Emploi et politiques sociales

Les petites entreprises veulent un patronat combatif

21 juin 2013 • Bertrand Nouel

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À l'heure où le MEDEF va changer de tête, s'ouvre la conférence sociale. Au même moment, Planète PME, le forum des PME organisé par la CGPME, invite le Premier ministre, flanqué de ses ministres touchant à l'économie, à répondre aux graves inquiétudes des entrepreneurs. Et un récent sondage [1] demande aux entreprises quelles sont leurs préoccupations majeures et les plus petites d'entre elles attendent un patronat combatif. Tout est réuni pour que s'engage une discussion ferme. Ce n'est pas si difficile de savoir quelles sont les demandes des entreprises, ni d'y répondre, à condition de ne pas estimer que le travail a déjà été fait et de se borner à diffuser une bonne parole qui se veut apaisante mais reste creuse aussi longtemps qu'elle ne débouche pas sur du concret.

À Planète PME, les entrepreneurs ont exprimé leurs inquiétudes face à l'importance et peut-être surtout l'incertitude des charges sociales et fiscales qui pèsent sur eux. Quant au sondage, il révèle aussi une inquiétude du même ordre, mais il est très intéressant par le net clivage existant entre les entreprises suivant leur taille. C'est ainsi que plus de 50% des TPE jugent que la baisse des charges sur le travail doit constituer la priorité de la nouvelle direction du MEDEF (seulement 31% pour les grandes entreprises), et que 62% des TPE pensent que cette direction doit « se battre pour qu'il y ait moins de contraintes pour les entreprises, quitte à s'opposer au gouvernement », alors que une même proportion de 62% des grandes entreprises estiment au contraire qu'il faut « privilégier le dialogue social avec les syndicats de salariés et la négociation avec le gouvernement ».
Les TPE, et à un moindre degré les PME, donnent donc au Medef une mission de combat pour l'allègement des contraintes, et en particulier celles tenant aux charges sociales. Ce clivage n'est pas surprenant. Plus une entreprise est petite, plus elle est en contact direct avec le consommateur français, et se trouve prise entre la marteau de ses marges trop faibles et de ses coûts trop élevés et l'enclume d'un pouvoir d'achat du consommateur insuffisant. Les grandes entreprises sont quant à elles confrontées aux syndicats, la plupart du temps absents dans les petites entreprises, et privilégient les problèmes du dialogue social.

Pour les TPE et PME, chez qui comme chacun sait se trouve la clé de l'emploi, où se situent les urgences ?

  • Sur les charges sociales qui pèsent sur le coût du travail, le gouvernement doit d'abord cesser de prétendre que les mesures adéquates ont déjà été prises avec le CICE. Ce dernier va peut-être alléger – à terme- de 20 milliards les prélèvements sur les entreprises, mais ce n'est que pour remettre les pendules à la même heure qu'en 2012, après les hausses de ces mêmes prélèvements, pour environ le même montant, mises en place par le nouveau gouvernement. L'argument gouvernemental relève dans ces conditions de la supercherie, et le fait que le CICE, qui n'est qu'un crédit d'impôt sur les sociétés, soit calculé sur la base des salaires bruts (seulement d'ailleurs ceux inférieurs à 2,5 Smic) n'aboutit en rien à une baisse des charges sociales qui restent les mêmes. Sans compter l'incompréhension manifeste des entrepreneurs, et le doute sur le caractère pérenne d'un tel crédit d'impôt.
    La réforme à entreprendre est ici, comme le propose le Medef, de remplacer le CICE par ce qu'il aurait dû toujours être, une réduction véritable et pérenne des charges sociales, valable pour tous les salaires.
  • Le gouvernement doit annoncer clairement et vite à quoi les entreprises doivent au contraire encore s'attendre, en particulier avec la réforme des retraites, les mesures prises dans le cadre de l'ANI, la récente proposition du groupe de travail sur la révision des aides aux entreprises, la proposition de diminution de 2,5 milliards du CICE pour un nouveau ciblage des interventions de l'État (quels sont les secteurs qui vont être favorisés ou au contraire y perdre ?) , les dépenses nouvelles de protection sociale (la couverture du cinquième risque de dépendance, des 750.000 nouveaux foyers bénéficiaires de la CMU-C ne pourront évidemment pas se faire sans prélèvements supplémentaires sur tous, entreprises comprises) etc. Comment dans ces conditions d'incertitude et d'incessante instabilité créer l'atmosphère de confiance nécessaire au développement de l'emploi dans les petites entreprises ?
  • Le discours sur la simplification administrative doit déboucher sur le concret. Il faut notamment agir sur les seuils d'application des contraintes et les repousser vigoureusement vers le haut, comme la Fondation iFRAP le demande depuis longtemps. Cela ne coûtera rien, au contraire. Les entreprises ne demandent pas tant qu'on les aide, elles veulent qu'on leur « fiche la paix » !
  • Les 35 heures sont encore et toujours un sujet, mais il est clivant suivant la taille des entreprises, les grandes n'étant pas preneuses d'un nouveau bouleversement social source de frictions inévitables avec les syndicats. Tout autre est la position des PME, et surtout des TPE, pour lesquelles les 35 heures sont un véritable obstacle à leur développement. Il est parfaitement possible de réformer les 35 heures pour permettre aux entreprises au-dessous d'un certain seuil de salariés (250 par exemple) de fixer une durée du travail de 39 heures, avec une augmentation des salaires mensuels répartie sur deux ou trois années.

Bien sûr, il y a d'autres sujets, comme celui du crédit que les petites entreprises ne trouvent pas sur le marché et l'insuffisance de leurs fonds propres. Mais apporter des solutions concrètes sur les sujets que nous avons abordés serait déjà de nature à provoquer un nouveau démarrage. Les entreprises ne peuvent plus se contenter de bonnes paroles, comme celles que leur a prodiguées le Premier ministre à Planète PME.

[1] Sondage Opinionway- GFI Informatique pour Les Echos et Radio Classique du 12 juin 2013.

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