Éducation et culture

Crise de la presse : Quel est le rôle de l'Etat ?

02 mars 2009 • Sandrine Gorreri

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La presse quotidienne est en crise, ce n'est une nouvelle pour personne. Les menaces sont nombreuses : concurrencée par la montée d'Internet et des journaux gratuits, mise en difficulté par la chute des recettes publicitaires, la presse a vu son chiffre d'affaires baisser de façon inquiétante depuis 2000, mettant en péril son avenir. D'autres grands secteurs industriels sont également confrontés à un bouleversement de leurs marchés et ont fait le choix d'une vraie restructuration.

Cet état de fait n'est d'ailleurs pas franco-français, tous les pays industrialisés sont confrontés à une réflexion sur l'avenir de la presse et le renouvellement de son modèle économique. Mais notre pays se singularise par une situation financière critique des grands titres. Dans un rapport paru en 2007 [1], l'ancien Sénateur Louis de Broissia rappelait que les journaux français affichent la plus faible rentabilité parmi les grands pays européens. Une situation qui hypothèque les possibilités pour le secteur de se moderniser et qui devient dramatique, maintenant avec la crise.

Des coûts de fabrication et de diffusion très élevés

Cette situation s'explique par des coûts de fabrication et de diffusion très élevés. L'impression représente 20 à 35% des coûts d'un quotidien. Certes le cours du papier n'a cessé d'augmenter mais les professionnels s'accordent à souligner l'importance des frais de personnel. Le syndicat du Livre est omniprésent et impose des conditions sociales difficilement soutenables comparées à d'autres pays.

A titre d'exemple, le livre vert des états généraux de la presse remis en janvier dernier, cite l'impression de l'International Herald Tribune qui coûte 60% plus cher en France qu'en Belgique. Il faut dire que la rémunération moyenne annuelle brute d'un imprimeur de nuit varie entre 37 000 et 56 000 euros dans la PQR, presque 2,5 à 4 fois le SMIC ; voire 58 000 euros dans la PQN.

D'autres facteurs viennent s'ajouter : sureffectifs, faible nombre d'heures travaillées, absentéisme. Les rotatives sont sous-utilisées et les objectifs de réduction des coûts sont évalués à 30 à 40% pour la PQN selon les auteurs du Livre vert.

Autre point noir, la distribution : la Loi Bichet garantit un égal accès de tous les titres à la distribution. Inscrite dans la loi depuis 1947, cette liberté de diffusion implique une organisation autour de coopératives de messagerie pour lesquelles l'Etat a déjà largement contribué financièrement à la modernisation. Autres conséquences : l'engorgement des linéaires et la gestion des points de vente particulièrement lourde, qui ne participe pas non plus à leur rentabilité.

Le processus industriel de la presse apparaît donc comme très encadré et l'Etat y joue un rôle important par le cadre réglementaire qu'il a contribué à mettre en place depuis la Libération.

Les aides publiques à la presse représentent près d'un milliard d'euros

A l'occasion de l'ouverture des Etats généraux de la presse écrite, le Président de la République a également rappelé dans son discours que l'Etat consacre chaque année près d'un milliard d'euros d'aides à la presse, soit près de 10% de son chiffre d'affaires. Des aides directes et indirectes (tarifs postaux, TVA réduite, etc.) qui ont d'ailleurs été renforcées à l'issue de ces états généraux. Citons entre autres, les 200 millions € d'aides supplémentaires par an sur trois ans que l'Etat va apporter, sans compter sa participation à la modernisation des imprimeries. Il a également été décidé le report d'un an de la hausse des tarifs postaux (24 M€ pour l'Etat). Mais il est notable que l'Etat ait aussi demandé un plan de reconversion des sureffectifs des ouvriers du Livre et une amélioration de la loi Bichet pour aider les diffuseurs et développer le portage.

« La Presse fait partie de l'équilibre des pouvoirs et il faut asseoir les conditions d'une presse libre » rappelle le Président de la République mais comme l'indique Louis de Brossia « l'Etat semble en matière de presse quotidienne s'être substitué au marché au nom de la défense du pluralisme et de la liberté. Il subventionne à l'aveugle un secteur d'activité tout entier au risque de le maintenir dans un état de dépendance et de dissuader toute volonté de réforme. »

La presse écrite ne pourra faire plus longtemps l'économie d'une restructuration plus profonde et pour cela il convient également que l'Etat remette en question le sens de ses aides à la presse. Il est frappant qu'alors que le plan de soutien indique que le montant des campagnes publicitaires de l'Etat orienté vers la presse écrite sera doublé (20 millions d'€), un sondage TNS Sofres Logica montre qu'une majorité de Français jugent que les journalistes ne sont pas assez indépendants face aux pressions des partis politiques (61%) et aux pressions de l'argent (59%).

[1] Rapport de Louis de Broissia, Sénateur, « La crise de la presse » ; 3 octobre 2007

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