Budget et fiscalité

Malgré tous les budgets de l'Etat, la France loin derrière pour l'innovation

25 mars 2009 • Bernard Zimmern

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Il est assez sidérant de lire dans le bulletin de l'INSEE, l'industrie en France, édition 2008, que la France se place en dixième position en Europe dans un indice synthétique de l'innovation mis en place par la Commission européenne, loin derrière les pays nordiques et surtout l'Allemagne (quatrième rang) et la Grande-Bretagne (cinquième rang).

Le rapport note un maintien de leur leadership et un effritement de la position de la France.

On peut s'en étonner à voir les sommes considérables consacrées par l'Etat à « aider » l'innovation que ce soit à travers ANVAR, devenu Oséo-Innovation, Oséo ou la Caisse des Dépôts ou les programmes tels que AII …

Mais il faut être fou pour ne pas comprendre que hors des domaines où la puissance financière est l'élément clé, c'est-à-dire essentiellement le spatial et le nucléaire, l'Etat n'a rien à faire à « aider » l'innovation.

Notre erreur, magistrale, est triple :

- financer l'innovation ne peut être le fait d'un seul ou de deux guichets, car personne ne détient la clé du succès et il est classique de voir les meilleurs projets, ceux qui sont les plus novateurs mais dérangent, refusés partout avant de trouver preneur au dixième essai. Multiplier les guichets de financement et la concurrence entre eux est essentiel à la réussite de toute politique d'innovation.

- Si celui qui prend la décision d'investir de l'argent ne le fait pas de sa poche mais avec l'argent public, son objectif ne sera pas de réussir, ce qui demande des années de persévérance et de combats dans l'adversité, mais de faire croire aux politiques qui votent l'argent qu'il est utile et réussit pour que soient renouvelés ses crédits. D'où le financement de projets qui brillent, permettent de faire la une de la publicité même si aucun acteur privé n'y aurait engagé un kopek.

- D'où également nombre de projets que l'organisme d'Etat se met à financer en montant dans un train déjà en marche. Qui du secteur privé refuserait une subvention ou un prêt à taux zéro ? Mais cela permet à l'organisme financeur de mettre le succès, qui a eu lieu sans lui, à son tableau de chasse.

C'est peut-être parce que nos partenaires dans la Communauté, pays nordiques, Allemagne, Grande-Bretagne ont les pieds sur terre qu'ils se sont bien abstenus de créer des ANVAR ou des AII et qu'ils nous dament le pion en matière d'innovation.

Commentaires

  • Par Pierre • Posté le 21/06/2009 à 18:49 M. Zimmern. Je suis d'accord avec vous à 120%. Votre persévérance a payé car vraissemblablement il ne restera plus rien de ANVAR et OSEO INNOVATION d'ici la fin de l'année 2009. Et ce qu'il reste de l'AII au sein d'OSEO va disparaître aussi. SUPER !!! Mais il nous reste encore du boulot à achever. En effet, tous les budgets de soutien à l'innovation sont réorientés vers le crédit d'impôt recherche (6 milliards d'euros de manque à gagner pour 2009) avec un remboursement immédiat qui va être perennisé, et la montée en puissance des pôles de compétitivité qui demandent d'ores et déjà une rallonge de 300 millions d'euros pour 2010 (en plus des 200 millions déjà votés). Les pôles financent les projets en subvention et non pas en avance remboursable. Quel gachis pour rien. Il faut stopper ce scandale.
  • Par Ponthieu2 • Posté le 27/03/2009 à 11:42 Il n'y a rien à attendre de chercheurs universitaires ni du CNRS, dont la performance économique n'est pas prise en considération dans leur évolution de carrière.
  • Par Bernard Zimmern • Posté le 27/03/2009 à 10:24 L'ANVAR a été incapable d'établir un bilan; il y avait un trou de 262 millions dans les comptes en 2005 et même un cabinet d'experts comptables mandatés pour essayer de rétablir les comptes, n'y est pas parvenu. Il faut dire que le président de l'ANVAR était un inspecteur des finances et son secrétaire général un magistrat de la Cour des comptes. Ils ont tous deux été frappés d'une ammende de... 1.000 euros par la Cour de discipline budgétaire pour avoir laissé l'ANVAR sans comptabilité probante pendant des années. Cela est sanctionné dans une entreprise privée par des peines pénales jusqu'à 5 ans d'emprisonnement.

    Imaginez ce que pouvait être l'action en faveur de l'innovation lorsqu'un organisme public est géré de la sorte. BZ
  • Par TREMEAU JEAN • Posté le 27/03/2009 à 10:24 Nos entreprises sont tenues de déposer au tribunal de commerce leurs bilans de fin d'année, que tout le monde peut consulter y compris un concurrent.

    Un contribuable peut-il se procurer celui de l'Anvar mais un bilan précis faisant apparaitre le ratio coût/efficacité?

    Depuis très longtemps je pense qu'il faut supprimer l'Anvar (je pense aussi aux SAFER en agriculture et beaucoup d'autres).

    L'Etat cherche des économies, la voie est toute trouvée.

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