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La désindustrialisation française ;
l’exemple de la machine-outil

Société civile n°91 - Le 5 juin 2009 par Georges Duréault

Alors que notre pays est secoué par des annonces de plans sociaux, la question de l’avenir industriel de la France se pose. Avec ce dossier, nous revenons sur le cas de la machine-outil française : comment « la mère de toutes les machines », excellent indicateur du développement industriel, a sombré en France ? Détailler les causes et comprendre quelle voie notre pays a empruntée par rapport à ses principaux concurrents étrangers, c’est aussi tirer des leçons pour l’avenir de notre économie et veiller à ce que, grâce à des entrepreneurs et au tournant des nouvelles technologies, l’industrie française se remette dans la course.

Évolution du secteur de la machine-outil ces dernières années

Le tableau ci-dessous, issu des statistiques du CECIMO (Comité européen pour la coopération des industries de machines-outils), montre l’évolution entre 2000 et 2007 des chiffres d’affaires, de l’import, de l’export et de la consommation apparente des principaux producteurs européens (chiffres en millions d’euros).

AllemagneItalieSuisseEspagneFrance
Prod. 2000 7560 4163 2257 932 861
Prod. 2007 9444 5330 2574 1048 838
Export 2000 4293 1932 1920 483 533
Export 2007 6688 2969 2574 622 577
Import 2000 1875 1441 408 496 1344
Import 2007 2692 1403 558 509 889
Cons. 2000 5142 3672 745 947 1672
Cons. 2007 5448 3764 924 935 1150

Les chiffres sont effrayants : non seulement la France est le seul pays qui a vu sa production diminuer pendant cette période, mais en plus elle représente aujourd’hui moins de 10 % de l’Allemagne, moins de 20 % de l’Italie, sans parler de la Suisse.

Mais ce qui est encore plus grave, c’est la consommation du pays en machines-outils qui est représentative de toutes les industries mécaniques, au sens large : cette consommation a baissé de plus de 30 % entre 2000 et 2007 et représente aujourd’hui 20 % de la consommation allemande et un tiers de la consommation italienne ! Quand on connaît l’importance, chez nous, de l’automobile, de la construction aéronautique et de leurs sous-traitants, on conçoit aisément ce qui reste pour l’industrie mécanique proprement dite, et particulièrement l’industrie des biens d’équipement ; nous reviendrons plus loin sur ce point.

Pour fixer les idées, la production mondiale était, en 2007, de 52 226 millions d’euros, les principaux producteurs étant le Japon avec 10 553, l’Allemagne avec 9 444, la Chine avec 7 362, puis l’Italie avec 5 330, la Corée du Sud, Taïwan, les USA n’arrivant qu’en septième position, avec 2 611, à peine devant la Suisse avec ses 2 574.

Concernant la consommation, la Chine arrive de loin en première position, avec 11 802 millions d’euros, devant l’Allemagne avec 5 448, les États-Unis avec 4 627, puis l’Italie (!), le Japon et la Corée du Sud. Et, au risque de me répéter, cette consommation est un excellent indicateur de la puissance industrielle.

À noter également qu’en 2007, le PIB de l’Allemagne était de 3 281 milliards de dollars (soit 39 313 $ par habitant) et le PIB français de 2 515 milliards de dollars (soit 41 266 par habitant)… et que le solde de la balance commerciale était de 264 milliards de dollars pour l’Allemagne et de – 36 pour la France.

Pour en revenir à la machine-outil, le tableau ci-dessous, également extrait des statistiques du CECIMO, donne les effectifs et le nombre d’entreprises du secteur dans les 5 mêmes pays que le premier tableau.

PaysNb. d’entreprisesEffectifsEffectifs moyens
Allemagne 350 66 369 190
Italie 375 28 560 76
Suisse 91 12 200 134
Espagne 111 5 546 50
France 89 6 096 68

Un mot encore pour le grand absent de ce top 5, l’Angleterre. Cette dernière a clairement fait le choix de la finance, des services et des nouvelles technologies, ce qui n’est pas le cas chez nous.

Il est intéressant pour comprendre les performances respectives de la France et de l’Allemagne, de distinguer les causes lointaines, puis de revenir sur l’époque du grand déclin (fin des années soixante-dix et années quatre-vingt) et de se poser la question : y a-t-il des remèdes ?

Suite de ce dossier :
Les causes lointaines de la crise de la machine-outil française



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