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Absentéisme : + 1 milliard de coût par an, uniquement pour le privé !

Comment mieux lutter contre l’absentéisme ? A l’heure de la présentation du PLFSS et aux vues du déficit de l’AM, il est nécessaire de trouver des moyens d’action sur l’absentéisme, dont le coût augmente de 1 milliard par an selon le ministre du Travail, JP Farrandou (uniquement pour le secteur privé). Pour agir, il faut documenter le phénomène, et justement, plusieurs études sont venues éclairer les dernières tendances dans le public et dans le privé.  Ces études permettent de mieux comprendre les points communs et les différences entre les deux secteurs. 

L'urgence du PLFSS 2027 

Les derniers chiffres de la commission des comptes de la Sécurité sociale montrent que cette tendance devrait se poursuivre en 2026 et 2027. C’est dans ce cadre de forte hausse des coûts de l’absentéisme du privé que le ministre du Travail, a demandé aux syndicats et au patronat de négocier une réforme structurelle des arrêts de travail permettant de trouver 2 Md€ d’économies. Le ministre suggère une révision de "l'ensemble des paramètres" du système (durée d'indemnisation, plafond d'indemnisation journalière, complément employeur...) et des mesures de responsabilisation (médecin prescripteur, salarié et employeur).

Le coût de l’absentéisme du public

Dans une précédente note, nous citions la méthodologie de la Cour des comptes qui établissait (en 2021) le coût de l’absentéisme à 12,4 Md€ pour les 3 fonctions publiques en 2018, ramenés à 11,9 Md€ après déduction des jours de carence prélevés et des IJSS attribués aux contractuels. 

A partir des derniers chiffres publiés par la DGAFP dans son rapport sur la fonction publique, le coût de l’absentéisme dans le public serait plus proche des 14 Md€ bruts (avant déduction des jours de carence et des IJSS attribuées aux contractuels).

On constate que l’écart apparu entre 2021-2022 entre le privé et le public s’est réduit, même si les tendances sont contrastées entre les trois fonctions publiques. En parallèle, le nombre moyen de jours d’absence dans le privé a augmenté depuis 2017-2018

Nombre moyen de jours d’absence au cours de l’année pour raison de santé dans la fonction publique et le secteur privé

La comparaison des motifs d’absences public-privé

Le cabinet WTW vient de sortir le baromètre absentéisme public qui donne ses dernières analyses concernant l’absentéisme dans les collectivités (panel de 10 000 collectivités représentant 260 000 agents en 2025). Les principales conclusions sont les suivantes : le taux d’absentéisme se maintient à un niveau élevé de 6,1% composé aux ¾ d’arrêts pour maladie ordinaire. La durée moyenne des arrêts augmente (+ 2 jours en 2024, + 4 jours en 2025). Ce résultat n’est pas contre-intuitif avec les chiffres cités plus hauts. Il s’agit ici du nombre moyen de jours par arrêt et non par agent. Les arrêts induits par les ATMP sont quant à eux toujours particulièrement longs, atteignant en moyenne 84 jours. Ce qui est instructif, c’est que le cabinet fournit aussi un baromètre de l’absentéisme dans le secteur privé et permet ainsi de mesurer les évolutions entre les deux secteurs. Le baromètre de l’absentéisme pour le privé s’appuie sur un panel de 3100 sociétés représentant 427 000 ETP. 

Concernant l’absentéisme pour maladie ordinaire (hors AT MP) dans le public, le taux d’absentéisme se situe à 4,7% en 2025, en hausse et revenant à son niveau historique de 2022. Si la prévalence et la fréquence des absences sont en baisse, c’est l’allongement de la durée moyenne des arrêts qui explique cette hausse. Pour le privé, l’étude indique que l’absentéisme se situe à 4,95% en 2025 (y compris AT MP), structurellement plus haut que la période pré-Covid où le chiffre était inférieur à 4%. Là aussi la hausse du taux d’absentéisme s’explique essentiellement par l’allongement de la durée des arrêts à 38 jours en moyenne.

