Emploi et politiques sociales

Paul Krugman, prix Nobel et nostalgique d'un syndicalisme périmé

18 décembre 2008 • Bernard Zimmern

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« L'écroulement du mouvement syndical américain qui s'est produit à partir des années 1970 n'a d'équivalent dans aucun autre pays occidental ». Cette phrase est extraite d'un livre publié par Paul Krugman, le prix Nobel Economie 2008 et éditorialiste au New York Times, « The conscience of a liberal » traduit en Français sous « L'Amérique que nous voulons » (Flammarion).

Pour ceux qui ont vu le taux de syndicalisation passer en France d'environ 50% dans l'immédiat après-guerre à 5% maintenant et ne subsister à ce niveau que grâce à la très forte syndicalisation du secteur public alors qu'aux USA, le taux moyen de syndicalisation est plus que double, il y a matière à questionner la qualité des sources de l'auteur.

On est encore plus étonné par l'idéalisation du syndicalisme aux USA et le regret que les syndicats ne puissent plus défendre les syndiqués comme par le passé. Mais Krugman n'a probablement jamais eu l'occasion de vivre dans une entreprises syndiquée américaine où les syndicats décident de l'affectation des ouvriers aux différents postes de travail. Le signataire l'a vu et pas dans une seule entreprise : un ouvrier assigné à un poste où il était totalement incompétent et fabriquant 98% de pièces défectueuses simplement pour ne pas resserrer un axe d'indexage qui avait pris du jeu, dans une autre entreprise, une machine de très haute précision et de coût correspondant utilisée au tiers du temps car le syndicat s'opposait à une révision des chronométrages. Et la disparition de ces deux entreprises et d'autres car incapables de survivre à la compétition venue du Japon.

Krugman constate que Walmart n'est pas syndiqué alors que c'est, avec 800.000 salariés, la plus grande firme américaine et qu'elle a remplacé le General Motors des années 60 comme la plus importante firme US. C'est au complot des patrons et de la droite conservatrice qu'il attribue ce qui constitue pour lui manifestement un revers de la démocratie.
Mais il ne se demande jamais si la raison de cette non-syndicalisation de Walmart n'est pas que le personnel dans sa grande majorité n'en veut pas.

La grande majorité des salariés a peut-être compris que le syndicalisme, tel du moins qu'il est pratiqué, aboutit à une condamnation de leur entreprise. Nous ne vivons plus dans une société de fabrication, où les travailleurs sont des numéros rendus interchangeables par le taylorisme, et où le syndicat est l'ultime rempart pour rendre au travailleur sa nature humaine ; cela aussi, le signataire de ces lignes l'a vécu chez Renault dans les années 50.

Mais depuis, le monde a évolué ; la force d'une entreprise repose sur la contribution de ce que peuvent apporter chaque salarié du plus haut gradé au plus humble et il n'y a plus besoin d'un intercesseur comme il y a 50 ans.

Pouvons-nous nous passer de syndicalisme ?
La réponse est clairement non.
Il y aura toujours des progrès sociaux nécessaires et le patronat ne peut être seul à en décider. La question est : quel syndicalisme ? Celui qui s'oppose à toute réforme ? Ou donc l'unique credo est la lutte des classes ? Ou un syndicalisme de progrès, fondé sur le réalisme ?
C'est une question que Krugman n'évoque même pas. Les prix Nobel sont parfois un peu détachés du réel.

Commentaires

  • Par GN • Posté le 18/02/2009 à 11:13 Je m'élève contre les réactions de lecteurs qui pratiquent un amalgame primaire entre "les syndicats" et la seule CGT.
    Ingénieur de fabrication, j'ai bien connu le monde des ateliers. Aujourdhui à la retraite, je continue, depuis 45 ans, à soutenir la politique réformiste de la CFE/CGC. Le silence des médias au sujet de cette action contribue à donner cette image monocolore repoussoir du syndicalisme dans l'esprit du grand public, et malheureusement, chez bien des "têtes pensantes" ;
  • Par noel • Posté le 18/12/2008 à 19:36 Sur votre conception du syndicalisme. Appliqué comme on le voit en France, il constitue un frein, pour ne pas dire un risque de taille pour la compétitivité des entreprises. En outre il n'est pas représentatif, enfin il a un comportement primaire et borné de communiste basique !
  • Par violette14 • Posté le 18/12/2008 à 19:23 Qui ne se souvient que le paquebot France est devenu le Norway, grâce à la CGT; Les dégats causés aux ports français grâce à la CGT; Le bordel à la SNCF; la disparition de Manufrance versus CGT/PCF; le coût de la presse française, grâce au syndicat du livre CGT.
    Au fait que sont devenus les auteurs (CGT) d'actes de piraterie (qui relèvent des assises) contre un bateau de la SNCM arraisonné par le GIGN sur ordre de Galouzeau de Villepin, qui bien sûr n'a pas eu le courage d'aller jusqu'au bout? ETC.,ETC.
  • Par p.dagouss • Posté le 18/12/2008 à 19:12 Chacun sait que le New York Times professe des opinions de gauche de type "libertaire" équivalent au journal "Le Monde" chez nous, s'adressant en priorité à des lecteurs de type énarque qui n'ont jamais travaillé dans une entreprise de production et moins encore en bas de l'échelle, là où se trouvent les gens dont les syndicats sont supposés défendre les intérêts.
    Je ne connais pas le CV des Nobel d'économie. Je ne peux donc qu'imaginer qu'ils n'ont jamais oeuvré sur une chaîne de production.
    Mais leurs propos sont relayés par nos média, eux aussi "gauchistes libertaires", tout en n'ayant eux non plus jamais travaillé en usine.
    Il est actuellement unanimement reconnu que les syndicats sont les principaux responsables des déboires de General Motors par leur exigence de salaires doubles de ceux des salariés de Toyota et d'avantages sociaux exorbitants.
    Les résultats immédiats d'une négociation ne sont pas tout. Il faut qu'ils puissent être durables en étant compatibles avec la poursuite de l'activité des entreprises.
    Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin...
    Les nombreux salariés qui ne sont pas extrêmistes se sont aperçus que les exigences démagogiques des syndicats ne préservaient pas les intérêts à long terme des salariés.
    Les syndicats n'ont donc à s'en prendre qu'à eux-mêmes.
    Après tout, le syndicalisme est un produit comme un autre. Si le produit est mauvais, les acheteurs s'éloignent.

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