Emploi et politiques sociales

Réduire la fracture numérique : le privé le fait déjà

14 février 2009 • Julien Lamon

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Après la fracture sociale, la fracture numérique est désormais au cœur des préoccupations des élus locaux. 1 à 2 millions de foyers n'auraient ainsi pas accès au haut débit en France, inégalité scandaleuse aux yeux des élus. Heureusement un plan est prévu pour y remédier : le plan numérique 2012 qui prévoit « un droit opposable à l'accès à Internet haut débit ». Et si la solution existait déjà, sans que les élus n'aient besoin de se préoccuper de cette question, certes cruciale, mais secondaire dans la conjoncture actuelle ?

Lors de son discours le 20 octobre 2008, Eric Besson, alors secrétaire d'Etat chargé notamment du Développement de l'économie numérique avait déclaré que « Chaque Français, où qu'il habite, bénéficiera d'un droit à l'accès à Internet haut débit, opposable à des opérateurs clairement identifiés, afin de disposer d'un accès à Internet haut débit (supérieur à 512 kbit par seconde), à un tarif abordable, inférieur à 35 euros par mois, matériel compris, et qui sera déployé sur tout le territoire avant fin 2010. »

Les élus locaux n'ont pas attendu, installant aux frais de leurs contribuables des solutions innovantes mélangeant technologies satellites ou sans fil pour fournir à leurs ouailles le haut débit. Ainsi, la communauté urbaine de Nantes aurait dépensé 12 millions d'euros pour équiper l'intercommunalité d'un réseau haut débit. L'Etat projette même de conclure « une convention d'accès universel à Internet haut débit avec les opérateurs retenus [suite à un appel d'offre] ».

Sans même remettre en cause le bien fondé de ce nouveau droit opposable, il convient de mettre en lumière la réalité : le privé fournit déjà, dans de meilleures conditions, ce que projette de rendre obligatoire le plan numérique. En effet, des sociétés telles que Numeo, Viveole ou Nordnet ( filiale de France Telecom) maîtrisent la technologie de l'Internet haut débit par satellite. Leurs offres permettent de répondre aux exigences de l'accès au haut débit, sans que les moindres dépenses publiques ne soient nécessaires (offres inférieures à 35 euros par mois, pour des prestations à peine moins satisfaisantes que l'ADSL, technologie la plus employée). Des avancées technologiques sont même à prévoir d'ici à 2010 qui permettraient l'accès pour toute la population, même dans les campagnes les plus reculées, au très haut débit, future étape du plan numérique gouvernemental. La fracture numérique, comme toutes les fractures rurales, est une immense aubaine pour des entrepreneurs capables de fournir des services innovants aux populations. L'égalité française n'est donc pas menacée par la fracture numérique, nous voilà rassurés.

Commentaires

  • Par Galland • Posté le 18/02/2009 à 09:14 L'ADSL est une hérésie symbolisant la fuite en avant technologique = c'est un outil PROFESSIONNEL galvaudé pour les particuliers ( chargement de films ,.....).
    J'ai besoin d'Internet - et la messagerie - sur mon ordinateur portable !!!!! - donc mobile !!! - . merci l'ADSL avec sa BOX scellée au mur !!
    Et mon forfait 30h bas débit suffit largement, sauf que je coince maintenant sur le matériel et les chargements obligatoires en ligne... heureusement que la liaison satellite arrive !
  • Par sven • Posté le 15/02/2009 à 23:27 Faisons attention à dépasser les messages simplistes. Derrière les interventions des collectivités locales en matière de réseaux de communications électroniques, il y a une pluralité d'objectifs. Toutes ne visent pas à traiter la "fracture numérique" au sens de ce que l'on appelle les "zones blanches" du haut débit.
    ___________

    Prenons le cas du réseau de la communauté urbaine de Nantes que vous citez. Il s'agit du réseau Oméga.
    1°) Il ne s'intéresse pas aux zones blanches puisque son objectif est avant tout interne, pour les besoins propres d'interconnexion des services de l'agglomération, ainsi que pour ceux des communautés enseignement-recherche et santé. Il s'agit essentiellement de boucles en fibre optique, pérennes.
    2°) Il n'a pas coûté 12 millions d'euros, qui était l'estimation initiale, mais 7,6 grâce aux infrastructures existantes qu'a pu récupérer la ville pour y passer les câbles de fibre optique (multitubulaire du tramway, fourreaux d'éclairage, etc). De plus, pour la communauté urbaine le réseau a déjà été remboursé par les économies qu'il a générées pour ces groupes d'utilisateurs.
    3°) Enfin, au moment de l'essor du dégroupage en 2003-2004, les opérateurs alternatifs ont loué des fibres noires sur ce réseau, leur permettant de dégrouper les répartiteurs de Nantes plus rapidement, à moindre coût et sans travaux. Plusieurs opérateurs sont aujourd'hui utiisateurs du réseau. Certains également pour de la fibre leur permettant de raccorder directement des entreprises dans des zones d'activité de l'agglomération.
    Qques détails sur le site de l'agglo :
    http://www.nantesmetropole.fr/43661819/0/fiche___pagelibre/
    ___________