 PUBLIC (MO)PRIVE
Taux d’absentéisme4,7% en 2025 ; en hausse, revenant à son niveau de 20224,95% en 2025 ; en hausse depuis 2023
Prévalence

29 % en 2025

La prévalence, restée stable depuis 2020 autour d’un agent sur 3 absents au moins un jour dans l’année, enregistre une baisse notable en 2025 en passant sous les 30 %.

 

34% en 2025

Chiffre stable depuis 2023

Fréquence

0,44 en 2025

Après une stagnation depuis 2020 autour de 50 %, la fréquence est en baisse en 2025 sous les 45 %.

 

1,74 en 2025

Cela signifie un multi-absentéisme, surtout de courte durée, particulièrement chez les plus jeunes. Chiffre en hausse régulière depuis 2021

Durée moyenne par arrêt

38 jours en 2025

Cet indicateur est en hausse depuis 2022 passant de 25 jours à 38 jours

 

38 jours en 2025

En hausse puisqu’elle se situait à 31 jours en 2022

Un premier point de comparaison concerne la répartition de l’absentéisme par tranche d’âge : dans le public, la répartition de l’absentéisme par tranche d’âge montre un doublement entre les moins de 30 ans et les 30-40 ans (respectivement 1,3% et 3,2%) et un doublement entre les 40-50 ans et les plus de 50 ans : 3,7 à 7,1%. Là où l’évolution est sensible, c’est chez les trentenaires, tandis que pour les autres classes d’âge, elle a peu bougé. Dans le privé, l’absentéisme est en hausse dans toutes les tranches d’âge, sauf les 50-60 ans et 60 ans et plus.

Sur les jeunes (moins de 20 ans), sur les trentenaires, on observe que le taux d’absentéisme est supérieur dans le privé par rapport au public. Sur les tranches d’âge les plus âgées, même si le découpage n’est pas identique, on voit que le taux d’absentéisme est supérieur dès 50 ans dans le public.

Cela renvoie directement à la pyramide des âges qui est très contrastée entre public et privé. Les agents publics, particulièrement dans les collectivités, sont plus âgés. Ce sont donc les arrêts liés au vieillissement de la population qui impacte le plus la fonction publique, particulièrement la fonction publique territoriale marquée par des métiers plus techniques, et donc plus exposés à des phénomènes d’usure professionnelle.

Ce phénomène se retrouve aussi dans le secteur privé, mais il est relativisé par l’absentéisme des jeunes qui est un sujet de préoccupations croissant dans les entreprises. Les études qualitatives à ce sujet font remonter un niveau d’attente plus élevé et plus varié que chez les plus anciens : reconnaissance professionnelle, maintien d’un équilibre vie privée-vie professionnelle, en plus de la question salariale. Les leviers pour agir ne sont donc pas les mêmes, même si dans les deux cas ils reposent en grande partie sur le management. 

Privé

 

Public

En lien avec l’absentéisme par âge, l’autre tendance qui ressort c’est l’allongement des durées d’absence : dans le public, les arrêts de plus de 30 jours représentent 27% des arrêts mais 84% des jours d’arrêt, tandis que les arrêts de 1 à 7 jours représentent 44% des arrêts, mais 4% des jours dans le public. Dans le privé, si on rapproche les barèmes, on constate une répartition assez similaire : les arrêts de plus de 30 jours représentent 83% des jours pour seulement 27% des arrêts tandis que les arrêts de moins de 7 jours représentent 41% des arrêts, mais 4% du nombre de jours. 

Public

 

Privé 

C’est bien la preuve que la durée des arrêts s’allonge dans les deux secteurs. Si les arrêts longs sont les plus couteux, les arrêts courts sont susceptibles d’entrainer le plus de désorganisation tant dans les collectivités que dans les entreprises. 

