Éducation et culture

Collège, une réforme en trompe-l’œil

03 avril 2015 • Roger Chudeau

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La ministre de l’Éducation nationale a présenté le 11 mars une « réforme » du collège intitulée « mieux apprendre pour mieux réussir ». Des documents mis à la disposition du public, il ressort que cette réforme repose sur un postulat présenté comme une évidence : « le collège aggrave la difficulté scolaire » ou : « le collège est profondément inégalitaire ».

Quelques remarques sur ce « constat » : appréhender la réalité du collège sur le fondement de performances moyennes est méthodologiquement sujet à caution: Il y a 5.200 collèges publics. Il en existe d’excellents et il en existe de calamiteux. On trouve au sein des collèges de très bonnes classes, servies par d’excellents professeurs et d’autres classes qui auront vu défiler des remplaçants sans qualification tout au long de l’année scolaire… Ce qui est pertinent en termes d’analyse de la situation du collège, ce ne sont donc pas des moyennes, mais des écarts : 15% des collèges publics dysfonctionnent, plus de 10% atteignent des résultats hors normes. C’est cela qu’il faut analyser.

Au-delà de la méthode, le fait que le collège doive être sérieusement réformé est au moins un point sur lequel tous les partis de gouvernement peuvent être d’accord. Les affirmations sans nuance de la ministre laissent alors espérer des mesures radicales, à la hauteur de l’enjeu. Mais quel est alors l’objectif poursuivi par cette réforme ? Celui de « redonner sa pertinence à l’ambition du collège unique ».

La ministre affirme donc que rien ne va plus au collège, mais estime qu’il convient de restaurer un modèle qui a si radicalement échoué. On reste confondu devant l’incohérence de la démarche.

Une des clefs de la réforme nous est fournie par le dossier de presse : On y lit que le collège doit désormais « s’adapter à la diversité des besoins des élèves ». Tout comme la loi Jospin a voulu mettre l’élève au centre du système éducatif, la réforme Vallaud-Belkacem estime que l’institution scolaire doit s’adapter aux « besoins » des élèves… Il n’est nulle part question de préparer les élèves à l’entrée au lycée ou au lycée professionnel, c’est-à-dire de « s’élever » par le travail et l’effort, au niveau requis pour poursuivre des études secondaires (l’objectif de 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat et de 50% de jeunes au niveau de la licence n’est pas même rappelé). Le « pédagogisme » qui a causé dans notre enseignement scolaire et dans les écoles de formation des professeurs, les dégâts que l’on sait, fait donc ici un retour en force.

Examinons maintenant quelques-uns des principaux domaines sur lesquels porte la « réforme » :

  • Une « refonte des programmes » est annoncée. Il ne s’agit pas de faire ici de procès d’intentions mais dans la mesure où la ministre considère que les disciplines enseignées au collège sont « monolithiques » (quid ?), on peut supposer que les nouveaux programmes baisseront suffisamment le niveau pour correspondre aux « besoins » des élèves les moins motivés…
  • Une « nouveauté » est annoncée sous l’appellation « 20% de marge de manœuvre » mais rapidement encadrée par la précision « dans le respect des horaires réglementaires ».

Décryptons ce bel exemple de techno-langage : En clair cela signifie que sur les 4h30 hebdomadaires d’enseignement du français et sur les 3h30 d’histoire géographie dont bénéficie un élève de troisième, par exemple, une heure hebdomadaire de chaque discipline devra être utilisée dans le cadre d’un « enseignement pratique interdisciplinaire » ou de travail en petits groupes ou d’accompagnement individuel. L’enseignement des disciplines fondamentales – très inégalement maîtrisées au collège – sera donc amputé de 20% de ses horaires au profit d’activités supposées développer l’autonomie des élèves. Cette intention est très louable, mais elle ne devrait en aucun cas venir obérer des enseignements fondamentaux déjà à la portion congrue. Si des activités en petits groupes sont utiles, elles le sont en complément d’un enseignement disciplinaire solide doté d’horaires conséquents.

