Actualité

IDE en France : dans un contexte de recul des investissements industriels, des atouts à préserver

Le gouvernement s’est félicité des chiffres publiés dans le rapport Business France sur les investissements internationaux en France, jugeant que les entreprises étrangères estiment toujours que la France est un pays attractif pour investir. Si les données montrent des points positifs comme une augmentation des décisions d’investissements, hors points de vente, la hausse est tout de même très modeste (+2 %). Ces statistiques montrent les forces et les faiblesses de notre pays en matière d’investissements directs étrangers (IDE). Des investissements mais surtout pour des datacenters.  D’autres études comme celle de Trendeo constate le dynamisme de l'investissement en France (125 Mds € mais dont plus de la moitié est portée par la datacenters 67 Mds) mais souligne le ralentissement du mouvement de réindustrialisation. Le mix électrique français décarboné et la stabilité des prix, sont des atouts pour la France comparé à d’autres pays en Europe, surtout pour des industries électro-intensives. Attention à préserver ces atouts. 

Les principaux chiffres à retenir du rapport

  1. 1878 décisions d’investissements pour 1021 entreprises ayant investi, dont 472 investissements de production, 299 centres de décision, 144 investissements de R&D. On dénombre également 522 ouvertures de points de vente.

  2. 47 734 emplois dont 23 141 emplois dans les projets d’investissement et 19 344 emplois dans les projets d’extension. Sur ce point, la méthodologie précise que l’ensemble des créations d’emplois projetés sont prises en compte dans le calcul et pas seulement les emplois à court terme (3 ans).

  • En emplois : le top 3 est composé des Etats-Unis, de l’Allemagne et de l’Italie

  • En projets : le top 3 est composé de l’Allemagne, des Etats-Unis et du Royaume-Uni

  1. Le rapport souligne que parmi les investisseurs étrangers, 315 entreprises ont investi en France pour la 1re fois, dont 47% dans l’industrie. Le rapport rappelle l’apport des entreprises étrangères à l’économie française : si elles ne représentent que 0,5% des entreprises, elles représentent 13% des effectifs employés, et 16% de l’investissement, 17% de la VA créée et 21% du chiffre d’affaires (Insee, 2023).

Toutes les tailles d’entreprises sont représentées, même si ce sont plutôt les grandes entreprises qui sont les plus créatrices d’emplois. Enfin, en termes d’aménagement du territoire, la moitié environ des projets se réalisent dans des communes de moins de 20 000 habitants. Ces sites attirent les projets de production (38 % des projets destinés aux petites communes) et 27 % des points de vente. Un choix guidé pour l’industrie et la logistique par un besoin de place qui attire les investissements vers ces territoires.

Si on considère en secteurs d’activité : le rapport indique que 599 entreprises industrielles ont généré 833 projets et 20000 emplois (38 % de créations de sites, 48 % d’extensions). Le premier secteur est l’automobile. Autres secteurs en forme : la santé et l’agroalimentaire. 

Quels enseignements tirer du rapport ?

On notera tout d’abord que le rapport souligne certains atouts de la France qu’il faut préserver. Ainsi, le mix électrique français décarboné et la stabilité des prix, est un atout comparé à d’autres pays en Europe, surtout pour des industries électro-intensives. C’est cet avantage comparatif qui a guidé les choix d’investissements dans les batteries électriques (vallée de la batterie dans les Hauts-de-France), et qui explique sans doute la performance du secteur auto dans les statistiques des IDE dans un contexte plutôt dégradé.

C’est aussi le prix de l’électricité ainsi que son positionnement géographique qui guide le choix d’implantation des datacenters. Ces investissements sont peu créateurs d’emplois, mais sont essentiels à la souveraineté numérique. La France est leader en 2025 dans le monde pour les projets d’investissements green field en datacenters avec 67 milliards € d’investissements promis dans les prochaines années. À eux seuls, ils représentent autant que les niveaux d'investissement tous secteurs confondus enregistrés en 2024. 

Cette bonne nouvelle cache en creux une stabilité des investissements dans les autres secteurs selon le site Trendeo : sans les centres de données, les montants alloués aux projets sur le sol français se sont situés aux alentours de 60 milliards d'euros, un niveau stable.

