Budget et fiscalité

Dette publique - Le point sur le rapport de la Cour des comptes et la conférence des déficits

10 février 2010 • Agnès Verdier-Molinié

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Le rapport de la Cour des comptes 2010 vient encore de le rappeler : « la dette publique pourrait approcher les 100 % du PIB en 2013, contre 77 % du PIB en 2009 » et « plus la dette publique est importante, plus il est difficile d'arrêter son emballement et, a fortiori, de la réduire ».
La situation de la Grèce nous rappelle que la capacité d'endettement, y compris pour un Etat, n'est pas infinie.
Prochainement, dans le cadre de la conférence des déficits, le Président de la République annoncera des mesures concrètes visant à réduire les déficits. Lire à ce sujet l'entretien avec David Thesmar.

[(La nouvelle règle budgétaire Allemande

Dans le but de revenir à l'équilibre budgétaire dans les meilleurs délais après la crise, la Loi Fondamentale allemande a été modifiée cette année pour inclure un pacte de stabilité aux termes duquel, à partir de 2016, l'État Fédéral doit limiter tout nouvel endettement à 0,35% du PIB, tout nouvel endettement étant interdit aux Länder à partir de 2020. En écho de cette disposition, Éric Woerth vient en France de se déclarer « favorable à ce que l'on affiche des règles plus contraignantes, sur le solde budgétaire et sur le niveau des dépenses publiques, dans un texte qui aurait une portée supérieure à une loi 'classique' ». Il a évoqué des économies de l'ordre de 10% sur les dépenses de fonctionnement de État et réuni les 489 opérateurs de État (250.000 emplois et 33 milliards d'euros de dépenses) pour leur demander le même effort. Attendons la suite. BN)]

Au-delà de la question de la RGPP, de la réduction des effectifs publics et de l'inscription possible dans la Constitution, à la manière Allemande d'une règle imposant que l'on ne vote plus, ou presque plus, les budgets publics en déficit, se pose une fois encore la question du rôle du Parlement et de la Cour des comptes.
Même si la réforme constitutionnelle a renforcé le rôle du Parlement en matière d'évaluation des politiques publiques, rien n'a bougé sur ce front.
Il a bien été créé un Comité d'Evaluation et de Contrôle des politiques publiques à l'Assemblée nationale mais, pour l'instant, c'est comme si l'on avait craché en l'air.
Le Parlement n'a en rien pris la mesure de son rôle et moins que jamais les dépenses publiques ne sont contrôlées.
Pire, Parlement et Cour des comptes ne travaillent pas encore vraiment ensemble à de véritables évaluations alors que c'était la volonté affichée par le Gouvernement dans la réforme conditionnelle et aussi comme c'était la volonté de Philippe Séguin.

En parlant de sa réforme de la Cour des comptes, le Premier président évoquait une « mise en marche de la Cour des comptes pour assister le Parlement ».
Force est de constater que cette réforme de la Cour est toujours bloquée en rase campagne alors qu'elle a été présentée en conseil des ministres le 20 octobre 2009.
Alors, les annonces d'avril sur le combat que nous devons mener contre les déficits publics ne doivent pas omettre que la Cour des comptes et le Parlement ne sont pas encore en ordre de marche.
Cette réforme de la Cour qui comprend la diversification des recrutements dans une logique d'évaluation réelle des politiques publiques ainsi qu'un comité rattaché au Premier président pour répondre aux demandes du Parlement est incontournable et ne doit pas être enterrée.
Non seulement parce que la France a besoin de réduire ses déficits publics mais encore parce qu'elle ne peut plus se passer de contre-pouvoirs efficaces aux pouvoirs de dépense de notre Administration et de Élysée !

Commentaires

  • Par Philippe LEMBO • Posté le 11/02/2010 à 19:28 Comme toujours en France, on croit régler un problème en "pondant" un texte de loi, un décret, une réglementation... qui, en général, ne sont pas appliqués. Ce n'est pas en interdisant le déficit dans la constitution qu'on réglera le problème.

    C'est en retroussant nos manches pour s'attaquer aux dépenses de l'état et aux privilèges de quelques uns.

    J'en viens à espérer - pour mes enfants et futurs petits enfants - que les marchés attaquent la dette française comme ils l'ont fait de la grecque.

    Alors, on sera bien obligé de se bouger.

    Ce qu'on ne fera jamais sans une formidable pression extérieure.

    PhL
  • Par Albert Morelli • Posté le 11/02/2010 à 14:15 Tant que nous n'aurons pas comme dans les entreprises réduit le nombre d'étage du mille feuille administratif il sera impossible de éduire le déficit publiC.

    Pour cela il faut s'attaquer d'abord à réduire le nombre de commune, puis regrouper les communes en communauté et ensuite passer à la région, puis à l'état. Trois niveaux c'est bien, c'est d'ailleurs ce que nous apprends la chimie : l'atome, la molécule et la chaîne moléculaire et basta. Pourquoi ne pas prendre ce modèle pour y voir clair dans les domaines des compétences. Toute nouvelle réforme devrait permettre de simplifier les lois existantes et dépoussièrer notre administration pléthorique.
    en supprimant les départements, les cantons
  • Par darwin • Posté le 11/02/2010 à 11:38 Une entreprise mal gérée, dépose son bilan. Elle est encadrée par des services de l'état zélés, qui viennent souvent alourdir les charges et précipiter les faillites. A chaque fois l'état tue sa poule aux oeufs d'or ou, pour le moins, contribue activement à son massacre.
    L'état, lui, mal géré de façon patente, quand il ne boucle pas son budget, lève de l'impot... ... et c'est reparti pour un tour ce sont autant d'entreprises qui perdent en compétitivité et s'enfoncent vers la faillite, et ce sont imanquablement moins de recettes, plus de coûts sociaux... c'est pas grave on va bien trouver une taxe sur ceci ou un prélèvement sur celà...
    Les entreprises payent et agonisent dans l'indiférence. L'entreprise ne vote pas (la réforme de la TP a donné un bel éclairage sur les raisons de l'intérêt des politiques locaux pour les entreprises de leur circonscription), l'entreprise (française) est sale elle polue, l'entreprise (française) est médiocre elle ne grandit pas, l'entreprise (française) est méchante elle nuit à la santé de ses salariés, l'entreprise (française) est pingre elle paye mal ses smicards, elle est ammorale, elle licencie ... Pourquoi on interdit pas les entreprises ?!?

    pourvu que ça dure ;-)
  • Par Chérel Paul • Posté le 11/02/2010 à 11:20 Tous ces commentaires sont très intéressants, très clairvoyants. On pourra seulement regretter l'anonymat des rédacteurs. De quoi ont-ils peur ? Les Français, je dirais les bien-pensants ou, tout au moins ceux qui connaissent quelque chose sur un sujet traité, quel qu'il soit, devraient avoir le courage de leurs opinions et le désir de communiquer avec les autres. En ce qui me concerne par exemple et en tant qu'ancien maire-adjoint (aux finances) dans ma commune, mais venant du secteur marchand comme on dit, j'ai pu constater (et déplorer) que les finances publiques n'appliquent pas le système de comptabilité analytique (dépenses et recettes l'une en face de l'autre) que les entreprises privées sont obligées d'appliquer. Il en résulte une impossibilité de gérer convenablement un tri sélectif par exemple et encore moins de le contrôler par des parlementaires ou commissionnaires aux comptes. Voilà donc le VRAI problème de la France et son manque de rigueur politique électoraliste. Paul Chérel

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