Emploi et politiques sociales

Les Français face à la Crise

Des réactions contrastées par rapport aux autres européens

20 mai 2009 • Bertrand Nouel

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L'institut GfK a sondé 12.500 Européens de dix pays sur les questions les plus urgentes à résoudre face à la crise. Les réponses ont porté sur le chômage, la stabilité économique et le pouvoir d'achat. Etonnantes réactions des Français qui se démarquent nettement des autres Européens.

A retenir :

Plusieurs réponses étant possibles, les Français mentionnent au total les trois préoccupations ci-dessus nettement plus que les autres Européens. Signe de leur anxiété particulière ?
Le chômage inquiète beaucoup les Français, moins que les Espagnols, mais par exemple presque trois fois plus que les Anglais, pourtant en fâcheuse posture, ou huit fois plus ( ! ) que les Hollandais.

De son côté, la stabilité économique ne passionne guère les Français (13% de réponses).
Mais, le plus surprenant est l'importance donnée à la préoccupation des Français quant au pouvoir d'achat. Alors que les Anglais, les Hollandais et les Espagnols ne mentionnent quasiment pas la question, les Français signalent leur préoccupation à ce sujet dans 51% de leurs réponses, contre 13% pour les Allemands et 21% pour les Italiens !

On connaît les polémiques existant sur les statistiques de l'INSEE selon lesquelles le pouvoir d'achat aurait augmenté de façon continue, alors que les Français en ont une perception contraire. Mais le fait est que l'évolution du pouvoir d'achat est sensiblement identique dans tous les pays européens. Selon la fondation Robert Schuman, l'augmentation a été globalement forte jusqu'en 2001, puis nulle ou négative en 2001 et 2002, mais de nouveau en augmentation depuis. L'Allemagne est le pays ayant connu la plus faible augmentation du pouvoir d'achat, les Pays-Bas étant seulement légèrement mieux lotis que la France. Les prix du pétrole et des produits alimentaires ont certes connu une flambée, mais ils sont retombés et depuis l'inflation est nulle. De toutes façons, la situation a été la même dans toute l'Europe.

Alors, comment interpréter cette réaction particulière des Français en face d'une conjoncture commune ? Serait-ce parce que Nicolas Sarkozy en a fait un thème principal de sa campagne et que les Français ne l'ont pas oublié ?

Il est de bon ton d'affirmer à l'heure actuelle que la France, qui paraît pour l'instant être moins atteinte par la crise que ses voisins, est protégée par son fameux modèle social. Un modèle qui coûte cher, et qui par exemple a, selon le récent rapport Cotis de l'INSEE, entraîné l'augmentation à hauteur de 15% (de 27 à 42%), des prélèvements sociaux sur le salaire superbrut [1] sur une période de quarante ans. Ces prélèvements, parmi les plus élevés du monde, diminuent les ressources dont les salariés peuvent disposer librement, mais les Français devraient au moins tirer des avantages qu'ils procurent - et qui correspondent en soi à du pouvoir d'achat - quelque apaisement et sentiment de protection dans les périodes de crise.

Or, c'est le contraire que l'on observe. Décidément, les politiques ont bien du mal à faire passer des messages positifs, et les Français à apprécier à leur juste valeur les « avantages » de leur modèle. Serait-ce cette fois en raison de la fausse apparence de gratuité de ces avantages ?

En tout état de cause, les réactions des Français paraissent bien incohérentes - et inquiétantes. La croissance de la productivité et le taux d'inflation déterminent l'évolution du pouvoir d'achat. Actuellement, la productivité stagne, mais l'inflation est à son plus bas. Les Français n'étant pas préoccupés par le sujet de la stabilité économique, ne paraissent donc pas craindre une montée de l'inflation : dans ces conditions, sur quoi repose leur inquiétude quant au pouvoir d'achat ?

A nous maintenant de nous inquiéter : comme il est prévisible que les déficits structurels de la France, augmentés par ceux, qu'on souhaite exceptionnels, du plan de relance, ne pourront se résorber que dans un contexte de forte inflation, que sera cette fois la réaction des Français si la stabilité économique s'effondre ?