En choisissant à l’inverse de grignoter encore plus les horaires des disciplines fondamentales, la ministre installe l’idée que celles-ci seraient par construction « monolithiques » et sources d’ennui, tandis que les « enseignements pratiques interdisciplinaires » seraient, eux par nature, modernes et motivants.  De l’art de démotiver davantage encore professeurs et collégiens !

  • Une autre nouveauté : les collégiens disposeront désormais d’une heure trente de pause méridienne. Dans les collèges où cela sera vraiment possible (c'est-à-dire que pour ceux dont les horaires sont soumis aux contraintes des transports scolaires départementaux) on peut s’attendre à des improvisations du type de celles qui ont été constatées avec les nouveaux rythmes scolaires à l’école primaire : clubs de tous types, activités de l’association sportive expédiées en une demi-heure, tout cela dans la pagaille que savent créer des centaines d’adolescents dans un lieu clos durant une heure et trente minutes ;
  • Enfin, il sera mis fin à « la ghettoïsation des collèges ». L’objectif serait de créer des secteurs communs de recrutement de collèges dans le but d’assurer la mixité sociale. Simple rappel : les conseils généraux disposent depuis une décennie des compétences en matière de définition des secteurs de collège. Une pieuse intention donc, comme du reste de cette « réforme », qui ne devrait rien changer au statut quo ;
  • Enfin, un mot sur les « 4.000 équivalents temps plein » (emplois) injectés dans les 5.200 collèges publics et leurs 107.000 classes pour soutenir cette « réforme ». C’est très insuffisant si l’on veut vraiment développer l’aide individualisée sans toucher ni aux statuts des personnels, ni aux structures d’enseignement, mais c’est évidemment beaucoup trop et évoque une fois encore  le « tonneau des danaïdes » si l’on considère que la réforme ne touche à aucun des vrais leviers de changement : les obligations de service des enseignants et l’autonomie réelle des établissements.

Que faire pour réformer le collège ?

  1. Redonner un enjeu scolaire au collège : la maîtrise du socle commun, vérifiée par le diplôme national du brevet doit être la condition sine qua non du passage en seconde ;
  2. Redonner force et vigueur aux classes de découverte professionnelle en créant des partenariats avec les lycées professionnels et les CFA ;
  3. Réformer l’enseignement de l’Histoire : enseigner l’histoire de France prioritairement dans le sens d’une réappropriation par les élèves du « roman national », c’est-à-dire de la construction de la nation française ;
  4. Donner aux établissements, dans le cadre de leur projet et de leur contrat d’objectifs (notions d’ailleurs  absentes de la réforme Vallaud-Belkacem), de véritables marges de manœuvre : annualisation des horaires des disciplines, possibilité de modifier les horaires des disciplines en fonction des performances des élèves et des objectifs de l’établissement. Possibilité d’externaliser certains enseignements (artistiques notamment) ;
  5. Annualiser le service des professeurs, responsabiliser l’établissement en matière de remplacement des professeurs absents. Imposer la bivalence chez les professeurs de collège ;
  6. Donner aux chefs d’établissements de nouvelles compétences en matière de recrutement de professeurs et d’évaluation de ceux-ci ;
  7. Évaluer les collèges régulièrement et publier leurs résultats, notamment en termes de « valeur ajoutée » ;
  8. Fermer les collèges « ghettos » dont le contexte géographique et social ne permet pas d’atteindre les objectifs fixés par la loi. Les élèves seront répartis dans les collèges voisins ;
  9. Créer des entités administrativo-pédagogiques regroupant, là où c’est possible, écoles primaires et collèges dans le cadre d’une école des enseignements fondamentaux ;
  10. Diminuer le nombre total de collèges publics par regroupement, en lien avec la collectivité compétente (aujourd’hui, le département) pour que chaque établissement atteigne une taille critique suffisante (environ 600 élèves).

[1] En France 94% de ses élèves du second cycle en anglais LV1 au second degré, les 6% restants se répartissant entre l’allemand, principalement, et l’espagnol (DEPP, chiffres rentrée 2009). En primaire en 2011, 90,1% des élèves étudient l’anglais, 8,6% l’allemand, 1,5% l’espagnol. (DEPP 2011, Repères et références statistiques)

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