Emploi et politiques sociales

Libérer les Français des politiques industrielles

05 mars 2010 • Bernard Zimmern

emploi_politiquessociales.jpg

Au moment où l'actuel gouvernement invite les Français à une nouvelle politique industrielle, il est bon de rappeler que le montant total de ce que les Américains appellent l' « industrial welfare », ce qu'on appelle en France les aides à l'industrie, est de 95 milliards de dollars : à peine plus que les 65 milliards d'euros distribués chaque année aux entreprises françaises. Et nous sommes pourtant 5 fois plus petits en population, 8 fois en taille de nos économies. Ceci nous a-t-il mieux réussi ?

En 30 ans, notre industrie (au sens large en comptant les services comme les industries de fabrication) a créé à peu près zéro salarié supplémentaire, les Américains environ 50 millions. Nous n'avons vu émerger aucun leader mondial nouveau qui puisse se comparer à Microsoft, Google ou Intel. Même dans les industries plus conventionnelles comme l'automobile, si Renault et Peugeot-Citroën n'ont pas encore sombré comme General Motors, leur production dans l'Hexagone n'est plus que le cinquième de leurs concurrents allemands en Allemagne alors que le rapport était encore de 1 à 2 il y a dix ans. En fait, nos fabricants automobiles n'ont survécu que parce qu'ils sont partis produire massivement à l'étranger, dans les pays à bas coûts.

Et pouvaient-ils faire autrement lorsque la France poursuit avec obstination des « politiques industrielles » dont le résultat est simplement de gaspiller nos ressources dans des directions sans issue (pensons à l'Agence pour l'Innovation Industrielle lancée par le gouvernement Chirac qui devait nous donner un Google français et que l'on a dû replier précipitamment dans OSEO).

Pendant le temps où nos politiques et nos hauts fonctionnaires amusent la galerie avec des grands programmes, les vrais problèmes de notre industrie ne sont pas réglés.

Le premier, ce sont des charges insupportables dont nous avons montré qu'elles conduisent l'industrie française dans son ensemble à un autofinancement annuel total de 120 milliards d'euros alors que les Allemands et les Anglais sont, à population comparable, au double.

Le second problème, corollaire du premier, est la kyrielle de taxes et prélèvements sociaux dont les dernières pages du Francis Lefèbvre sont un répertoire effarant. La feuille de paie américaine comporte 5 lignes et celle des Anglais du même ordre. Hervé Novelli a eu raison de lancer le statut d'auto-entrepreneur en limitant le décompte de charges à un seul prélèvement. La première opération que devrait faire un gouvernement issu des urnes en 2012 serait de remplacer toutes les déclarations que doivent faire les entreprises par une seule déclaration annuelle ; et le faire de façon autoritaire car la simplification ne marche pas.

La troisième action attendue, dont nous nous sommes faits souvent l'écho, est d'inciter les Français qui ont encore de l'argent à l'investir dans des créations d'entreprises ; mais pas les petits porteurs, pas ceux qui investissent 10.000 ou même 50.000 euros par an, ceux qui peuvent investir chaque année 100.000 à 1 million.
Si l'on veut réindustrialiser la France, il faut d'abord permettre à ceux qui ont des idées de trouver l'argent pour les mettre en œuvre ; les statistiques montrent que 95% des entreprises ayant un potentiel de croissance naissent avec des capitaux propres entre 100.000 et 2 millions d'euros et l'entreprenant qui crée ces entreprises ne peut courir après 20 ou 40 actionnaires pour réunir les fonds dont il a besoin ; et les fonds qui ramassent les capitaux des petits porteurs, et qui en vivent, n'investiront jamais, sauf exception, dans ces créations car c'est trop dangereux et pour leurs actionnaires… et pour la carrière de leurs gestionnaires.
Tant que nous plafonnerons nos incitations fiscales en dessous de 100.000 euros, nous pouvons dire adieu à l'espoir de voir se renouveler notre parc de grandes entreprises.

Un innovateur, ayant créé en 2002 un centre de formation par internet pour former des spécialistes dans son domaine, a cherché vainement pendant 8 ans des Business Angels qui lui permettent d'accélérer son développement et de s'étendre à l'international. Il emploie difficilement aujourd'hui 4 collaborateurs. Il a rendu visite récemment à son homologue anglais qui s'est lancé un an plus tôt, en 2001, et qui compte 22 collaborateurs. Dès sa création, celui-ci a trouvé 2 millions de £ auprès de Business Angels puis 5 millions auprès d'un fonds. Seulement, le plafond de détaxation de l'incitation fiscale anglaise équivalent à notre Madelin, l'EIS, est à 1 million de £, nous sommes à 100.000 euros.