[1] Salaire net plus cotisations et contributions sociales employeur et employé

Commentaires

  • Par Bertrand Nouel • Posté le 28/05/2009 à 15:06 Exact. Mes excuses.
  • Par dudufe • Posté le 28/05/2009 à 15:06 Tout à fait d'accord avec cet article malheureusement entaché d'une erreur devenue maitenant récurrente et commune.
    En effet je veux parler de la confusion entre points et %.
    Non l'augmentation des prélèvements sociaux n'a pas augmenté en 40 ans de 15% mais de 15 points (en passant de 27 à 42 %).

    En pourcentage l'augmentation est de 55.5%.
    Je m'étonne que cette erreur provienne de journalistes de votre calibre. (il vrai que Jacques Marseille la commet aussi!). C'est dommage car cela diminue nettement la force de votre argumentaire !
  • Par amygdales60 • Posté le 27/05/2009 à 15:01 Les Français dites-vous ne sont pas préoccupoés par la stabilité économique. Normal, dans un pays de frime, de fric et de triche moins c'est stable, plus il y a de magouilles à entrevoir.

    Tenez, un exemple, repris par le bon communiquant du "bling-bling" bazar : si vous êtes en arrêt maladie, vous pourriez continuer à travailler depuis chez-vous et ainsi stabiliser vos revenus... ben voyons, légalisons donc la stabilité économique des gens qui se mettent en arrêt maladie pour travailler de façon dissimulée et qui gagnent certainement plus que les malades qui demeurent couchés en attendant que leur stabilité économqiue redevienne normale.
  • Par lionel10 • Posté le 27/05/2009 à 10:18 La France est championne du monde des taxes, prélèvements impots de toutes sortes. Nous disposons d'une administration remarquable d'organisation et redoutable d'efficacité quand il s'agit de ponctionner la taille et la gabelle. Nous exportons notre administration dans les pays en voie de développement pour les aider à mobiliser les ressources nécessaires à leur développement.
    Le jeu, donc, des gouvernements qui se succèdent, est de faire "tourner" de l'argent dans le système puisqu'à chaque tour, il y a prélèvement sociaux, TVA, CSG, CRDS, impots, taxe sur ceci, taxe sur cela... Si vous ête fonctionnaire, vous vous en félicitez parceque ça fait vivre, comme vous, des milliers de familles à l'abris d'un système déconnecté des réallités du monde. Si vous n'êtes pas fonctionnaire... vous n'avez qu'à l'être...
    Voilà pourquoi pouvoir d'achat et consommation sont des "must" dans la bouche de nos politiques... Il faut consommer pour alimenter la machine. Qu'elle que soit la consommation, il faut "pouvoir acheter"; et voilà comment, au fils des ans, on forge des générations d'obèses de la consommation, qui ont l'impression d'être pauvre parce que, leur chariot remplit à raz bord, ils n'ont pas pu acheter un plus gros téléviseur que leur voisin ou partir plus loin pour leur vacances.

    Voilà des "malheureux la bouche pleine" comme disait ma grand mère. Ils n'ont pas connu la guerre, les restrictions, le manque d'eau ou de pain, l'insécurité, le travail dur... mais ils sont plus malheureux qu'un petit Colombien dans les rues de Bogota.
    Alors notre gouvernement continue à s'ingénier à iventer des nouvelles consommations artificielles, un contrôle technique par ci un chèque emploi par là; et à chaque fois, passage à la caisse de l'état. Mais est ce que l'on crée de la valeur ? C'est-à-dire quelque chose de valorisé par autrui ? qui puisse faire entrer de la richesse dans le pays ? ... NON.

    Les industries qui créent de la richesse se délocalisent pour rester compétitives. Oui notre système social protège les gens de la crise, ou les privilégient, en temps normal, toujours au détriment des entreprises qui agonisent à petit feu.
    Mais quand il n'y aura plus d'industries, pourra-t-on vivre à ce niveau de vie qu'avec des services ? Les chômeurs auront-ils besoin des CESU, les transporteurs transpoteront-ils du vent ? les banques feront des châteaux de carte avec leur billets ?

    Il nous restera le tourisme !
    La France ne serait-elle pas un pays en voie de sous-développement, avec ses castes (fonctionnaires, politiques, laborieux...) ?

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