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Fermetures d'usines : il y a urgence !

Les entreprises françaises évaluent à 50 milliards d'euros la hausse de la facture énergétique et, en face, le plan gouvernemental est de 10 milliards. Un exemple en dit long : Duralex va fermer pour cinq mois, tous les salariés se retrouvent en chômage partiel et ce malgré le plan gouvernemental. L'aide à laquelle peut prétendre l'entreprise est de 800.000 euros mais la facture est passée de 3 à 13 millions d'euros.

Cette tribune a été publiée dans les pages des Echos, le lundi 7 novembre.

Alors que l'inflation va rester présente en 2023 (la prévision gouvernementale est de 4,3%) et que la croissance s'essouffle sérieusement (0,2% de croissance au troisième trimestre 2022, une croissance quasi zéro, voire nulle, attendue pour 2023), nous sommes en train de goûter le plat amer de l'inflation sans la croissance qui nourrit la récession.

Déjà, les chiffres de défaillances d'entreprises sont repartis à la hausse. Même si le nombre de défaillances est encore inférieur globalement à 2019 (37.000 face à 51 .000), hors microentreprises, les défaillances sont en hausse en 2022 par rapport à 2019. Et les chiffres de radiations du registre du commerce (RCS), qui comprennent aussi les cessations volontaires d'activité, sont très significativement à la hausse puisque du 4e trimestre 2021 au 3e trimestre 2022, on en compte 365.480 alors qu'on en comptait 252.592 du 4e trimestre 2018 au 3e trimestre 2019.

Les entreprises prises en tenaille

La situation de nos entreprises industrielles, en particulier, est très inquiétante. Les chiffres sont tous alignés : entre 7 et 11% de nos entreprises dans l'industrie pourraient s'arrêter de produire dans les mois qui viennent pour quelques semaines à plusieurs mois. La moitié des entreprises industrielles pourraient réduire leur production selon le METI (mouvement des ETI). Cela n'améliorera pas les chiffres de la croissance 2023.

Nos entreprises sont prises en tenaille entre les prix qui montent et deviennent insupportables à payer et des risques de délestages (coupures de courant programmées) car nous ne produisons plus assez d'électricité. Dare-dare, il faudrait trouver une solution pour faire baisser les prix et stopper la pénurie d'électricité plutôt que de peaufiner le plan de sobriété-rationnement.

Retrouver notre avantage comparatif

La solution est mixte :

  • D'abord, accélérer le calendrier de réouverture de nos réacteurs nucléaires dont 25 sont encore à l'arrêt, rouvrir la centrale thermique à charbon du Havre (fermée en 2021) pour produire plus d'électricité. Une cinquantaine de réacteurs nucléaires ouverts dans les semaines qui viennent nous permettrait d'être en position de force pour négocier avec nos partenaires européens.
  • Ensuite, retrouver notre avantage comparatif de prix de l'électricité faible (nous produisons dans nos centrales nucléaires à 60 euros le MWh). Il n´y a pas de raison valable à ce que le prix de l'électricité en France soit déterminé par le coût marginal d´une turbine à gaz allemande ou italienne qui ne contribue que très marginalement à la couverture de nos besoins.

Beaucoup ne passeront pas l'hiver

Voilà plus d'un an que Bruno Le Maire a annoncé sa volonté de réformer ce marché de gros. Et depuis ? Il ne s'est quasi rien passé. Nous ne pouvons pas laisser nos entreprises industrielles asphyxiées par des coûts d'énergie insupportables. C'est une réforme absolument nécessaire, qui doit être mise en oeuvre rapidement. La Commission européenne envisage une réforme seulement en mars 2023 (sic !) Ce serait déjà trop tard. L'hiver sera passé par là. Il y a urgence à agir si l'on ne veut pas voir disparaitre encore des centaines de milliers d'emplois dans l'industrie française.