vous, les obstacles à l'autonomie des établissements actuellement ?

Sénateur Jean-Claude Carle : Un obstacle structurel, et un obstacle d'ordre culturel.

L'Éducation nationale est le dernier vestige d'une organisation pyramidale où règne le culte de la circulaire. Dans un domaine aussi important en terme financier, qu'en termes de stratégie pour la Nation, le politique, et en particulier le Parlement, est confiné dans un rôle « contemplatif ». Dans une société qui exige souplesse et réactivité, il est urgent de passer de la pyramide aux réseaux, si l'on veut que notre système éducatif puisse répondre aux besoins des élèves, des enseignants, mais aussi à ceux de l'économie et à la diversité des territoires. Redonnons du sens à l'autorisation budgétaire, et passons de la circulaire au combat.

Il faut enfin sortir de cette idéologie d'un autre temps qui vise à faire croire que l'égalité des chances passe par l'égalité de traitement. Mettons un terme à l'inflation continue des moyens, et donnons plus à ceux qui en ont le plus besoin.

Fondation iFRAP : Faut-il supprimer les concours de l'enseignement pour permettre l'autonomie du chef d'établissement en matière de recrutement ? Une autre méthode est-elle possible ?

Sénateur Jean-Claude Carle : Il ne faut pas supprimer le concours mais l'adapter aux exigences du métier. Réformons les maquettes des masters. Les futurs enseignants sont bien formés dans leur discipline, mais pas assez, voire pas du tout, à leur métier. Ensuite, inspirons-nous de la fonction publique territoriale où, après le concours, le fonctionnaire est inscrit sur une liste et se voit proposer plusieurs possibilités.

Enfin, donnons au chef d'établissement une fraction spécifique de la dotation de fonctionnement, plus importante, afin d'une part d'augmenter l'attractivité du recrutement, et d'autre part, après évaluation, de moduler le salaire en fonction des résultats à la fois individuels, mais aussi collectifs, des enseignants.

Commentaires

  • Par energy • Posté le 11/07/2011 à 10:43 Oui pour l'autonomie sous contrôle d'un organisme indépendant et non partial.

    Oui pour que les établissements choisissent leurs enseignants mais de manière impartiale. Or compte tenu à l'heure actuelle de la nommination des directeurs et de leurs "compétences" (copinage, loges, position politique,pas de connaissances de la gestion,...) et de leurs pouvoirs, il sera nécessaire d'avoir dans chaque établissement une structure qui aide, contrôle, voire limite les pouvoirs du chef.

    J'ai passé 28 ans dans le "système" et vu les dérives

    du pouvoir des chefs d'établissements, je ne peux que recommander de mettre sur pied la prudence.

    Energy Pr. hr. des Universités
  • Par Nicolas des Ligneris • Posté le 09/07/2011 à 09:30 Il reste à définir un dispositif d'évaluation de la performance de l'établissement par les utilisateurs-clients, et non par les syndicats d'enseignants.

Fermer

Newsletter

Inscrivez-vous à la lettre d'information hebdomadaire de la Fondation iFRAP.

Recevez chaque semaine notre lettre d'information pour vous tenir au courant de l'activité et des travaux de la Fondation iFRAP.