Éducation et culture

L'Éducation nationale et les suites des attentats de début janvier : désarroi et confusion

05 février 2015 • Roger Chudeau

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Les attentats des 7, 8 et 9 janvier ont agi comme un électrochoc sur le monde éducatif. Le modèle éducatif (et social) français, d'intégration sociale par l'école, a donc réchauffé en son sein, éduqué et instruit des élèves qui, devenus adultes, ont basculé du côté de la barbarie.

Il pourrait certes ne s'agir que de dérives individuelles dont un système qui scolarise 13 millions de jeunes ne saurait être tenu pour responsable, mais les refus – même très minoritaires – de s'associer au deuil national et à la minute de silence décrétée par le chef de l'État dans les établissements scolaires, les « je suis Kouachi » ou « je suis Coulibaly » sur les réseaux sociaux, les intimidations vis-à-vis d'élèves affirmant « je suis Charlie », les débats parfois houleux dans certaines classes devant des professeurs désarmés, ont montré que le mal est plus profond et que l'éducation et l'instruction dispensées dans « l'école de la République » échouent en partie gravement à produire du « vivre ensemble », du sens moral, du sens critique et de la rationalité dans les comportements.

La ministre de l'Éducation nationale, le Premier ministre, le président de la République lui-même, ont donc assigné à l'école la mission de retrouver la voie de l'éducation aux valeurs et ont annoncé une « mobilisation de l'école pour les valeurs de la République ».

Les onze mesures de cette « mobilisation » apparaissent hélas comme un catalogue improvisé manifestement beaucoup plus destiné à adopter une posture réactive et volontariste, que de nature à inverser la pente du « laisser aller et laisser faire » bien connue des professionnels de l'Éducation.

Quelques exemples :

  • Mesure N° 2 « rétablir l'autorité des maîtres et les rites républicains ». Quel aveu ! Ainsi donc la gauche pédagogiste qui a forgé dans les IUFM et aujourd'hui dans les ESPE tant de générations de professeurs découvre que le maître n'a plus d'autorité ! Mais qui a décrété que l'élève était « au centre » du système éducatif – et non les apprentissages ? - Qui a démonté les estrades physiques et symboliques, combattu la notation sur 20, supprimé la note de vie scolaire, interdit d'exclure définitivement des élèves, supprimé la suspension des allocations familiales pour les élèves absentéistes, oui qui, sinon ceux qui aujourd'hui regardent, effarés, les produits monstrueux de leur aveuglement doctrinaire.
  • Mesure N° 6 « engager le chantier prioritaire pour la maîtrise du français ». Cette priorité reprise le 5 février par le président de la République dans sa conférence de presse laisse interrogatif. Il ne s'est donc trouvé personne dans l'entourage des gouvernants pour leur rappeler que la maîtrise de la langue française est la priorité des priorités de l'enseignement scolaire initial – de la maternelle au collège - depuis des décennies ? Mais qui a supprimé l'aide individualisée de deux heures hebdomadaires dont bénéficiaient les élèves du primaire de 2007 à 2012 ? Qui a diminué l'exposition des enfants à l'enseignement d'une demi-heure hebdomadaire dans le cadre des nouveaux rythmes scolaires ? Comment faut-il dans ces conditions recevoir la mesure 9 intitulée de manière sibylline : « un acte pour les publics les plus fragiles » ?

Les autres mesures sont à l'avenant et il ne se passera évidemment rien de plus décisif dans les « parcours citoyens » prévus à la mesure 3 que dans les « parcours d'orientation » qui n'empêchent pas que 150.000 élèves sortent sans qualification du système éducatif tous les ans…

Quelles sont alors les mesures de nature à redonner à l'école sa fonction – essentielle dans notre pays – de creuset de la cohésion sociale et du vouloir vivre ensemble en tant que Français.

  • Mettre fin au « collège unique » et à l'allongement continu de la durée des études secondaires et développer les orientations vers l'apprentissage et la qualification professionnelle du CAP à la Licence. Il est impératif de rétablir le lien entre l'école et l'économie, c'est-à-dire le travail ;
  • Réviser les programmes d'enseignement de l'Histoire et de la Littérature dans le sens d'une réappropriation du « roman national » : grands hommes, grandes dates, symboles, étapes de la construction de la nation. Instaurer dès le collège un enseignement du fait religieux ;
  • Restaurer des rituels symboliques : Marseillaise toutes les semaines, lever des couleurs, port d'une tenue uniforme dans le second degré, voussoiement des adultes. Assistance encadrée obligatoire (par roulement) de délégations d'élèves aux cérémonies patriotiques commémoratives (modifier les obligations de service du corps enseignant à cette fin) ;
  • Restaurer la discipline : exclure définitivement du système éducatif tout élève de plus de 16 ans gravement perturbateur ou refusant par ses propos et attitudes les valeurs de la République, notamment la Laïcité. Rétablissement de la note de vie scolaire, rétablissement de la suspension des allocations familiales en cas d'absentéisme aggravé.

Ces mesures sont actuellement évoquées dans le débat public. Elles reposent sur des postulats qu'une bonne partie de la majorité au pouvoir aujourd'hui réfute : Il n'y a pas d'apprentissage sans autorité, il n'y a pas de société sans sanction. La nation française s'est construite au fil des siècles par l'assimilation beaucoup plus que par la culture des « différences » or, il n'y a pas de nation sans adhésion.

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