    Sur la question globale de l'action publique en matière de haut débit, il faut souligner que ces actions visent aujourd'hui une pluralité d'objectifs :

    - résorber les zones blanches qui concernent encore environ 1% de la population, objectif emblématique mais souvent minoritaire

    - favoriser l'extension du dégroupage, auquel 30% de la population n'a pas accès

    - apporter des offres très haut débit dans les zones d'activité économique, pour les entreprises,

    - connecter les sites publics et de services au public,

    - favoriser l'émergence du très haut débit
    Si, comme dans tout domaine, certains projets peuvent être questionnés quant à leurs objectifs ou leur mise en oeuvre, il n'en demeure pas moins que ces actions prises globalement ont eu ces dernières années un impact positif. A ce sujet, je vous recommande la lecture du rapport sur l'action des collectivités territoriales dans ce domaine, établi fin 2008 à la demande du Parlement par l'Arcep, autorité en charge de la régulation du secteur, peu suspecte de complaisance à l'égard de l'investissement public dans un secteur dont elle a pour mission d'assurer le caractère durablement concurrentiel :
    http://www.arcep.fr/index.php?id=8571&tx_gsactualite_pi1[uid]=1078&tx_gs...
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    Pour en venir enfin sur le sujet précis des zones blanches haut débit dont vous parlez, deux remarques :
    a°) les offres privées que vous citez ne sont pas apparues d'elles-mêmes par le jeu du marché ; elles apparaissent depuis un mois justement parce que le gouvernement a fait pression sur les opérateurs pour qu'ils mettent en place de telles offres, via le plan France Numérique 2012 et son action n°1.
    b°) le satellite a des limites technologiques intrinsèques, qui en font aujourd'hui sans doute plus une solution d'attente qu'une solution pérenne ; tout d'abord une limitation significative du volume d'échanges, qui s'avére vite gênante à l'heure du web 2.0 (sans même vouloir parler de peer to peer) ; une certaine sensibilité aux conditions atmosphériques ; un temps de latence élevé lié au temps de propagation du signal jusqu'en orbite géostationnaire interdisant toute application réellement interactive, etc
    Le satellite est ainsi aujourd'hui avant tout une solution d'attente, permettant d'apporter une connexion à prix raisonnable aux zones qui en sont dépourvues, en attente d'actions plus structurantes de montée en débit des territoires. Il ne signera pas la fin du problème. Et ce d'autant plus que les besoins augmentent.
    Au passage, davantage de précisions seraient bienvenues sur les "avancées technologiques (...) à prévoir d’ici à 2010 qui permettraient l’accès pour toute la population, même dans les campagnes les plus reculées, au très haut débit" que vous citez. De quoi s'agit-il concrètement ? Quelles sont vos sources ?
    ___________

    Comme pour toute action publique, mobilisant de l'argent du contribuable, de vraies évaluations de ces projets sont souhaitables. Comparant les résultats et les dépenses, analysant le rapport coûts/bénéfices.
    Ce sont des projets complexes ; visant à étendre la couverture dans un secteur soumis à une évolution rapide, commerciale tout autant que technique ; visant à développer la concurrence sur un marché d'ancien monopole, ouvert à la concurrence mais à forte tendance oligopolistique. Avec un ancien monopole public qui a gardé de solides connexions dans le tissu local.
    Ces projets ont besoin d'analyses approfondies, étayées et chiffrées. Quelques unes ont été menées, et il faut poursuivre. Mais en tout état de cause ces projets n'ont pas besoin d'analyses à l'emporte-pièce.
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    Pour conclure, affirmer que ces actions visent à l'égalité territoriale est méconnaître à la fois leur nature ainsi que l'ampleur des disparités entre nos territoires en matière de communications électroniques. Elles poursuivent essentiellement deux buts :

    - permettre l'accès du plus grand nombre à des offres compétitives et performantes, dans les zones denses qui concentrent la population et l'activité économique et se trouvent dans des logiques de compétition internationale,

    - garantir pour tous la possibilité d'accès à un niveau de service minimum à prix raisonnable, niveau suffisant pour ne pas être mis hors des circuits d'une société qui se numérise à toute vitesse

    Plus que d'égalitarisme, il s'agit de mener de front compétitivité et cohésion.

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