Agriculture et énergie

Transition écologique : régression ou progression

10 septembre 2018 • Philippe François

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Sur l'écologie, les fortes turbulences des dernières semaines ont permis de clarifier les deux voies ouvertes: soit un monde de décroissance verte, soit un monde de croissance verte. Sur les sept milliards d'êtres humains, dans les pays développés, très peu sont prêts à accepter les conséquences de la décroissane. Encore beaucoup moins dans les pays en développement. Sauf établissment d'un régime de dictature sur le modèle du livre d'Orwell 1984, cette voie est une impasse. Seule la croissance verte reposant sur le progrès technologique a des chances d'éviter les catastrophes annoncées.

Chaque année, la publication par l’ONG Global Footprint Network du jour où les êtres humains consommeraient plus que ce que la terre peut produire donne la mesure du défi auquel nous faisons face. Cette année c'était le 1er août. Ce signal d’alerte est impressionnant, mais ce qu'il ne dit pas, c’est ce qu’il faut faire : diminuer le nombre d’êtres humains sur terre comme le proposent certains ? ou d’animaux domestiques ? ou mener une politique autoritaire de restrictions et de décroissance comme le souhaitent d’autres ? Mais pourquoi ne pas en appeler au génie humain ?   

Le cas le plus évident est celui de l’énergie. On suppose que Global Footprint Network a constaté que la consommation mondiale de pétrole, de gaz et de charbon est plus rapide que les découvertes ou les mises en exploitation de nouveaux gisements. Et la déforestation plus rapide que le développement de nouvelles forêts ou l’amélioration dans les méthodes d’exploitation des anciennes. Mais le potentiel des énergies comme le solaire, l’éolien et le nucléaire classique est tel qu’elles pourraient fournir de l’énergie aux futurs 10 milliards d’êtres humains. Quant aux perspectives de la fusion nucléaire, si elles sont lointaines, elles garantissent une disponibilité infinie d’électricité.

Dans ce domaine comme dans les autres, le message de Global Footprint Network est que si l'on ne change pas de technologies ou de méthodes, la terre sera effectivement incapable de fournir ce dont les êtres humains souhaitent disposer. Un souhait légitime, on voit mal pourquoi le reste de l’humanité et nos descendants ne bénéficieraient pas de santé, d’éducation, de confort, de loisir et de culture aussi bons ou meilleurs que nous.

Le second domaine critique est celui de la nourriture. Dans ce domaine aussi le jour du dépassement de la terre est calculé en l’état actuel des méthodes d’agriculture et de logistique. Or comme le montre la FAO, la productivité de l’agriculture est encore extrêmement faible dans de très nombreux pays, et une grande partie de ce qui y est produit se trouve perdu faute de moyens de conservation, de transport et de distribution adéquats.  

La situation actuelle n’est pas nouvelle. En France au moyen âge, en Irlande ou en Suède au XIXème siècle, ces pays ne pouvaient pas nourrir toute leur population malgré des consommations très modestes. Si le niveau de vie y est maintenant parmi les plus élevés du monde, (malgré un doublement du nombre d'habitants en Suède), ce n'est évidemment pas parce qu'ils ont imposé des mesures de restrictions par la contrainte.   

Conclusion

Le message de Global Footprint Network est très utile mais à condition de ne pas retomber dans un malthusianisme paralysant, et dangereux puisque les politiques de restrictions seront sans effet face aux volontés des populations. Ce signal d’alarme doit être utilisé pour renforcer les recherches scientifiques et techniquies. Une démarche utile non seulement à la France mais à toutes les populations qui souhaiteront suivre la voie du développrement. Les ampoules LED qui diviseront par dix, dans le monde entier, la consommation d'électricité pour l'éclairage sont un modèle et un espoir. 

Deux leçons du cuivre

En 1972, le cuivre était cité par le célèbre rapport du Club de Rome comme le cas le plus critique d'une ressource qui, en supposant une consommation constante et un doublement des ressources connues, serait épuisée 36 ans plus tard, soit il y a dix ans.

En réalité, la consommation de cuivre a augmenté mais les ressources connues et le recyclage aussi. Et dans les télécommunications, les câbles  en cuivre ont été remplacés  par des fibres optiques dix mille fois plus performantes et faites à partir de silicium, matériau très commun sur la planète. Ou par les ondes utilisées par les satellites et les téléphones sans fil (GSM), une solution encore plus brillante qui remplace l'utilisation d'une ressource matérielle qui s'use et se raréfie par des ondes inusables quand on s'en sert.  

Le cas du cuivre montre que les capacités de la planète sont encore inconnues et peuvent être surprenantes, et celles des êtres humains encore plus.

