Agriculture et énergie

Se préparer au pire

Changement climatique : rééquilibrer nos investissements

07 février 2018 • Philippe François

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Avec les signatures de 195 pays, la COP21 a constitué une réussite diplomatique spectaculaire. Deux ans après, de sérieux doutes existent sur la maîtrise effective des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial. Face à cette menace, continuer à réduire nos propres émissions et agir auprès des autres pays pour les convaincre de nous imiter est méritoire. Mais si l'on croit vraiment aux conséquences catastrophiques d’un dérèglement climatique, il serait urgent d’admettre que ce dérèglement est probable, et de réorienter nos investissements les moins efficaces pour se préparer à cette éventualité. Les Hollandais ont mis en route un plan de renforcement de leurs protections historiques contre les inondations. Pourquoi pas nous ?         

À la COP23, le message envoyé par les experts fut assez alarmant : même si les pays respectaient les engagements pris à Paris, l’augmentation de la température ne serait pas inférieure à 2° en 2100. Un fait confirmé par Isabelle Kocher, directeur général d’Engie qui a déclaré « nous ne sommes pas sur une trajectoire de 2 degrés de réchauffement, mais plutôt sur 3,5 degrés ». Un message inquiétant, mais vraisemblable, vu les quatre menaces pesant sur la lutte contre le réchauffement climatique :

  1. Renoncement ou retard de pays riches

Même si elle est en partie contrecarrée par des actions d’États, d’entreprises et de particuliers américains, la décision de Donald Trump de retirer son pays de l’accord de la COP21 constitue un sérieux handicap pour au moins quatre ans. Mis à part les Philippines, aucun autre pays n’a officiellement tenté de suivre son exemple. Mais l’Allemagne a reconnu ne pas pouvoir respecter son engagement de réduire ses émissions de CO₂ de 40 % en 2020.

  1. Mission impossible pour les pays pauvres

Mais le plus inquiétant est la liste des 195 pays, consultable par exemple sur Wikipedia, qui ont signé la convention cadre à Paris. La plupart de ces pays l’ont ensuite ratifiée, mais la fiabilité de leur engagement doit être questionnée. D’autant plus que les données sur leurs émissions étant fournies par les pays eux-mêmes, elles sont fortement sujettes à caution. À titre d’exemple, s’enthousiasmer[1] de la signature de l’accord par la Syrie le 7 novembre 2017 semble naïf. Comment imaginer qu’un pays, en pleine guerre civile, confronté à un gigantesque problème de reconstruction et qui ne contrôle qu’une partie de son territoire, attache une grande attention, autre que d’image, à ce sujet ? Ce pays n’est pas le seul dans ce cas : Irak, Iran, Libye, Yemen, Afghanistan, Nigeria, Mali, Soudan… ont naturellement d’autres soucis beaucoup plus pressants. Mais aussi dans ce cas, des pays pourtant plus stables comme : Algérie, Egypte, Pakistan, Bengladesh, Venezuela, Indonésie, Mexique, Russie, Ukraine, Afrique du Sud et de très nombreux autres.

La plupart de ces pays souhaiteraient sans doute pouvoir lutter contre le changement climatique, et certains pourront le faire quand ils auront atteint un niveau de développement suffisant. L’aide internationale de 100 milliards d’euros par an prévue par le « Fonds vert pour le climat » aboutira d’abord à une accélération souhaitable de leur développement, avec une augmentation de leurs émissions de CO₂ pendant plusieurs décennies. 

Même dans des pays aussi dynamiques et engagés que la Chine ou l’Inde, le PIB par personne y était en 2013 respectivement trois et six fois inférieur à celui de la France. Des chiffres qui expliquent et justifient les volontés de développement rapide des Chinois et des Indiens. Ces deux pays prendront certainement des mesures drastiques pour améliorer la qualité de l’air dans leurs grandes métropoles, mais auront beaucoup de mal à ne pas continuer à utiliser massivement du charbon, du pétrole et du gaz peu coûteux.

  1. Découverte de gisements d’hydrocarbures

En Méditerranée, des gisements importants de gaz vont être mis en exploitation par les pays riverains (Chypre, Israël, Egypte et Liban). En Russie des ressources gigantesques de pétrole et de gaz sont exploités en Arctique. Aux États-Unis, la production des gisements de gaz et pétrole non conventionnels dément les prévisions de ceux qui affirmaient qu’ils seraient rapidement épuisés. Et il est possible que la Chine dispose de resources en gaz de schiste aussi considérables que les États-Unis. En Amérique du sud, les gisements de pétrole vont être mis en production par des multinationales, notamment au Brésil. En Afrique, des resources ont été découvertes par exemple en Mauritanie, Mozambique, Tanzanie, Congo, Sénégal et Angola. Ces pays, ayant désespérément besoin d’activités et de revenus pour poursuivre leur développement, exploiteront leurs ressources. Après des années de prix très faibles et donc de baisse de recherche de champs d’hydrocarbures, les explorations et les découvertes ont activement repris. La France reste le seul pays à avoir décidé de ne pas exploiter les ressources en hydrocarbures qu’elle pourrait posséder, sauf en Guyane. Enfin, le cap record des 100 millions d’automobiles à essence ou diesel produites dans le monde sera atteint en 2019.

