Fonction publique et administration

Secteur public, des grévistes peu concernés par la crise

18 novembre 2008 • Philippe François

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Quatre secteurs en grève cette semaine, et tous partiellement ou totalement dans le secteur public : Air France, la SNCF, la Poste et l'Education Nationale. Dans l'autre monde, les salariés et les dirigeants de nombreuses PME sont inquiets pour la survie de leur entreprise, des secteurs comme l'automobile recourent au chômage technique, d'autres comme le bâtiment à des licenciements. Pour les grévistes de cette semaine, aucune crainte de licenciement, de délocalisation ou de baisse de salaire.

Chez Air France, on croyait la leçon apprise et ces pratiques disparues. Les mois de grèves pour le maintien d'un 3ème pilote sur les moyens courriers s'étaient soldés par un échec, des syndicats décrédibilisés et une entreprise affaiblie. Le nouveau combat des syndicats, contre la liberté de piloter jusqu'à 65 ans, est aussi anachronique. Côté sécurité, la santé des pilotes est étroitement surveillée tout au long de leur carrière et leur espérance de vie en bonne santé a augmenté de plus de 5 ans depuis 40 ans. Certains pilotes veulent continuer à piloter parce qu'ils aiment leur métier et pour augmenter le montant de leur retraite.

La quasi totalité des pays étrangers autorisent leurs pilotes à travailler après 60 ans. La vérité c'est que les syndicats craignent un léger ralentissement de l'évolution de carrière des pilotes si beaucoup de leurs aînés restaient en poste après 60 ans. Souci légitime mais réaction disproportionnée. En 1994, 20 milliards de Francs d'argent public avaient été nécessaires pour solder des années de conflits sociaux incessants et remettre Air France à flot. Il est exclu de se laisser taxer une seconde fois.

A la SNCF, le lien entre la grève et sa cause est encore moins direct. Les conducteurs de trains qui font grève, ceux des trains de voyageurs, ne sont pas concernés par la réforme qui est applicable uniquement au Fret. Et encore, cette réforme du fret ne concerne que les 800 conducteurs qui se sont déclarés volontaires pour travailler suivant de nouvelles normes. Les conditions de travail des 2200 autres ne changeront pas. En 2008, le Fret SNCF va encore perdre 300 millions €. L'ultime aide de 800 millions € tolérée par Bruxelles a été engloutie en 3 ans.

A la différence de la SNCF, la Poste est, quant à elle, déjà plongée pour les trois quarts de son activité dans le domaine concurrentiel, seul le courrier de moins de 50 grammes en étant exclu pour encore 2 ans. Or la Poste, malgré ses récents efforts, a pris du retard par rapport à ses concurrents et a perdu des parts de marché, même en France, dans ces domaines déjà ouverts à la concurrence (express, services aux entreprises, banque postale…).

Pour se développer, il lui faut des capitaux frais qui ne peuvent provenir que du secteur privé. Les syndicats s'y opposent, alors que rien ne serait changé au statut des personnels, au motif que le service public pâtirait d'une ouverture du capital. Difficile d'accepter cet argument - qui tient d'ailleurs du procès d'intention – dans la mesure où un apport financier ne peut qu'être bénéfique. Les syndicats refusent, comme à la SNCF, tout raisonnement économique dès lors qu'il s'agit du service public mais acceptent la subvention de 700 millions € que l'Etat verse chaque année à La Poste, incapable de financer les retraites de ses salariés fonctionnaires.

Il est décevant, surtout dans le contexte actuel, que des personnels qui ne sont pas exposés à la crise se soucient si peu de l'intérêt général. Ce qui est plus étonnant encore, c'est qu'ils ne réalisent pas que leurs actions disproportionnées compromettent leur avenir personnel autant que celui de leur entreprise. Le PDG de la SNCF l'a pourtant dit à ses cheminots : sans réforme des conditions de travail, le Fret SNCF va disparaître.

Pour la SNCF, La Poste, Air France et aussi l'Education Nationale, une pleine ouverture à la concurrence est la seule méthode efficace pour faire prendre conscience aux intéressés des limites à ne pas franchir.

