Emploi et politiques sociales

Entretien
Stanislas de Bentzmann : "Les 35 heures, une loi maudite"

08 janvier 2015 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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Alors que le débat sur les 35 heures a été relancé suite à la parution du rapport de Barbara Romagnan, députée PS, au nom de la commission d'enquête nommée par l'Assemblée nationale (voir notre note du 18 décembre 2014). Stanislas de Bentzmann a accepté de répondre aux questions de la Fondation iFRAP sur ce sujet, thème principal de l'ouvrage qu'il vient de publier conjointement avec Pascal de Lima aux éditions Eyrolles : Les 35 heures, une loi maudite.


Fondation iFRAP : Vous venez de publier avec Pascal de Lima "Les 35 heures, une loi maudite" aux éditions Eyrolles. Que reprochez-vous exactement aux 35 heures ?

Stanislas de Bentzmann : Les 35 heures, en alourdissant notre coût du travail de l'ordre de 10%, ont dégradé notre compétitivité par rapport à nos principaux concurrents européens, qui, dans le même temps, ont remonté leur temps de travail.

La conséquence en a été les 35% de perte de parts de marché dans le commerce mondial entre 2000-2010. Ce qui est la pire performance économique de tous les pays de l'OCDE et qui explique le chômage massif. En effet, pour recruter, une entreprise a besoin de remplir son carnet de commandes et doit donc trouver des clients qui lui achètent de bons produits à des prix compétitifs. Si vous alourdissez votre coût du travail, vous renchérissez le prix de vos produits et réduisez ainsi votre carnet de commandes, et en conséquence vous allez bientôt devoir licencier. La spirale infernale est enclenchée !

Fondation iFRAP : Il y a beaucoup de débats passionnés sur le sujet. En définitive, selon vous, travaille-t-on plus ou moins en France par rapport aux pays comparables ?

Stanislas de Bentzmann : Sans aucun doute nous travaillons-nous moins que nos homologues d'Europe de l'ouest. Nos salariés à plein temps travaillent en moyenne 150 heures de moins par an, de plus nous partons plus tôt en retraite et notre taux d'emploi est beaucoup plus faible. Notre potentiel de croissance est ainsi minimisé.

Fondation iFRAP : Que pensez-vous du rapport parlementaire qui vient de sortir et voudrait réhabiliter la réputation des 35 heures et semble même proposer, entre les lignes, les 32 heures ?

Stanislas de Bentzmann :Le rapport parlementaire qui cherche à réhabiliter Martine Aubry et sa loi emblématique n'arrive probablement pas maintenant par hasard… le rapport est extrêmement approximatif et surtout orienté.

Deux exemples :

  • Il étudie la création d'emplois entre 1997 et 2002 quand la loi des 35h a été mise en place en 2000 et a généré ses effets pervers de perte de compétitivité à partir de 2001. La période analysée est volontairement biaisée.
  • Il annonce une création d'emplois de 350.000 postes en omettant la destruction de plus de 2 millions d'emplois due à la perte de compétitivité de nos entreprises sur la période 2000-2010.

Fondation iFRAP : Que faire selon vous comme réformes sur ce sujet des 35 heures ?

Stanislas de Bentzmann : La solution que nous proposons dans notre livre est tout d'abord de légiférer car ce qui a été mis en place par la loi doit être défait par la loi. En effet, les entreprises ne trouveront pas de terrain d'entente avec les syndicats et donc rien ne bougera s'il n'y a pas un texte législatif.

Nous proposons d'abroger les 35 heures et de revenir à 38 heures en partageant l'effort en 3 : une heure rendue par les salariés et rémunérée par l'intéressement aux résultats, une heure financée par des baisses de charges et une heure négociée par l'entreprise.
Idéalement, pour relancer notre économie, il faudrait revenir à 39 heures sans bouger les salaires mais ceci n'est pas socialement acceptable et c'est la raison pour laquelle nous proposons une solution qui répartisse les efforts équitablement.

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