Emploi et politiques sociales

Une comparaison France / Royaume-Uni

Capital investissement et capital risque

09 juin 2011 • Bernard Zimmern

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Au début de leur vie, les entreprises font face à plusieurs moyens de financement :

- Capital personnel de l'entrepreneur – (ou de ses amis et de sa famille - 3F, Family, Friends and Fools)

-Business Angels

- Capital risque

Ces financements peuvent avoir lieu durant les premières étapes de la vie d'une société.

Le capital risque fait partie du capital investissement. Ainsi, tout capital risque est un capital investissement, mais tout capital investissement n'est pas un capital risque.

Comme le décrit la Private Company Financial Data Authority, « le capital investissement représente une catégorie d'investisseurs, leurs fonds, et leurs investissements respectifs, qui sont réalisés dans des sociétés privées ou dans des sociétés publiques avec le but de les rendre privées. Les investissements de capital investissement sont principalement réalisés par des fonds d'investissements, des sociétés de capital risque ou des gros Business Angels, chacun ayant ses propres motivations, préférences et stratégies d'investissements, mais leurs investissements permettent aux sociétés visées d'augmenter leur capital pour favoriser leur expansion, le développement d'un nouveau produit ou la restructuration opérationnelle, managériale ou de propriété de la société. »

Situation du capital risque en France

Comme décrit ci-dessus, le capital risque intervient en début de vie des entreprises. Cependant, ce type de financement intervient après les l'interventions des deux investissements listés précédemment et ne peut se substituer à eux. En effet, le capital risque prend des participations minimum de l'ordre de 2 millions de $ alors que les besoins financiers en création pour la quasi-totalité des sociétés se situent entre 100.000 $ et 1.500.000 $.


Développement des entreprises selon leur niveau de capitaux propres

De plus, le graphique ci-dessous met en avant le fait que les fonds de capital investissement investissent principalement dans les entreprises lorsque celles-ci sont suffisamment développées et ont prouvé leur réussite :

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Investissements 2008 des fonds en capital risque selon leur type d'investissement

L'article sur les Business Angels montre que la France en manque terriblement pour financer l'amorçage des nouvelles entreprises créées. Il semble qu'il en est différemment pour le capital investissement. En effet, le premier consensus est qu'il semble inutile de mettre plus d'argent dans le capital risque ou sa suite capital-développement. D'une part parce qu'il n'est pas rentable et que le fonds de capital risque investit toujours au-dessus de 2 millions d'euros. Ensuite, d'autre part, il ne semble pas que la France souffre d'une insuffisance massive de tels capitaux, la comparaison avec la Grande-Bretagne montrant que le retard est au maximum de l'ordre du tiers (voir section suivante). De plus, le capital risque circule à travers les frontières et les insuffisances françaises proviennent plus de l'absence de bons projets à financer que de manque de fonds, l'absence de bons projets découlant directement de la quasi absence de Business Angels en France qui sont indispensables dans la phase initiale. La rareté de nos BA (par rapport aux Business Angels dans d'autres pays) fait que le nombre de projets atteignant le seuil du capital risque est limité.

Le capital risque fait partie du capital investissement. Ainsi, tout capital risque est un capital investissement, mais tout capital investissement n'est pas un capital risque.

Cela entraîne d'ailleurs une dispersion des fonds de capital investissement qui s'émiettent sur de trop nombreux projets en essayant de se substituer aux Business Angels insuffisants. Surfinancer le capital investissement ne semble donc pas susceptible d'apporter un quelconque progrès. La preuve en est les résultats de l'étude annuelle de 2009 de l'AFIC et d'Ernst & Young sur la performance nette du capital investissement français mettant en avant que la performance cumulée à long terme du capital risque / early stage est de -2,7% en 2009. De plus, les investissements en FCPI et FIP ont un retour moyen négatif de -3,2% sur 10 ans montrant que l'intervention de l'État en faveur de ces investissements n'a pas eu l'effet escompté et a même désorganisé les marchés [1].

Comparaison France – Grande-Bretagne

Les comparaisons statistiques montrent qu'il y a une faible insuffisance au niveau du capital investissement ; les fonds investis (et non gérés) en Grande-Bretagne seraient 50% plus importants que les fonds investis en France. Mais la comparaison au niveau des Business Angels est beaucoup plus dramatique car il y a un rapport de 1 à 10 dans les nombres d'investissements (4.000 à 40.000) et de 1 à 20 dans les montants investis.

En fait, la cause de l'insuffisance de l'investissement de capital investissement en France par rapport à la Grande-Bretagne n'est pas dans le manque de ressources financières mais dans le manque de nouvelles PME nourries par les Business Angels et dans lesquelles le capital investissement trouverait une opportunité à investir.

Ainsi, en termes de niveau d'investissement en capital investissement, si l'on prend soin de distinguer dans les chiffres de l'EVCA les montants collectés ou plutôt gérés par un pays et ceux investis dans ce pays (l'Angleterre étant une plus grande place financière, l'écart est beaucoup plus important en montants gérés qu'en montants investis) on trouve :

Part investie au Royaume-Uni Part investie en France
Rapport EVCA
(source Thomson Waterhouse)
Total investi 2004 : 36 914 M€
9 597 M€
(soit 26% du total investi en Europe)
6 275 M€
(soit 17% du total investi en Europe)
Rapport BVCA 7 790 M€
(5 336 M£)
-
Rapport AFIC - 5 189 M€
Ratio EVCA / Source Nationale 1,23 1,21
Ratio UK / France 1,53
Sources : EVCA (European Venture Capital Association), BVCA (British venture Capital Association), AFIC. Année de comparaison 2004.

Il semble donc qu'avec une incertitude modérée on puisse comparer les chiffres produits par l'AFIC et BVCA. Les catégories ne se regroupent pas exactement, mais les totaux restent bien dans le rapport 1 à 1,5

Le détail des investissements réalisés en France et en Grande-Bretagne par le capital investissement est le suivant :

Royaume-Uni France
Type d'investissement Source : BVCA Type d'investissement Source : AFIC
Start-up 96 M£ Amorçage et création 396 M€
190 sociétés 417 sociétés
500 000£ /société 950 000 € /société
Early stage 188 M£ Capital-développement 695 M€
264 sociétés 423 sociétés
712 000 £/ société 1 643 000 € /société
Expansion stage 789 M£
522 sociétés
1,8 M£ /société
Total 1075 M£ Total 1091 M€
976 sociétés 1259 sociétés
1 100 000£ /société 866 000 € /société

Globalement on peut dire qu'il y a un peu moins de capital risque amorçage et développement investi en France qu'en Grande-Bretagne et que les projets britanniques sont moins nombreux mais plus gros. Mais l'écart de financement par le capital risque est de l'ordre de 1 à 1,5, et non de 1 à 5 ou de 1 à 10 comme l'est celui du niveau d'investissement des Business Angels.

[1] Voir Leonardo Finance. Compte rendu du forum 18 Mai 2005 (page 14).

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