Emploi et politiques sociales

Faillites d'entreprises : année noire en 2009

13 janvier 2010 • Guillaume Varnier

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La reprise économique a beau pointer le bout de son nez en ce début d'année 2010, la situation des entreprises françaises reste extrêmement préoccupante. Le nombre de faillites a progressé de 25% en 2009, après une hausse de 15% en 2008 pour atteindre 73 000. Un nombre encore jamais atteint, le dernier record français datant de 1993 avec 64 800 défaillances. En cause, le problème des débouchés commerciaux lié au cycle économique, auquel s'ajoutent les restrictions financières qui heurtent les entreprises depuis l'été 2008.

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Evolution des défaillances d'entreprises en France depuis 2004

Source : Altares

Mais la situation est encore pire ailleurs : l'Irlande a vu son nombre de défaillances exploser de 113% et l'Espagne de 187%. Seule l'Allemagne fait figure d'exception, avec un nombre de défaillances stable sur 2008 et une hausse contenue de 19% en 2009 (source : Euler Hermes).

Le nombre de faillites a commencé à se stabiliser en fin d'année 2009, et devrait rester relativement stable à des niveaux élevés au cours de l'année 2010. Bien que tous les secteurs et toutes les entreprises soient touchés, plusieurs traits se distinguent : les PME de 50 à 99 salariés sont les plus fragiles, avec une hausse de 80% du nombre de défaillances en 2009 par rapport à 2008, suivies par les PME âgées de moins de 3 ans (+27%). Le secteur le plus atteint est la finance, et notamment les activités d'assurance (+35%), suivies de l'immobilier (+33%) et de l'industrie (+26%). Bien sûr, cela a de lourdes conséquences sur l'emploi, puisque ce sont plus de 200 000 salariés qui ont été touchés par les dépôts de bilan en 2008 et en 2009, et la tendance devrait se poursuivre en 2010. En effet, la reprise de l'économie mondiale sera lente et fragile, car les demandes intérieures des grands pays industrialisés sont affaiblies par la montée du chômage et les incertitudes sur le pouvoir d'achat.

Philippe Milon, responsable des analyses Altares [1], observe néanmoins que « le parc des entreprises françaises demeure important, avec 5 millions d'organisations ». Par conséquent, moins de 2% auront défailli en 2009. En outre, il note que crise ou pas crise, des symptômes quasi immuables semblent marquer les défaillances d'entreprises : « une défaillance sur quatre est due à des retards de paiement et la moitié ne parvenait pas à dégager des bénéfices depuis au moins un exercice ». De fait, les pertes viennent réduire des fonds propres déjà beaucoup trop faibles : « Le tiers des sociétés n'avaient déjà plus de fonds propres avant le début de la crise, et pour les trois quarts les fonds propres représentaient moins de 25% du total du bilan ».

Ce manque de fonds propres est directement lié au constat qu'a fait l'iFRAP d'un autofinancement insuffisant des entreprises françaises lorsqu'on les compare à ses voisines européennes. De fait, l'autofinancement des entreprises britanniques et allemandes est double de celui des entreprises françaises soit un écart d'environ 110 milliards d'euros par an. Cet écart, qui s'explique presque entièrement par la différence de prélèvements obligatoires, fragilise durablement nos entreprises : c'est autant d'argent qui ne peut être réinvesti dans l'activité ou mis en réserves pour affronter des difficultés futures.

Création d'entreprises en France depuis 2004


Créations d'entreprises en France depuis 2004

Source : INSEE

Face à cette hécatombe, les créations d'entreprises se portent bien, mais seule une petite minorité naît avec des fonds propres importants et des emplois à la clé. Sur les 11 premiers mois de 2009, on dénombre près de 300 000 créations sous le régime de l'auto-entrepreneur, soit plus d'une sur deux. Sur la même période, le nombre de créations hors auto-entrepreneurs s'inscrit en baisse de 10% et le nombre d'entreprises créées avec des salariés est inférieur à 40 000.

[1] Acteur majeur du secteur de l'information sur les entreprises

Commentaires

  • Par AMYGDALES60 • Posté le 18/01/2010 à 11:22 Certes le manque de fonds propres, l'absence de vision stratégique sérieuse, un déficit chronique dans l'INNOVATION réelle positive ( et non le simple décalcomanie de ce que font déjà les autres), une certaine désinvolture sécuritaire précipitent bon nombre de nos PME-PMI au tapis. Mais une autre raison plus sournoise fait que bon nombre des entreprises nouvellement créées ne fêtent pas leur 5ème anniversaire tient au fait des aides de l'Etat et des projets "bidons" soutenus par les collectivités locales par idéologie identitaire électoraliste ; Tout cela fausse complètement la perception de la rentabilité à terme des activités ainsi soutenues. Vous allez voir ce que vous allez voir (oui nous savons, c'est facile, mais hélas certain) ce qu'il va en advenir de ces auto-entrepreneurs sortis du chômage avec des méthodes FBI... de la fausse bonne idée !
  • Par Claude GOUDRON • Posté le 14/01/2010 à 18:28 Lors de la venue de Christine LAGARDE à BELFORT en 2006 ( elle faisait encore partie du gouvernement DE VILLEPIN ) elle nous avait présenté un projet de SBA " à la française", je lui avais alors dit que à la française me faisait peur et pourquoi ne pas le faire à l'américaine ou à l'allemande qui avaient déjà fait leurs preuves et qu'un "copié collé" des mesures prises par G. SCHROEDER (classé socialiste chez nos voisins) ne pouvaient qu'avoir les mêmes résultats chez nous.

    Bien entendu en France on ne veut jamais copier ce qui fonctionne, résultat : le coût salarial chez nous est 18% plus élevé qu'en Allemagne, la réactivité à la crise est plombée par des freins au licenciement et évidemment comme vous l'annoncez, l'augmentation des faillites est contenue en Allemagne et catastrophique chez nous. Merci à nos politiques...

    C. GOUDRON PdG d'une PME qui aurait aimé être en Allemagne.
  • Par Joris Viart • Posté le 14/01/2010 à 10:04 Une entreprise de ma commune vient de voir sa "Taxe transport" augmentée de 15000 euros (passant de 30.000 à 45.000) suite à une décision inter-communale. L'intention est louable, le résultat plus problématique!

    Conséquence : l'entreprise supprime 1 emploi.

    Question : A-t-on une évaluation générale des pertes d'emplois liées aux prélèvements locaux sur les entreprises privées?

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