Retraite

Réforme des retraites : la Suède en vedette

29 octobre 2008 • Philippe François

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Le Conseil d'Orientation des Retraites (COR) et le Centre Pour la Recherche Economique et ses Applications (CEPREMAP) disent ne pas s'être concertés. Mais la même semaine, le COR a consacré son colloque annuel au régime de retraite suédois, et le CEPREMAP a publié une étude recommandant son application en France. Cette coïncidence témoigne d'une double prise de conscience : la réforme des retraites reste à faire et une solution à la suédoise est la plus acceptable pour notre pays.

Le nouveau système de retraite suédois

Colloque du COR

Le système suédois de retraite décidé en 1991 est proche de nos retraites complémentaires par points ARRCO, AGIRC et IRCANTEC mais comporte de nombreuses améliorations concernant son pilotage.

Résumé :

- Un système unique obligatoire pour tous, secteurs public et privé

- Une retraite par répartition prenant en compte l'ensemble de la carrière

- A cotisation définie au taux de 16 %

- Montant de la retraite calculé en fonction des montants accumulés et de l'espérance de vie de la génération

- Indexation fonction de l'inflation et de la croissance du PIB

- Un complément de capitalisation individuelle au taux de 2,5 %

- Libre choix du fonds de pension, sortie en rente

- Un niveau de retraite minimum garanti

Avantages : simplicité, équité, durabilité

Pour un nouveau système de retraite

Rapport de Thomas Piketty et Antoine Bosio (CEPREMAP)

PowerPoint - 887 ko
Pour un nouveau système de retraite
Thomas Piketty

Pour le CEPREMAP, c'est Thomas Piketty, Directeur d'Etudes à l'EHESS, Professeur à l'Ecole d'Economie de Paris, qui a dirigé l'étude. Sa spécialité : les inégalités de revenus. Son choix politique : clairement à gauche. On peut espérer que son rapport qui plaide "Pour une refonte générale de notre système de retraite" prépare un bouleversement de la pensée de la gauche, et souhaitons aussi, de la droite, sur ce sujet. En recommandant l'application en France d'une réforme proche de celle mise en place en Suède avec un consensus droite-gauche, cet organisme public conforte notre diagnostic et la majeure partie de nos propositions.

Nos 6 principaux points d'accord

- Le système de retraite français est très complexe donc incompréhensible, donc anxiogène

- Le système de retraite français n'est pas soutenable à moyen terme
- Le système de retraite français est très injuste, notamment entre les régimes public et privé.
- Comme en Suède, il faut mettre en place un système unique de retraite obligatoire mettant fin à cette injustice. Il serait financé par un taux de cotisation proche de celui du secteur privé (25 %).

- Comme en Suède, il faut créer un système de régulation automatique permettant d'absorber les variations de la démographie et de l'économie.
- La généralisation d'un système proche du régime suédois, constitue la solution la plus acceptable en France en 2008.

Notre 1er point de désaccord

Picketty/Bosio : De la réforme suédoise, il faut exclure la capitalisation individuelle.

iFRAP : D'après la présentation du rapport faite par ses auteurs, sur une période de 50 ans, de 1950 à 2000, le rendement annuel des retraites par capitalisation en actions aurait été très supérieur à celui de la répartition française : 9,1% contre 2,6%. La capitalisation est pourtant catégoriquement rejetée : trop risquée, la personne qui partirait à la retraite dans une période de crise (comme celle que nous vivons) perdrait une grande partie de sa retraite.

En réalité, les systèmes de retraite par capitalisation avec sortie en rente se protègent contre ce risque en diminuant progressivement l'exposition au risque quand l'intéressé ou le groupe d'intéressés se rapprochent de leur date de départ à la retraite. C'est d'ailleurs ce que fait la PREFON des fonctionnaires. Cette technique est même appliquée par les simples particuliers quand ils envisagent un achat important, immobilier par exemple.
La gestion du complément de capitalisation individuelle constitue un espace de liberté, de responsabilité et de formation à l'économie qui manque terriblement en France. La constitution de fonds de pension capables d'investir dans les entreprises aussi. Il faut conserver cet aspect de la réforme suédoise, et augmenter sa part au fur et à mesure de l'augmentation du niveau de vie en France.

Notre 2ème point de désaccord

Picketty/Bosio : "La faiblesse des salaires des fonctionnaires a toujours constitué la justification première pour des retraites plus favorables. (…) A long terme, une progression de 40% du salaire brut des fonctionnaires peut être envisagée". Traduction : Si on aligne la cotisation retraite de l'Etat (55%) sur celle du privé (15%), il sera possible d'augmenter les salaires des fonctionnaires de 40%.

iFRAP : Le rapport Piketty reprend l'idée que les fonctionnaires sont moins bien payés que les salariés du privé. C'est faux. En 2005, le salaire moyen net pour des personnels à temps complet était de 2200 € dans la fonction publique d'Etat contre 1900 € dans le privé (chiffres INSEE). Le salaire minimum du secteur public est supérieur au SMIC (de 7,4% en 2005) et concerne une proportion 2 fois inférieure à celle du privé où 15% des salariés sont payés au SMIC.

Les syndicats du secteur public justifient ces écarts par un niveau de qualification supérieur dans le secteur public. Il est vrai que le recrutement par concours conduit souvent à des qualifications trop élevées pour les postes. Mais pour des emplois identiques, les infirmières sont mieux payées dans les hôpitaux que dans les cliniques, et pour les médecins, ceux qui travaillent 35 heures dans les hôpitaux sont également mieux payés que ceux qui travaillent 35 heures dans le privé.

Les statistiques montrent qu'en général :

- Les emplois moins qualifiés sont mieux payés dans le public.
- Les salariés les plus performants sont mieux rémunérés dans le privé.

En combinant ces deux facteurs, il est inévitable que les salaires des personnes très dynamiques et très qualifiées soient nettement plus élevés dans le privé que dans le public. Résultat : les chercheurs les plus brillants ont intérêt à partir à l'étranger.

L'évolution des salaires à l'ancienneté dans le secteur public est aussi une source de frustration pour les jeunes fonctionnaires. C'est le mode de recrutement et de gestion des personnels qu'il faut changer dans la fonction publique, pas le niveau moyen des salaires.

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