Éducation et culture

Réforme du bac : quel impact ?

21 février 2018 • R.C

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Le baccalauréat, « rite de passage » vers l’âge adulte et l’enseignement supérieur pour 78% d’une classe d’âge annuelle (ceci inclut le baccalauréat professionnel), est devenu au fil des réformes successives un géant aux pieds d’argile et un paradoxe sociétal.

Comportant aujourd’hui plus d’une douzaine d’épreuves terminales, il mobilise et désorganise les lycées à compter du mois d’avril. Près de 3.000 sujets ont été préparés par les corps enseignant et d’inspection. Les quelque 4.500 centres d’examen collecteront plus de 4 millions de copies. Le coût budgétaire annuel est estimé à 100 millions d'euros (sources : MENESR). Si l’on comptabilise les perturbations engendrées dans les enseignements par l’organisation de l’examen, on parvient à un coût supérieur à 1,4 Milliard d’Euros (sources : étude du SNPDEN 2013). Les points de fragilité de cet ensemble sont connus : erreurs dans les sujets ou leur distribution, tricheries ou sabotages électroniques, mouvements sociaux…). Le jour où, selon le titre du roman d’un ancien haut fonctionnaire du ministère, « le Baccalauréat n’aura pas lieu », approche inexorablement. Les taux de réussite à l’examen (à différencier des taux d’accès au bac d’une classe d’âge) sont aujourd’hui de 87,9%. 50% des élèves obtiennent une mention. On a pu parler d’une « dévalorisation » progressive du baccalauréat.

Cet examen ritualisé est juridiquement le premier diplôme délivré par l’Université. Le Baccalauréat ouvre donc à son titulaire les portes des Universités et des organismes d’enseignement supérieur. Or, les filières sélectives (CPGE, BTS, DUT, IEP), n’attendent plus la publication des résultats du baccalauréat pour prononcer l’admission de leurs futurs élèves. Celle-ci est réalisée à partir d’une lecture des bulletins scolaires du cycle terminal et même parfois des bulletins de seconde. L’aspect « rite de passage », épreuve de maturité, est donc délibérément ignoré par les filières de recrutement de nos futures élites.  Autre paradoxe : si 87,9% des élèves de terminale obtiennent le bac, 60% échouent à leur première année d’enseignement supérieur.  

La refonte complète du baccalauréat et des études lycéennes, et leur articulation avec les formations d’enseignement supérieur, sont une nécessité à la fois éducative, économique et sociale pour notre pays.

La nouvelle économie du baccalauréat de 2021 prévoit 5 épreuves terminales (Français en première, Philo et Oral, ainsi que deux spécialités choisies par l’élève en terminale). L’ensemble représente 60% de la note de l’examen. Le contrôle continu (essentiellement des compositions en cours d’année), compte pour 40% dont 10% pour le bulletin scolaire). L’examen est organisé après les vacances de Printemps pour les deux épreuves de spécialité et en juin pour le Français, la Philo et l’oral. Le lycée, ses programmes et horaires, sera réformé d’ici la rentrée 2019.

Cette réforme s’inscrit dans un processus ancien, lancé par François Fillon en 2005 alors qu’il était ministre de l’Education nationale. La réforme s’appuie sur le rapport 2011 des Inspections générales, sur le rapport 2014 du médiateur de l’éducation nationale et sur les préconisations du professeur Mathiot. Sur le plan politique, le projet Blanquer trouve sa source dans le projet de François Fillon pour la France de 2017, largement repris dans ce domaine par Emmanuel Macron.

Du point de vue budgétaire, il est évident qu’un bac à 4 épreuves est moins coûteux qu’un bac à 12 épreuves. A ce stade, on peut estimer que l’économie oscillerait, au maximum, entre 30 et 40 millions d'euros par session.

Du point de vue des coûts induits (cours non assurés, banalisation des établissements, déplacements, jurys) par la préparation, l’organisation la passation des épreuves, on peut être plus circonspect car l‘organisation des deux épreuves de spécialités juste après les vacances de printemps risque de désorganiser sérieusement le deuxième trimestre et de modifier sensiblement l’économie de l’année scolaire du cycle terminal. Il est trop tôt à ce stade pour évaluer l’impact de cette proposition du ministre.

Enfin, s’agissant de la qualité et de la valeur du baccalauréat, évalués en fonction du taux de réussite des bacheliers en première année d’enseignement supérieur, on peut être dubitatif car un certain nombre de mesures susceptibles de garantir un niveau d’exigence minimal ont été volontairement écartées par le ministre ; les notes insuffisantes en spécialités - essentielles pour le succès dans les filières correspondantes dans le Supérieur, peuvent toujours être compensées par des matières secondaires. Les mentions peuvent toujours être obtenues par le biais d’options facultatives généralement surnotées par les jurys. De même, il n’existe pas de note éliminatoire aux épreuves terminales (5/20 aurait été raisonnable). Enfin, tout dépendra de l’intelligence de l’articulation entre cycle terminal et enseignement supérieur en matière d’orientation et d’accès aux différentes filières. A cet égard, il faudra examiner attentivement les effets de la nouvelle procédure « parcours sup’ » mise en place pour la rentrée prochaine.

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