Fonction publique et administration

ENA : « A ce rythme-là, l’école sera en faillite dans quatre ans »

18 octobre 2018 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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Cette semaine, Le Parisien publiait les résultats d'une étude à paraître de la Fondation iFRAP qui a pu obtenir et analyser en exclusivité les comptes et le bilan social 2017 de l'ENA. Pour se procurer ces documents, la Fondation iFRAP a dû solliciter la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada), en tout, un an s'est écoulé entre notre demande initiale à l’ENA et le moment où l’école a été incitée par la Cada à nous transmettre ses comptes. Il en ressort un déficit qui s'aggrave et une gestion qui, si elle perdure, mènera l'Ecole à la faillite d'ici 4 ans.

Dans l'attente de la présentation de notre étude complète, retrouvez ici, les réponses au Parisien d'Agnès Verdier-Molinié, directeur de la Fondation iFRAP sur le sujet :

Le Parisien. Vous avez eu accès aux comptes de l’ENA. Quel constat général faites-vous ?

Agnès Verdier-Molinié. Celui d’une grosse fragilité financière, caractérisée par un déficit récurrent qui nécessite des ponctions régulières dans la trésorerie de l’école. Ce déficit culmine à près de 3 millions d’euros. Sur un budget global de 40,8 millions d’euros, ce n’est pas un détail ! A ce rythme-là, si rien n’est fait, l’école sera en faillite dans quatre ans.

La mauvaise situation financière de l’école est connue depuis 2012. Le phénomène s’est-il amplifié ?

Il y a clairement une aggravation du déficit. Le secrétaire général en fait indirectement l’aveu dans le courrier qu’il nous a adressé. Il déplore que l’école doive supporter de nouvelles missions imposées par l’Etat sans que celui-ci n’ait augmenté sa subvention par ailleurs.

Quels sont les postes qui plombent le budget ?

Il y a un réel problème de masse salariale pour les 195 personnels de l’école (NDLR : administratifs, secrétariat, informatique, ressources documentaires…). Leur rémunération atteint près de 14 millions d’euros en 2017 alors que les intervenants extérieurs, c’est-à-dire ceux qui font cours aux élèves, ne pèsent que pour 2,2 millions d’euros. Selon notre étude, l’ENA pourrait faire l’économie d’environ 70 postes parmi ses personnels permanents. Peut-être pour une partie en supprimant le deuxième siège de Paris.

La rémunération des élèves coûte aussi très cher…

Oui, beaucoup trop, même ! Rien que pour les élèves du tronc commun, la facture monte à 9 millions d’euros. A cela, il faut ajouter 5,6 millions d’euros pour payer les stagiaires et les boursiers. Bref, c’est un gros poste de dépenses qui mériterait d’être allégé. La Fondation iFRAP propose d’aligner la rémunération des élèves de l’ENA sur celle de Polytechnique. Et donc de passer de 1.682 euros bruts par mois en 2016 à environ 1.000 euros.

D’autres écoles sont en difficulté. Pourquoi le cas de l’ENA retient-il particulièrement votre attention ?

Parce que l’école s’appuie essentiellement sur de l’argent public. Mais surtout parce que l’ENA forme les futurs hauts fonctionnaires de la Cour des comptes, du Conseil d’Etat ou de l’Inspection générale des Finances, ceux-là mêmes qui géreront demain le budget de la France. Il y a là une question d’exemplarité. Je crois que l’ENA devrait proposer à ses élèves un cas pratique pour rétablir ses finances. Si les meilleurs cerveaux de la République ne trouvent pas de solution pour équilibrer les comptes, c’est inquiétant.

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