Commentaires

  • Par Philippe François • Posté le 08/05/2009 à 09:47 Il est exact que certaines entreprises vendent leurs produits à leurs salariés à des prix réduits. C'est assez sympathique et normal, cela développe l'esprit maison... si c'est dans des proportions raisonnables. L'entreprise économise les coûts de vente et de transport. Dans certains cas, c'est même utile à l'entreprise. Les salariés agissent alors comme un canal de vente complémentaire et gratuit. C'est le cas de certains constructeurs automobiles dans certaines périodes et pour certains modèles. Les salariés achètent des voitures avec un rabais (de 20 % à 30 % par exemple) la gardent 6 mois ou un an et se débrouillent pour la renvendre. Les constructeurs consentent des rabais similaires aux grands loueurs qui revendent aussi rapidement leurs véhicules.

    Pour la SNCF ou EDF ou GDF, les produits sont cédés pratiquement gratuitement aux salariés et l'entreprise n'économise rien: ni frais de vente, ni frais de livraison, ni aide à la vente, ni écrètement des pointes de vente.

    Le cas des TGV SNCF où 7% des voyageurs en période de pointe sont des cheminots est typique. Ces réductions constituent au contraire un handicap pour la SNCF. A Air France au moins, les salariés n'embarquent dans les avions que s'il existe des places libres. Oui, nous, Français et l'URASF aussi, sommes trop complaisants et trop négligents face à ces abus.
  • Par papamobile • Posté le 08/05/2009 à 09:47 Dans le secteur privé lorsque vous ne déclarez pas un avantage en nature vous avez rapidement un redressement fiscal... alors que vous avez simplement fait une fleur à vos salariés lors d'un mariage, d'une naissance etc...

    J'avais cru comprendre que l'URSSAF n'arrivait pas a récupérer les indus pour tous les avantages dont bénéficient ces entreprises SNCF, AIR FRANCE, EDF... ce qui représente plusieurs millions dont la SS aurait bien besoin (je suis médecin chef d'entreprise et on me rebat les oreilles de nos excès de dépenses et j'ai été redressé pour des peccadilles)

    Pouvez-vous me confirmer cette pratique et dans le cadre de votre article cela montre encore que ces entreprises sont en dehors du droit... et que nous sommes donc tous coupables de négligence vis-à-vis de cette pratique.
  • Par Pierre D • Posté le 16/02/2009 à 08:49 Abonné depuis longtemps à vos publications, je voudrais vous poser ceci:

    Constatant que les syndicats dits représentatifs se préoccupent essentiellement du maintien des avantages des fonctionnaires, l'ifrap ne pourrait-il pas inciter à la création d'un syndicat uniquement du Privé?
  • Par adx60 • Posté le 27/11/2008 à 18:22 Je reconnais sans problème que mon calcul était idiot (tel que présenté en tout cas), mais je vais expliquer pourquoi je suis en colère...

    Je suis parfaitement d'accord pour que l'on augmente les moyens mis à la disposition de l'éducation nationale, si on les a, ce qui est un autre problème.

    Mais j'en ai marre de la situation des enseignants et plus généralement des fonctionnaires dans notre pays. Nous savons tous, pour y avoir été confronté a un moment ou l'autre dans notre vie, que parmi les fonctionnaires (soyons général) et donc l'éducation nationale il y a des gens très bien et des brebis galeuses, comme partout.

    Il est absolument inadmissible d'avoir à faire à des gens pour qui tout est dû. Dans le principe, il faut que l'on leur donne, mais eux ne sont pas tenus de rendre des comptes. Il ne peut rien leur arriver. (même l'avancement au dire des inspecteurs d'académie n'est pas correctement géré).

    Cette situation est d'autant plus grave, que certains (peu heureusement) de ces enseignants sont tellement mauvais qu'ils mettent en danger nos enfants (leur éducation ou leur intégrité physique), et même dans ces cas extrêmes, on ne peut pas ou peu les sanctionner (au pire, une classe sans élèves). C'est très grave...

    Concernant leur salaire, je rappelle à toute fin utile que le salaire moyen français en 2006 était de 1600 Euro par mois. Le salaire moyen des fonctionnaires était de 1950 euro par mois (source INSEE).

    Voilà, merci à tous de m'avoir lue et désolée pour mon premier message disproportionné, mais j'en ai un peu marre de perdre des journées pour garder mes enfants... J'en ai marre d'être un otage et de ne pas pouvoir prendre quelqu'un en otage, en fait je suis probablement jalouse... (hum).

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