Tribune

Déficit public : un abus de confiance de Bercy?

Le gouvernement a, à la fois, un peu surestimé ses recettes publiques pour 2023 et grandement laissé filer de manière inconséquente sa dépense. Il est temps d’agir et vite.

Cette tribune a été publiée dans les pages de Valeurs Actuelles, le jeudi 28 mars 2024.

L'année 2023 était censée présenter un budget à L l’euro près. Pourtant le déficit public attendu à 4,9 % du PIB est de 5,5 %, comme vient de le chiffrer l’Insee. Soit 154 milliards au lieu de 138,16 milliards ! Et un déficit qui, au lieu de se résorber par rapport à 2022, se creuse, passant de 126 à 154 milliards. On ne peut même pas incriminer la charge de la dette car elle a baissé en comptabilité nationale de 2,6 milliards entre 2022 et 2023. Bercy a-t-il fait montre d’une trop grande confiance en la croissance pour 2023? Ou a-t-il abusé la représentation nationale — et nous tous par la même occasion? Que s’est-il passé? 

Selon la loi de finances initiale, les dépenses publiques totales devaient être en 2023 de 1587 milliards, elles ont été de 1607 milliards. Soit 20 milliards de plus. Quant aux prélèvements obligatoires, ils sont 10 milliards en dessous de la prévision de la loi de finances initiale, avec 1230 milliards au lieu de 1240. Par rapport à 2022, les prélèvements augmentent de 36 milliards et les dépenses de... 70 milliards. On comprend que le gouvernement a, à la fois, un peu surestimé ses recettes publiques pour 2023 et grandement laissé filer de manière inconséquente sa dépense.

Une dégradation très grave de nos finances publiques sur les sociétés, la TVA et les cotisations ont montré très vite leur essoufflement au premier semestre. Le rapporteur du budget au Sénat, Jean-François Husson, a d’ailleurs pu mettre en exergue dans son contrôle sur place que Bercy tablait depuis plusieurs mois sur un déficit de 5,6 % en 2023, s’aggravant même en 2024 à 5,7 % et, encore pire, en 2025 à 5,9 % ! C’est donc en juillet dernier que le gouvernement aurait dû réagir. Pile au moment où nous changions de ministre des Comptes publics...

Qu’est-ce qui a dérapé? Surtout les dépenses publiques de fonctionnement. Comme le montre l’Insee, elles ont bondi de 29 milliards d’euros entre 2022 et 2023. Soit 6 % de hausse alors que les dépenses publiques totales augmentent en moyenne de 3,7 %. Au sein de ces 29 milliards, le premier poste est celui des dépenses de rémunération des agents (+15 milliards). Par rapport au vote initial, il y a 10 milliards de dérapage de masse salariale publique. C’est énorme. Ce n’est d’ailleurs pas sans lien avec les revalorisations salariales de juillet 2023 et la croissance de l’emploi public relevée par l’Insee: 57 800 agents en plus en 2023. 

Le quoi qu’il en coûte serait terminé? La dépense publique est toujours 2 points au-dessus de 2019, à 57,3 % du PIB, soit plus de 7 points au-dessus de la moyenne de la zone euro (près de 200 milliards d’euros). Il est temps que Bercy reconnaisse que la dépense n’est toujours pas maîtrisée en France. Alors même que nous sommes de nouveau, depuis 2022, les champions des prélèvements obligatoires en Europe. Il est temps aussi que nos parlementaires, à l’instar du rapporteur du budget au Sénat, exercent enfin leur pouvoir de contrôle de l’exécutif... Temps, on l’espère, de couper l’herbe sous le pied à ceux qui voient toujours l’augmentation des impôts comme recours alors que nous avons un très gros problème de dépenses.