Éducation et culture

Mécénat d'entreprises : À quand de grands musées privés en France ?

30 octobre 2007 • Agnès Verdier-Molinié

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Tandis que François Pinault étend, à Venise, sa surface d'exposition privée, un tableau de Poussin, "La Fuite en Égypte", fait la Une des journaux sous le titre : "L'État rachète un tableau de Poussin" alors que des 17 millions d'euros réunis pour le rachat de l'oeuvre, plus de la moitié (9,5 millions d'euros) provient du mécénat d'entreprises. Un hasard de l'actualité qui met en exergue une certaine iniquité de traitement entre musées publics et privés.


François Pinault vient d'obtenir de la ville de Venise, après avoir acheté en 2005 pour 29 millions d'euros le Palazzo Grassi pour installer une partie de sa gigantesque collection d'art contemporain, la jouissance pour trente ans des bâtiments de la "Pointe de la douane" pour installer une partie de sa collection. C'est la fondation Pinault qui paiera tous les travaux (lourds) de rénovation des lieux qui n'ont pas été entretenus depuis des décennies. En juin 2009, lors de la prochaine biennale de Venise, les visiteurs et les Vénitiens pourront assister à l'ouverture de ce nouvel espace destiné à l'art contemporain. Cette nouvelle est formidable pour Venise et tous les amoureux de son patrimoine, mais un peu amère pour ceux qui auraient souhaité voir s'installer en France la fondation Pinault, ses musées et ses magnifiques collections privées, a fortiori sur le site des anciennes usines Renault de Boulogne-Billancourt, comme cela était initialement prévu. Ce projet initial ambitieux avait été abandonné suite à "des longueurs et des pesanteurs" - notamment administratives - selon les propres termes du collectionneur François Pinault.


La préférence accordée aux musées publics en défaveur des musées privés est latente. Nous ne soignons toujours pas assez nos mécènes et nos fondations potentielles. Une récente anecdote du monde de l'art montre encore à quel point le chemin est long pour imaginer doter la France de grands musées privés comme il en existe partout dans le monde. Classé trésor national, "La Fuite en Égypte", tableau de Nicolas Poussin, huile sur toile du XVIIe siècle, risquait d'être acquise par des collectionneurs étrangers. Le musée des Beaux-Arts de Lyon a cherché des partenaires parmi de grandes entreprises de la région lyonnaise pour en cofinancer l'acquisition.

Nous ne soignons toujours pas assez nos mécènes et nos fondations potentielles

La Caisse d'Épargne Rhône-Alpes s'est notamment engagée dans ce projet. Ce genre de partenariat, impossible il y a quelques années, a été rendu possible grâce à la loi du 4 janvier 2002 qui, relative aux musées de France, a modifié le Code général des impôts (article 238 bis OA) pour instituer un dispositif entièrement nouveau comportant des avantages fiscaux pour les entreprises : une réduction de l'impôt sur les sociétés égale à 90 % des versements effectués par l'entreprise pour l'acquisition par l'État ou toute personne publique d'un trésor national destiné à une collection publique, la réduction étant plafonnée à 50 % de l'impôt dû. Plusieurs entreprises peuvent être associées dans l'application de cette disposition. Pour être déductibles de l'impôt sur les sociétés, les versements des entreprises doivent avoir fait l'objet d'une acceptation conjointe par les ministres chargés de la culture et du budget.

De surcroît, la réduction d'impôt s'applique au montant de l'impôt dû au titre de l'exercice au cours duquel les versements sont acceptés. Par ailleurs, les trésors nationaux sont exclus de l'assiette de la taxe professionnelle. Ces mesures vont dans le bon sens, les PPP [1] tellement en vogue, sont forcément à développer, mais pourquoi cette réduction d'IS est-elle réservée seulement aux "acquisitions par l'État" ? Il est compréhensible que l'État seul n'ait pas les moyens de racheter les trésors nationaux atteignant cette valeur mais de là à garder l'exclusivité des entreprises mécènes, c'est à désespérer de voir un jour de grandes fondations privées sur notre sol à l'instar de la fuite de la collection Pinault.


[1] PPP : PartenariatsPublic/Privé

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