Europe et international

Vers un plan General Motors-Obama pour la SNCF ?

08 juin 2009 • Philippe François

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Comparé au prêt de 3 milliards d'euros accordé par l'Etat français à Peugeot et à Renault, l'investissement de 36 milliards d'euros [1] du gouvernement américain dans General Motors semble colossal. Pour GM, c'est la première fois en 120 ans que l'entreprise reçoit une telle aide ; en France, une entreprise reçoit aussi 36 milliards d'euros de subvention, mais tous les 3 ou 4 ans : la SNCF.

De toutes les causes qui ont conduit ces deux entreprises à la faillite, elles en ont au moins une en commun : leurs syndicats qui ont défendu des conditions d'emploi devenues intenables dans trois domaines : les conditions de travail, le nombre d'emplois et les retraites. GM a également des engagements de couverture santé très importants.

2009 GM SNCF
Salariés 100.000 (EU) 163.000 (F)
Engagements retraite 45 Mds € 111 Mds €
Engagement couverture maladie 26 Mds € -
Surcoût par rapport à la concurrence 10% 30 %

Pour échapper à ces règlements spécifiques aux Etats du nord des Etats-Unis, Toyota, Hyundai, Volkswagen, Honda, Mercedes ont installé avec succès des dizaines d'usines en Alabama, Indiana, Mississipi ou Tennessee, Etats du sud pourtant peu connus pour leur industrie lourde. En France, le monopole de la SNCF a jusqu'à présent bloqué toute possibilité pour que d'autres entreprises démontrent qu'il est possible de faire mieux pour moins cher. Mais des exemples proches comme l'Allemagne confirment que c'est faisable.

Le plan Obama pour sauver GM

En 30 ans, GM a perdu la moitié de ses parts de marché aux États-Unis. Le plan Obama qui accompagne la mise en dépôt de bilan de General Motors est donc sévère pour les salariés, les retraités, les actionnaires et les créanciers :

- fermeture de 14 usines,
- suppression de 20.000 emplois,

- suppression de 2.600 concessionnaires,
- baisse des salaires et des prestations sociales

- baisse des retraites
- engagement de ne pas déclencher de grève d'ici à 2015

- élimination des anciens actionnaires

- réduction drastique de la valeur de ses obligations

Ce plan a reçu l'accord du très puissant syndicat United Auto Workers (UAW). En contre-partie, les salariés, à travers leur syndicat UAW deviennent actionnaire de GM avec 18% du capital pour gérer au mieux les caisses de retraite et de couverture médicale. L'objectif du gouvernement américain est de se désengager très rapidement du "new-GM" restructuré.

GM, Air France, SNCF

A plusieurs points de vue, notamment comptable, la SNCF [2] est dans une situation pire que GM : dettes (30 Mds € sans compter les retraites), déficit annuel avant subventions (10 Mds €), rigidités de la convention collective, grèves, pertes des parts de marché au profit de la route. Pour le Fret par exemple, dans un marché en expansion, la SNCF ne transporte plus que 40 Mds de tonnes-kilomètres de marchandises par an contre 71 il y a 30 ans.

Pour les retraites, GM et la SNCF, icônes respectives du capitalisme et de l'entreprise d'Etat, ont mis en place des régimes "maison" et fait des promesses de retraite qu'elles sont désormais incapables de tenir. Le plan Obama pour GM indique comment restructurer la SNCF, tout comme Air France, en 1994-1995, où Christian Blanc avait expérimenté ce type d'accord de la dernière chance pour une entreprise minée par des problèmes sociaux. Souvent des entreprises qui croyaient leur situation de quasi monopole éternelle. En faisant entrer les salariés (et notamment les pilotes) au capital d'Air France, Christian Blanc les a responsabilisés et a sauvé cette entreprise en déficit chronique.

Seule la mise en place d'un plan « Obama » ou « Christian Blanc » à la SNCF peut permettre de redresser cette entreprise, de faire économiser des milliards d'euros à l'Etat et d'améliorer la performance de notre économie. Pour la branche Fret menacée de disparition à très court terme, cette solution est particulièrement urgente.

Exemple : La grève du jour

La ligne A du RER qui traverse la région parisienne d'est en ouest est la plus fréquentée de France.

Le million de voyageurs qui l'empruntent chaque jour n'ont pas pu l'utiliser le 8 juin 2009. Parce qu'un conducteur a été mis à pied pour avoir fait descendre ses voyageurs sur les voies à la suite d'un arrêt en rase campagne.

Il existe à la RATP de nombreuses voies de recours pour confirmer ou infirmer cette sanction. Mais ses collègues ont choisi de le soutenir "sans condition" par la grève.

[1] Pour simplifier les comparaisons, les données en Dollars ont été converties en Euros au taux de 1,40$ pour 1 €

[2] avec RFF (Réseau ferré de France) isolée de la SNCF pour des raisons initialement comptables

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