L’augmentation de la durée des arrêts peut être corrélée d’une part au vieillissement de la population active, mais peut s’expliquer par d’autres phénomènes : augmentation des troubles musculo-squelettiques et des risques psycho sociaux observée dans de nombreux rapports privés (baromètres de l’absentéisme) et publics (derniers rapports de la CNAM) et qui entraîne des arrêts de plus en plus longs.

Que faire ? 

Le repli du nombre moyen de jours d’absence par agent public  que l’on peut voir depuis 2021-2022 peut s’expliquer bien sûr par la sortie de la période Covid, mais aussi par le durcissement des autorisations et des indemnisations des absences qui a été mis en œuvre:

  • Baisse de la prise en charge de 100 à 90 % de la prise en charge de la rémunération lors des 3 premiers mois d’arrêt. Mais cette baisse ne cible pas les arrêts longs (longue maladie) ni les accidents de travail. (En parallèle, le plafond d’indemnisation a été abaissé de 1,8 à 1,4 SMIC dans le privé pour la part Sécurité sociale (avec une couverture à hauteur de 90% du salaire brut pour les 30 premiers jours et 66% au-delà grâce à la garantie maintien de salaire employeur)

  • Encadrement plus strict des autorisations d’absence

  • Durcissement des contrôles administratifs : comme pour les salariés du privé, la durée du premier arrêt de travail est encadrée à un mois maximum. Et le formulaire d’avis d’arrêt de travail a été sécurisé pour éviter la fraude.

D’autres mesures restent à prendre sur les règles de reprise du travail après les congés longue maladie. La réflexion devrait s’orienter aussi sur la mobilité professionnelle, géographique et aussi entre versant de la fonction publique.

Sur le sujet des arrêts longs pour TMS et RPS, la Cour des comptes, si elle ne parle pas véritablement d’excès, cite des dérives de prescription, l'allongement non justifié des arrêts, des disparités territoriales et le manque de contrôle entourant les troubles musculosquelettiques et les risques psychosociaux (comme la dépression ou l'anxiété). Elle indique par exemple que parmi les motifs les plus fréquents correspondant à 2,9 millions d’arrêts, plus de 40 % des journées prescrites (9 millions) excèdent les durées les plus longues préconisées, notamment pour troubles anxiodépressifs, lombalgie (données de la Cnam). La Cour considère aussi un risque de sous-déclaration de ces pathologies au niveau des AT-MP entrainant de fait un report sur les indemnisations par la branche maladie, ce qui suggère un renforcement des contrôles par les médecins conseil sur les entreprises. 

La Fondation IFRAP propose de s’inspirer des exemples suédois et danois concernant les arrêts maladie, avec un suivi des assurés régulier, une forte implication des employeurs pour un retour rapide à la vie active - l’employeur suédois est tenu d'établir un plan de retour au travail dans le premier mois d'un long arrêt maladie, avec des échéances définies et des modalités flexibles. Mais également des mesures financières incitatives, des taux d'indemnités encadrés et des durées maximales d'indemnisation au Danemark par exemple, où l'on peut toucher des indemnités pour arrêt maladie pour une durée maximale de 6 mois et demi (employeur et commune confondus).

 

Répartition géographique 

Privé 

 

Public 

Autre surprise : dans le public, le taux d’absentéisme est plus élevé au sud-ouest d’une diagonale Normandie-PACA. L’absentéisme est de 3.5% dans les Hauts-de-France contre 7,6% en Bretagne. Il est de 4,3% en Auvergne-Rhône-Alpes et de 5,7% en Nouvelle-Aquitaine. Tandis que dans le privé l’absentéisme est plus élevé au Nord et dans le Sud de la France alors qu’il est plus faible en Île-de-France et dans l’Est. Ces différences peuvent s’expliquer par une pyramide des âges ou une répartition des métiers exercés différentes entre public et privé au sein des régions.