Un point qui ressort également des statistiques : le rapport souligne le choix des petites communes pour l’implantation des entreprises de production. Un choix guidé par le foncier disponible. Comme pour les datacenters, c’est la position centrale en Europe de la France qui attire les projets logistiques. Le site Les Échos indique que les investisseurs internationaux constituent toujours une part majoritaire de l’offre, particulièrement le long de l’axe Lille-Paris-Lyon-Marseille (« Dorsale »)  à titre d’exemple, les Etats-Unis constituent avec Amazon un investisseur de premier plan en France. Mais ces projets ne risquent-ils pas de se heurter à la loi ZAN ou à d’autres contraintes comme le moratoire un temps envisagé pour les implantations de dépôts de logistique destinés à la vente à distance

Autre caractéristique des secteurs qui investissent en France : que ce soit dans le secteur de la santé ou de l’automobile, l’importance de préserver des capacités de R&D. Or celles-ci sont liées à des dispositifs fiscaux comme le CIR, largement critiqué cet automne à la suite de la publication du rapport sur les aides aux entreprises et dont le sort est demeuré incertain tout au long de la discussion budgétaire. Une situation qui conduit les investisseurs étrangers à beaucoup d’attentisme et peut les amener à reporter leurs décisions d’investissement.

Baromètre 360°de l’attractivité de la France pour l’industrie pharmaceutique - Edition 2025 réalisée par PwC Strategy& pour le Leem

Une autre tendance apparaît au travers de cette étude : la force du marché français de la consommation qui explique le dynamisme des ouvertures de points de vente notamment dans les villes de moins de 20 000 habitants. Un point qui traduit la dépendance de l’économie française à la consommation des ménages. À ce titre, on notera la bonne place de l’Allemagne parmi les pays investisseurs en France en projets comme en emplois : une bonne place qui s’explique par le dynamisme de deux enseignes de la distribution allemandes qui ont dopé l’ouverture des points de vente en France en 2025. Action et Lidl. Action a prévu d’ouvrir 125 magasins en 2025 passant la barre des 900 magasins. Et Lidl, 50 magasins (20 créations et 30 transferts).

Des investissements record, mais des fermetures d'usines : le grand paradoxe industriel français

Le point le plus inquiétant qui ressort des chiffres des IDE mis en avant dans l’étude du cabinet Trendeo concerne le décrochage de l’industrie. Par rapport à 2024, le solde net des ouvertures et fermetures de sites industriels s’enfonce à -63 contre -15 en 2024, un niveau inédit depuis 2013. Dans le détail, le cabinet compte 116 usines créées en 2025 et 179 fermées. Le cabinet observe depuis 2022 un décrochage des ouvertures de sites de production de la part des PME. Cette dégradation industrielle avait déjà été soulignée par la DGE pour 2024 dans son baromètre des ouvertures, fermetures et extensions de sites industriels : au premier semestre, la DGE dénombrait deux fois plus de fermetures d'usines (82) que d'ouvertures (44), quand le bilan était légèrement positif au deuxième semestre de l'an dernier (61 ouvertures contre 60 fermetures).

Le cabinet Trendeo a expliqué ces chiffres par la conjonction de plusieurs phénomènes :

  • Même en sortant du calcul les centres de données, les emplois industriels sont de plus en plus capitalistiques : là où il fallait entre 100.000 et 200.000 euros d'investissement pour créer un emploi, il faut compter 600.000 euros d'immobilisation de capital. Cela s’explique par des secteurs de pointe de plus en plus capitalistique : R&D, énergie, aéronautique …

  • De plus, selon le fondateur de Trendeo, David Cousquer, « il y a beaucoup d'investissements en décarbonation et dans la production d'énergie verte qui ajoutent du capital sans générer de production et d'emplois supplémentaires ».

  • Autre élément souligné par le cabinet : les filières de développement durable pourvoyeuses en emplois ont souffert de la défaillance de plusieurs acteurs du secteur (Photowatt).

Au final, on constate que l’environnement propice aux IDE est la conjonction de nombreux facteurs : foncier, énergie, fiscalité et incitations fiscales à la production et à la R&D … Sur tous ces points, il faut garder de la cohérence et développer une politique d’attractivité. Cela implique de ne pas sacrifier ces atouts sur l’autel de propositions électoralistes et de faire converger cette politique d’attractivité avec les considérations écologiques et budgétaires (niches fiscales et aides aux entreprises).