  1. Sous-estimation des experts

Les nouvelles projections faites à la COP23 par les climatologues semblent encore plus alarmistes que celles faites à la COP21. Une évolution qui n’est pas choquante, les climatologues ayant toujours indiqué que leurs prévisions correspondaient au scénario estimé le plus probable à un moment donné. De nouvelles études et l’évolution du climat en temps réel peuvent faire évoluer leurs prévisions, à la baisse mais aussi à la hausse.  

Plan d’action

Face aux quatre menaces ci-dessus, la France n’a pas toutes les cartes en main pour prévenir les conséquences d’un changement climatique chez elle. Si on estime que ces menaces seront aussi dramatiques que prévu, le devoir des responsables politiques français est de préparer le pays à cette éventualité.

À titre de comparaison, pour protéger la région parisienne des effets d’inondations similaires à celles de 1910, de vastes réservoirs d’eau ont été aménagés en amont, et des mesures défensives ont été prises (relèvement des quais, barrages, nouvelles constructions sur pilotis) pour en réduire les conséquences dans le cas où elles se produiraient. De la même façon, deux séries de mesures doivent être prises contre le changement climatique : stockage et défense.

Pour le stockage de gaz polluants en excès, des recherches sur la capture à grande échelle du CO₂ et du méthane sont indispensables. Pour la défense contre des problèmes qui n’auraient pas été évités, des études doivent être lancées sur l’aménagement du territoire, l’agriculture, l’architecture et la défense des sites sensibles, comme le font les Hollandais.

Au lieu de se ruiner à remplacer les centrales nucléaires par des centrales éoliennes marines actuelles, rentables pour les investisseurs mais pas pour le pays, la France devrait consacrer ces capitaux à la recherche, et aux adaptations nécessaires contre les conséquences d’un changement climatique.     

Ces techniques de défense deviendront indispensables en France si de nombreux pays étrangers ne respectent pas leurs engagements pris à la COP21, ce qui est vraisemblable, ou si les prévisions des experts s’avèrent trop optimistes. Des techniques qui seront utiles à tous les autres pays confrontés aux mêmes défis. Ne rien faire pour se préparer à l’éventualité d’émissions excessives de CO₂ témoignerait, soit d’irresponsabilité, soit de climato-septicisme caché. 

 

 


[1] Comme manifesté par le secrétaire d’État français à la transition énergétique

Réactions

Sujet : Changement climatique
Commentaire : Ou comment se prendre la tête si l homme n est pas responsable du réchauffement climatique. il est vrai que chez nous il est interdit de déposer la question et ensuite y aura t’il rechaufement ou refroidissement .Notre pays se prend pour la grenouille de la fable

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Sujet : Energies fossiles
Commentaire : Pour la même émission de gaz carbonique (CO2), si le charbon produit 1MW, le pétrole en produit 1,5MW (environ) et le gaz 2MW. Il faut donc réduire drastiquement la consommation de charbon d'abord, puis de pétrole avant de s'attaquer au gaz. Le nucléaire ne produit pas de gaz carbonique.
Alors, on choisit quoi ?

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Sujet : Vive le CO2 !
Commentaire : Le CO2 n'est pas un polluant, mais gaz de la Vie sur Terre, car nécessaire à la photosynthèse. Le taux actuel de CO2 atmosphérique est bénéfique : la planète reverdit, les rendements des récoltes sont meilleurs. Quant à sont action présumée sur la température, c'est une hypothèse non prouvée, réfutée par les lois de la thermodynamique et la théorie cinétique des gaz. Il suffit, pour en être convaincu, se rappeler que, lors des 600 derniers millions d'années, le taux moyen a été de 2000 ppm (400 ppm actuellement) avec un maximum de 8000 ppm au Cambrien, sans que cela n'engendre un réchauffement cataclysmique et irréversible.

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Sujet : Quelques notes discordantes
Commentaire : Premièrement je n'ai pas le sentiment que le directeur général d'Engie soit climatologue, en revanche engie mise beaucoup sur les energies renouvelables, au moins dans le publicité. Deuxièmement le dernier rapport du giec, dans sa partie scientifique pas dans le résumé destiné aux décideurs, montre la 'pause' dans le réchauffement depuis bientôt 20 ans et le graphique qui compare le réchauffement mesuré au prévisions des modèles montre que ces derniers se plantent lamentablement et sont très largement au dessus des mesures. troisièmement la france n'émet que 2% du CO² mondial, toutes les tentatives que nous pourrons faire a grand frais et au détriment d'investissements plus importants pour réduire ce pourcentage ne représenteront que la petite cuiller destinée a vider l'océan.

