Éducation et culture

Clubs de foot : l'argent public ne contribue pas à la victoire

20 décembre 2006 • Guillaume Dumant

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Les clubs de foot français sont loin d'être les meilleurs en Europe. Pourtant, dans la plus pure tradition interventionniste française, l'Etat et les collectivités locales n'ont pas pu résister à s'immiscer dans leur vie et à les arroser d'argent public. Mais pour gagner, cela ne suffit pas.

Les clubs de football vont enfin pouvoir être introduits en Bourse. Suite à l'avis de la commission européenne enjoignant à la France de "permettre aux clubs sportifs de faire appel public à l'épargne", le ministre des Sports autorise une introduction en Bourse des clubs français. Cela enterre l'interdiction édictée par la loi Buffet en 1999. Cette loi avait eu pour conséquence de permettre aux clubs de foot de récolter de nombreuses subventions de la part des diverses collectivités. Désormais de nouveaux moyens de financement vont pouvoir être envisagés. Cela devrait sonner le glas des subventions.

En dépit de ces subventions financières et de la masse d'argent générée par l'activité, la situation des clubs de foot n'a jamais été florissante. Ce milieu a également été sujet à de nombreuses malversations financières. La Direction Nationale chargée du Contrôle de Gestion a été créée en 1990. Elle assure le contrôle juridique et financier des clubs de football professionnels et a un pouvoir de décision autonome vis-à-vis de la Fédération et de la Ligue de Football. Jacques Lagnier, expert comptable auprès de la DNCG, estime que "c‘est un milieu économique comme un autre. Il a ses défauts et ses qualités. Je pense que le foot professionnel est attentivement suivi par beaucoup de monde". Le résultat d'exploitation cumulé des clubs de Ligue 1 est proche de l'équilibre à -12 millions d'euros. Il était de – 84 millions d'euros en 2003-2004. Ce très net redressement provient de la hausse des droits TV domestiques distribués aux clubs et d'une diminution des charges. Les clubs ont poursuivi leur politique de rigueur, réduisant nettement leur masse salariale qui n'atteint plus que 63% de leur chiffre d'affaires. Les prochains défis sont une consolidation des comptes, l'arrêt des subventions et l'introduction en bourse, pour les plus téméraires.

Le soutien des municipalités à des clubs de foot dépend énormément de la manière dont les élus considèrent le club, à savoir, comme un club de sport ou bien comme n'importe quelle entreprise. A Auxerre, la mairie considère l'AJ Auxerre comme une simple entreprise de spectacle. S'il est vrai que la mairie se satisfait des 20.000 personnes à chaque représentation, la ville n'est pas impliquée dans le club. A Bordeaux, le club des Girondins fait partie intégrante de la ville. En plus d'une subvention de 610 000 euros, la ville accorde des subventions indirectes au club. Comme toute autre salle de la ville, le club ne paye plus de taxes sur les spectacles, ce qui correspond à peu près à 10% du chiffre d'affaires de la billetterie. Mais là où les Girondins sont extrêmement gagnants, c'est sur le stade Chaban-Delmas. Le site est entretenu par la mairie : maintenance et consommation électrique, nettoyage, eau et deux salariés pour la pelouse. Au regard de la vétusté du stade et de l'insistance des dirigeants pour avoir leur propre stade, la mairie prendra en charge la totalité des 10 millions d'euros de rénovation du stade classé.

Des aides opaques

La plupart des villes versent des subventions à leurs clubs. Le premier bénéficiaire de l'aide est le PSG. Au titre de l'année 2002, plus de 2,3 millions d'euros ont été accordés à la société anonyme sportive professionnelle "Paris Saint-Germain football". La ville participe également financièrement à la société anonyme sportive professionnelle "Paris Saint-Germain football" pour 1,29 million d'euros pour 2002. La facture totale pour les parisiens est de 3,5 millions d'euros pour l'année 2002.

Des mairies cultivent un certain flou autour de ces subventions. Lors du dernier bilan 2004/2005, pour la première fois, tous les clubs professionnels ont accepté de publier leurs résultats individuels auprès de la DNCG. Le contrôle est désormais total. Cette expertise va se poursuivre avec l'introduction en bourse des clubs. Redouté par beaucoup de professionnels, en raison des échecs précédents des clubs européens, cette révolution présente de nombreux avantages. "Ça peut apporter des moyens de financement. Il faut faire attention à leur utilisation. Les investissements dans des biens durables ne présentent pas de gros risques, les investissements sur des joueurs sont plus aléatoires" estime Jacques Lagnier. "Globalement, cette introduction, il n'y a pas de raison de l'interdire. C'est un secteur comme un autre qui présente des risques et des possibilités qui lui sont propres. On en a fait un combat d'arrière garde" poursuit-il. Désormais les sociétés anonymes à objet sportif pourront émettre des actions au porteur et non plus uniquement nominatives conformément à la pratique la plus courante prévalant sur les marchés. Ces sociétés pourront procéder à la distribution de leurs bénéfices, conformément aux règles habituelles en la matière. Seul Lyon semble être capable d'avoir les ressources suffisantes pour résister à une introduction en Bourse. L'Olympique Lyonnais devrait créer environ 10 millions d'actions d'une valeur unitaire comprise entre 20 et 50 euros.

Une levée de fonds de 160 à 500 millions d'euros qui pourra leur permettre de construire un nouveau stade et de mettre en place des établissements commerciaux. Wenceslas Borderias Président Directeur Général de Sport Stratégies, estime prématuré de mettre en avant les échecs des autres clubs européens pour justifier la frilosité française."La gestion actuelle de l'OL paraît saine, nous pouvons donc penser que les investissements le seront aussi. Néanmoins, il convient de constater que la valorisation du club est sur-évaluée. L'aspect affectif est donc à prendre en compte lors de l'appel à l'épargne publique, ce qui est rarement positif pour les marchés financiers"

Fidèle à ses habitudes, la France encadrera cette révolution. Le vœu du gouvernement est de maintenir la solidarité entre le sport professionnel et le sport amateur, de même qu'il souhaite éviter de voir des épargnants céder aux mirages de la spéculation. Le ministre craint que l'investissement trahisse les réelles valeurs sportives d'un club. Le problème serait de voir des clubs de football dirigés par des actionnaires sans considération pour la région du club, voire d'observer des délocalisations de clubs. Les différentes entités administratives gravitant autour du foot ne pourront ainsi plus se servir de l'image fédératrice de ce sport.

L'Etat veut transformer les arbitres en fonctionnaires

Protéger les arbitres et établir un cadre juridique de leur pratique. Voici la nouvelle mesure du gouvernement qui assimile désormais l'arbitrage à une mission de service public. Désormais, "les atteintes dont les arbitres peuvent être victimes dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de leur mission seront réprimées par les peines aggravées prévues par le code pénal". Elles pourraient aller, pour des violences volontaires ayant entraîné une incapacité de 8 jours, jusqu'à une peine de 5 ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende, au lieu de trois ans et 4.500 euros en droit commun. Si cette loi concerne tous les arbitres, son but est d'endiguer l'érosion d'arbitres au sein de la fédération de football. Selon un rapport du Sénateur Humbert la baisse s'explique par "le développement des incivilités, bien que les violences restent marginales". La proposition de loi définit également le statut social et fiscal des arbitres applicable à leurs indemnités perçues. Ils seront assimilés à des bénéfices non commerciaux. Elle leur confère aussi un statut de "travailleurs indépendants" rattachés au régime général de la Sécurité sociale, et non au régime des professions libérales.

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