Emploi et politiques sociales

La France a besoin de « capitalistes » !

10 janvier 2016 • Charles-Henri d’Auvigny

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Au moment où Lafarge passe sous contrôle suisse, qu’Alcatel fusionne avec Nokia pour devenir finlandais, qu’Alstom est devenu américain,  il est important de se poser les questions : Pourquoi des fleurons industriels français sont-ils vendus à des capitaux étrangers ? Pourquoi subissons-nous une baisse de compétitivité de nos entreprises ?

Lorsque que nous examinons les chiffres  les investisseurs étrangers ont racheté des entreprises françaises pour le double de ce que les entreprises françaises ont, quant à elles, investi pour acheter des entreprises à l’étranger.

Pourquoi un tel décalage ?

La réponse est simple, l’épargne des Français n’est pas dirigée vers l’investissement productif.

Dans une étude d’avril 2014, le Boston Consulting Group qui compare la compétitivité des différents pays en Europe, explique que la faiblesse française est le résultat d’un manque d’investissement industriel, bien plus qu’un problème du coût du travail.

Depuis 2009, le marché des actions, tant cotées que non cotées, a subi une contraction à la fois de l’offre et de la demande. La réticence des entreprises à renforcer leur capital s’explique par la faiblesse de l’investissement et les faibles valorisations, qui résultent elles-mêmes pour partie de l’amenuisement de la demande des investisseurs. 

On peut estimer à 200 milliards d’euros au moins, les besoins de renforcement des fonds propres des entreprises, se répartissant pour moitié entre le nécessaire rééquilibrage de la structure de bilan des entreprises très endettées, et pour moitié en investissements à réaliser. Les entreprises peuvent retrouver des marges de financement.

Les Français sont parmi les premiers épargnants en Europe

Ils consacrent en moyenne 16% de leur revenu pour une moyenne de 13,8% en Europe. L’épargne financière représente  4.400 milliards d’euros. Les Français ont donc les moyens de participer au développement de leurs entreprises.

Redonnons envie aux Français de participer à la conquête de nouveaux territoires avec leurs entreprises. Le retrait partiel de la mesure fiscale sur les PEA, PEL et Assurance-vie est significatif d’une certaine prise de conscience de la part du gouvernement que les épargnants ne sont pas « la vache à traire » et que c'est contre-productif pour l’économie française. La F2iC se félicite de la création du PEA PME, qui permet à tous les Français d’investir comme ils souhaitent dans les entreprises, qu’elles soient cotées ou non. La création du contrat d’assurance-vie « Euro-croissance » va aussi dans le bon sens, puisqu’il favorise l’épargne longue et dans les entreprises. Ces deux éléments ne sont pas suffisants et c'est d’autant plus vrai qu’ils ne sont pas en avant par les distributeurs de produits d’épargne.

L’environnement fiscal se doit d’être favorable aux investisseurs

Lorsque vous participez au capital d’une entreprise, ce dernier n’est pas garanti, il faut donc qu’il puisse bénéficier d’une fiscalité qui prenne en compte ce point. Taxer le capital comme l’est le travail n’a aucun sens. C’est un signe qui va décourager les épargnants. Nous attendons une vraie réforme fiscale qui encourage la prise de risque.

Pour donner envie aux Français d’investir dans les entreprises, il est fondamental que l’ensemble des acteurs : entreprises, investisseurs, banques, assureurs et pouvoirs publics, adoptent un discours favorable aux « capitalistes » qui prennent des risques. Sortons-les a priori et des préjugés. Un investisseur peut perdre sa mise. Ce n’est pas un rentier. Dans une étude récente de l’AFIC, 41% des Français sont prêts à consacrer une partie de leur épargne à l’investissement en capital. Les 2 éléments qui pourront les inciter à sauter le pas sont : une fiscalité adaptée à leur investissement et d’être informés de l’utilisation ou de l’utilité de leur placement. Pourquoi ne réaliserions-nous pas une vaste campagne de communication sur plusieurs années pour initier les Français à l’investissement en actions ? Les entreprises pourraient faire passer des messages à leurs salariés, les pouvoirs publics pourraient proposer à leurs agents de participer à des stages d’immersion dans les entreprises, l’enseignement pourrait être macro et micro économique et cela dès le collège ou du moins au lycée.

Nous avons les moyens financiers pour développer les entreprises françaises, ne gâchons pas notre argent. Allons-y !

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