Pour mener une politique de ré-industrialisation de la France, le prochain gouvernement devra trouver d'autres idées que les cache-misères qu'enfante l'appel à une politique industrielle et, pour commencer, inviter les Français à s'en libérer.

Commentaires

  • Par Pierre Foussier • Posté le 11/03/2010 à 23:12 Ma première réaction en lisant le discours de notre président a été de dire : si des fonctionnaires étaient capables de relancer l'industrialisation, ça se saurait (voir les plans Calcul, Machines outils et autres ...). Ca me rappelle ce que disait Alain Peyrefitte : "une administration excelle à empêcher, non à faire".

    Ma seconde réaction a été de dire : mais, personne ne lui a dit que si nos entreprises ne parvenaient pas à vendre, cela tient aux innombrables taxes et impôts dont la majorité ne sert qu'à payer des fonctionnaires "toujours débordés !". J'ai de sérieux doutes quant à ses connaissances en macroéconomie ...

    Cela explique que nos entreprises ne peuvent vendre à l'étranger et que, quand ils le peuvent, les Français achètent des produits réalisés à l'étranger.

    Sur le plan du financement, vous avez tout à fait raison. Mais la France déteste les entrepreneurs, considérés immédiatement - même quand ils ont du mal à vivre - comme des exploiteurs et des voleurs ...
  • Par Etienne Roger • Posté le 11/03/2010 à 21:42 La logique qui met les entreprises d'abord au service des profits court terme créé un effet pervers quand aux diminutions de charges sans contreparties.
    Celles-ci ont en effet permis aux entreprises d'engranger des bénéfices courts termes sans investir ni innover.
    Pourquoi alors faire des efforts quand les bénéfices augmentent de toute façon ?
    Mais le manque d'innovation et d'investissement fait que la concurrence internationale se fait sur le coût du travail. A ce jeu là nous serons toujours perdants, Ne nous étonnons ensuite que nos entreprises délocalisent.
    L'innovation se nourrit au contraire de contraintes.
    Ainsi les 35 heures ont été un moteur de modernisation et de gains d'efficacité qui s'ewt essoufflé.
  • Par Bernard Zimmern • Posté le 11/03/2010 à 18:43 Etes-vous sûr que la lecture d'une presse très orientée vous laisse encore la liberté de réfléchir?
  • Par Paul • Posté le 11/03/2010 à 18:43 Avec le peu d'éléments dont je dispose je me suis livré à l'estimation du pouvoir d'achat d'un ouvrier marié 2 enfants gagnant le SMIC en ramenant tous les éléments au pouvoir d'achat net dont il dispose.

    Il en ressort que pour augmenter le pouvoir d'achat net de cette personne de 1€ l'employeur doit dépenser 3 €

    Pourriez-vous m'indiquer si mon estimation est correct ?

    Merci d'avance
    Bases de calcul :

    Coûts du salarié pour l’entreprise( y/c part patronale, impôts, taxes apprentissage, formation,…) : 100 €

    Salaire brut du salarié : 67 €

    Salaire net du salarié (après prélèvements salariales obligatoires) : ~ 47€

    Pouvoir d’achat brut (après IRPP, TVA et taxes) : ~ 35 €
    Compte tenu des nouvelles réglementations écologiques qui doublent le prix des produits alimentaires, des détergents, des ampoules et produits de bricolage courant le pouvoir d’achat net s’établit à ~31 € pour la même liste de course.
    Au total :
    Part du salarié sur son travail (pouvoir d’achat net) : 31 € sur 100 soit 31 % du coût pour l’employeur

    Part de l’état, des collectivités et des organismes sociaux : 70 € soit 2.2 fois plus que le salarié

    Part des actionnaires : 1.5 € soit 5 % du pouvoir d’achat net du salarié
    Il est, donc, normal que le salarié se plaigne de son pouvoir d’achat net car il est amputé par les prélèvements obligatoires.
    Maintenant si l’employeur veut augmenter le pouvoir d’achat net de son salarié de 3% soit 1 € le coût pour l’employeur va passer de 100 € à 103.2 € soit 3 fois l’augmentation accordée au salarié.

Fermer

Newsletter

Inscrivez-vous à la lettre d'information hebdomadaire de la Fondation iFRAP.

Recevez chaque semaine notre lettre d'information pour vous tenir au courant de l'activité et des travaux de la Fondation iFRAP.