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Sujet : iFRAP climato-crédule ?
Commentaire : Voici le commentaire que je viens de poster sur Facebook https://www.facebook.com/groups/426526817556358/ :
"Mais non, il est très bien, cet article de l'iFRAP, relisez-le bien.
Après avoir dûment prêté allégeance au dogme des COP21-23, il fait l'inventaire minutieux des raisons pour lesquelles il est complètement irréaliste, et conclut en promouvant l'adaptation plutôt que l'atténuation : " Au lieu de se ruiner à remplacer les centrales nucléaires par des centrales éoliennes marines actuelles, rentables pour les investisseurs mais pas pour le pays, la France devrait consacrer ces capitaux à la recherche, et aux ADAPTATIONS nécessaires contre les conséquences d’un changement climatique. Ces techniques de DEFENSE deviendront indispensables en France", etc.
Donc tout en sacrifiant à la logorrhée en cour, l'IFRAP s'affiche plus climato-réaliste que réchauffiste."

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Sujet : Il y a comme un hiatus !
Commentaire : Voila un article bien curieux qui commence par vanter la réussite diplomatique de la COP 21 et qui se poursuit par l’évocation d’une série de retentissants échecs en tous genres. Tout va à vau-l’eau ! Alors où peux donc se nicher la réussite ? …
Heureusement, il demeure en conclusion la conventionnelle ritournelle du danger des émissions de CO2 émis par l’homme : « ne rien faire pour se préparer à l’éventualité d’émissions excessives de CO₂ témoignerait, soit d’irresponsabilité, soit de climato-septicisme ( !?) caché ». Il reste à attendre les preuves du rôle du CO2 et de l’origine anthropique des changements climatiques … Ce n’est pas les modèles des climatologues qui se révèlent chaque jour de plus en plus inadaptés qui vont beaucoup aider !

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Sujet : Les EnR, une grave erreur stratégique...
Commentaire : Il est exact que les EnR intermittentes, non pilotables, indirectement émettrices de CO2, sont une catastrophe technique, économique et environnementale, mais nos gouvernants persistent dans leurs absurdes politiques climat-énergie, alors que l’Allemagne et l’Espagne rétropédalent plus ou moins vigoureusement. Les meilleurs investissements que l’on puisse faire, c’est dans la surgénération 238 U et/ou 232 Th, ce que font notamment les Russes, les Chinois et les Indiens, mais comme nos écologistes sont vent debout contre toute forme de nucléaire, je doute fort que nos dirigeants aient la lucidité et le courage de développer ces solutions rationnelles (le projet Astrid en cours est sous-financé pour la réalisation d’un pilote).

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Sujet : commentaire sur les commentaires
Commentaire : Je suggere aux intervenants precedents de vite ecrire aux 15000 scientifiques pour leur expliquer qu'ils se trompent.

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Sujet : changement climatique
Commentaire : Les commentaires sont amusants!
N'étant pas spécialiste du sujet ,je reste prudent.

A ceux qui soutiennent le nucléaire: J'ai construit ces centrales au temps où elles étaient ulta- rentables,je refuserais aujourd'hui car prendre le risque nucléaire pour aucun bénéfice ne me tente pas. Et puis il fallait convaincre du bien fondé de ce choix technologique plutôt que de le mettre sous secret défense (alors que tout est public aux USA!),ou plutôt que d'arrêter le nuage Tchernobyl à la frontière,...Ce dossier a été stupidement géré.

Il y a un réchauffement reste à trouver ses vraies raisons, il y a d'autres pollutions plus dangereuses que le CO2.

Faut il cesser d'extraire les énergies fossiles, ou réduire la consommation d'énergie? Pour un pays qui n'extrait pas, il me semble que le choix s'impose. et puis c'est la bonne manière de dissuader les recherches...Cela dit fermer nos rares puits de pétrole est un non sens.

Je crois au solaire, après tout c'est le soleil qui nous chauffe.

Mais surtout que l'on laisse la recherche privée travailler en tous sens, il finira par en sortir sans doute des idées viables, le problème est d'être le premier.

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Sujet : COP
Commentaire : Empiler des taxes et réglementations environnementales peu opérantes, s’épargner une réflexion économique globale et prétendre arbitrer les responsabilités ou devoirs de chacun des pays mais selon des critères propres tenant plus du dogmatisme que du pragmatisme, relève d’une incompréhension du monde cynique et s’apparente à du racket fiscal mais ne saurait permettre de façonner une vraie politique environnementale.

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Sujet : Investissements néfastes ou utiles ?
Commentaire : Il est exact que les EnR intermittentes, non pilotables, indirectement émettrices de CO2, sont une catastrophe technique, économique et environnementale, mais nos gouvernants persistent dans leurs absurdes politiques climat-énergie, alors que l’Allemagne et l’Espagne rétropédalent plus ou moins vigoureusement. Les meilleurs investissements que l’on puisse faire, c’est dans la surgénération 238 U et/ou 232 Th, ce que font notamment les Russes, les Chinois et les Indiens, mais comme nos écologistes sont vent debout contre toute forme de nucléaire, je doute fort que nos dirigeants aient la lucidité et le courage de développer ces solutions rationnelles (le projet Astrid en cours est sous-financé pour la réalisation d’un pilote).

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Commentaires

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