Emploi et politiques sociales

Augmenter la croissance en créant des emplois marchands

12 mai 2009 • Guillaume Varnier

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Une des difficultés de la France réside dans son incapacité à obtenir une croissance soutenue en produisant davantage de richesses. La France a également des difficultés à accroître sa compétitivité en se réformant et en réduisant ses dépenses publiques, ce qui a pour conséquence de freiner les créations d'emplois et l'augmentation du pouvoir d'achat. L'explication se trouve en partie dans la proportion extrêmement faible de Français directement intéressés à la création de richesse, soit les travailleurs du secteur marchand, qui ne représentent que 29% de la population.

Le salarié français du secteur marchand travaille surtout pour les autres

La production de biens et services par le secteur marchand est la pierre angulaire de la création de richesse. Certes, les administrations produisent des services publics mais ces derniers n'ont pas de valeur marchande, et il est impossible de les mesurer autrement qu'à leur coût. Les associations à caractère social ont également leur utilité, mais ne produisent pas de valeur ajoutée. La création de richesse revient donc intégralement au secteur marchand. Avant d'être prélevée, redistribuée, investie, ou dépensée, la valeur ajoutée doit être générée par la vente de biens et services des entreprises et de leurs salariés. Pourtant, force est de constater que seule une petite minorité (29%) se charge, en France, de produire cette richesse dont tout le monde va profiter.

Un peu plus d'un quart de la population travaille pour payer retraites, administrations, santé, éducation nationale, etc. L'écart avec nos voisins européens est impressionnant. Il atteint 23 points avec la Suisse. Même la Suède, qui détient le record du monde du nombre de fonctionnaires en pourcentage de sa population nous dépasse de 10 points. Le ratio de dépendance au secteur privé exprime le nombre de personnes dont le pouvoir d'achat dépend du revenu produit par chaque travailleur de l'économie marchande. En moyenne, un Français travaille pour subvenir aux besoins de 3,5 personnes, y compris lui-même. A un tel niveau, il est presque étonnant que notre économie tienne encore debout.

Il faudrait créer en France entre 7 et 8 millions d'emplois marchands pour revenir à un ratio de dépendance comparable à celui de l'Allemagne ou du Royaume-Uni. Un déficit de 5 millions d'emplois nous sépare de l'équilibre qu'ont su trouver les Suédois pour financer leur modèle social.

Le secteur marchand en France est extrêmement faible
France Italie Allemagne Suède Suisse Royaume Uni
Population totale (en millions) 64 60 82 9,1 7,6 61
Secteur marchand en % de la population totale 28,6% 33,0% 40,5% 37,5% 51,4% 42,1%
Ratio de dépendance au secteur privé 3,5 3,0 2,5 2,7 1,9 2,4

Si l'on s'intéresse maintenant à la population électorale (plus de 18 ans), le constat est encore plus alarmant. Sur un total de 48 millions de Français en âge de voter, on compte 20 millions d'inactifs (retraités, étudiants, etc.), 5 millions de fonctionnaires, 3 millions de chômeurs et 2 millions de travailleurs associatifs. Il ne reste donc que 18 millions de salariés et chefs d'entreprise du secteur marchand, soit 37% de l'ensemble des électeurs. Nos dépenses publiques atteignent déjà 53% du PIB, et le nombre d'inactifs va inexorablement s'accroître avec le vieillissement de la population.

La priorité devrait donc être d'augmenter le travail dans le secteur privé. Mais dans une démocratie comme la nôtre, comment mettre en œuvre les réformes vitales pour la compétitivité de nos entreprises si 63% de la population ne voit pas à court terme ce qu'elle aurait à y gagner ? Tout l'enjeu est de démontrer que tous les Français, y compris ceux qui travaillent dans les secteurs non marchands ou les chômeurs, auraient intérêt à ce que l'on mette notre inventivité et notre fiscalité au service de la création massive d'emplois marchands.

Seulement 38% des Français en âge de voter sont directement intéressés à la création de richesses
En % de la population En % de la population en âge de voter
Retraités 23,3% 30,5%
Etudiants 3,6% 4,8%
moins de 18 ans 23,7% -
Autres 4,8% 6,3%
Total Inactifs 55,4% 41,5%
Chômeurs 4,8% 6,2%
Associations 3,0% 3,9%
Fonctionnaires 8,2% 10,8%
Chefs d'entreprise 3,5% 4,6%
Salariés 25,2% 33,0%
Total Actifs 44,6% 58,5%
Total Secteur non Marchand 71,4% 62,5%
Total Secteur Marchand 28,6% 37,5%

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