  

Commentaires

  • Par D. Huger • Posté le 15/09/2018 à 14:24 Dans dernières décennies du siècle dernier, le grand défi était la famine dans le monde. Depuis la famine a grandement reculé et ce, malgré l'augmentation de la population mondiale. On produit davantage avec moins de ressources et pour moins cher. La croissance démographique s'est accompagnée de progrès social, les guerres demeurant toujours un danger bien plus grand pour les populations. - Avec l'augmentation de la population, les ressources s'épuiseraient. C'est exactement le même raisonnement qui conduit les socialistes à considérer qu'il faut partager le travail considéré comme un gâteau à partager. Hormis le fait que les prédictions d'épuisement ne se sont jamais réalisées, il faut distinguer les ressources brutes des ressources valorisées par la créativité humaine. L'énergie nucléaire, objet de détestation des écologistes, illustre bien cette démultiplication de la ressource brute. Dans un autre domaine: augmentez le nombre d'aigles, celui de poulets diminuera; augmentez le nombre d'hommes, celui de poulets augmentera. D'autre part, nous ne connaissons pas les ressources de demain. Le pétrole n'était pas une ressource il y a cinq siècles, et l'âge de pierre ne s'est pas achevé par manque de pierres. Songeons aussi à l'impossibilité de la généralisation de l'informatique si les ordinateurs ne s'étaient pas miniaturisés... - Il y a un lien entre production d'énergie, progrès technologique et croissance de la population. S'opposer aux deux premiers serait nécessaire pour parvenir à une décroissance de cette dernière. Or, l'expérience montre que les nations développées ont réduit leur natalité spontanément, l'enfant y étant une charge économique alors qu'il est une richesse économique dans les pays pauvres. Le développement conduit à une hausse de la population (parce que ceux qui, auparavant mouraient, restent maintenant en vie) avant que n'intervienne une baisse qui traduit la transition démographique. Au lieu de contrer la recherche et le progrès technologique, il faut les favoriser. C'est cela justement qui permettra de valoriser les ressources et d'accompagner les périodes de croissance démographique. La stratégie écologiste consiste au contraire à promouvoir la pénurie pour arriver à la décroissance. Pourquoi les nouveaux défis ne seraient-ils pas surmontés? La différence n'est-elle pas qu'en Occident, le pessimisme a remplacé la foi en l'avenir, comme la repentance a remplacé la fierté de notre civilisation? Pourquoi une telle perméabilité à des discours idéologiques qui instrumentalisent les peurs?
  • Par YVES BUCHSENSCHUTZ • Posté le 14/09/2018 à 10:08 2 remarques entre autres : il faudrait décider une bonne fois pour toutes (?) si le nucléaire est écologique ou pas. Le monde supportable par la planète est très différent selon la réponse et on ne voit pas très bien pourquoi on le diabolise à date en énergie mais pas en médecine par exemple. Par ailleurs la population supportable par la planète est probablement infinie dans des conditions de "survie" mais limitée dans des conditions de survie agréables ou décentes, voire paisibles. Il me semble que la deuxième solution serait préférable. Dans cette dernière hypothèse, nous ne sommes pas très loin du maximum (cf espace pauvreté tourisme ressources etc ....)
  • Par reiller • Posté le 14/09/2018 à 08:11 Et pourtant il faudra bien trouver un équilibre! ce qui signifie que notre nombre ne peut monter à l'infini, et que notre empreinte sur terre doit décroitre. Difficile de penser que ceci est compatible avec la religion du PIB, il va donc falloir changer d'indicateur de progrès; et tous ensemble autrement ce sont les guerres qui vont faire la transition écologique.
  • Par Leroy Jean-Pierre • Posté le 13/09/2018 à 19:19 Mon père me disait que dans les années 30, on était certain que le charbon allait être épuisé dans quelques décennies : il n'y en a jamais eu autant de disponible ! Bravo pour cet article concis et clair !
  • Par phidias • Posté le 13/09/2018 à 18:34 L'écologie n'est qu'un système politique de type malthusien, qui avance des théories sans preuves réelles, tirant un discours de gnoses bâties sur des approximations, ou des pseudo- lois tirées de constatations circonstancielles. L'environnement est en revanche un sujet concret, quantifiable et qualifiable, où l'homme figure comme les autres êtres vivants, et dont il tire sa survie. La problématique de la croissance est un faux problème, car elle est inéluctable, toute espèce dominante, et l'homme en est une, a tendance à exploiter son environnement à son profit, sinon c'est une autre qui le fait. La prise de conscience de la nécessaire prise en charge de l'environnement et de ses conditions de fonctionnement optimales par l'espèce humaine est aujourd'hui communément acceptée, au moins dans les pays dont le niveau de développement permet une conceptualisation au-delà des besoins de survie, ce qui revient à concevoir un seuil minimum de développement, et à écarter la décroissance comme solution éventuelle, pour éviter de revenir au stade précédent. Dans l'état actuel de la technique, Il n'existe pas de de solution pour produire de l'énergie à moindre cout en quantité illimitée, de surcroit les dispositifs actuels de conservation de cette énergie sont encore en développement. La compétition géopolitique actuelle qui a repris les chemins du début du 20ème siècle, pour le contrôle des sources d'énergie, de terres, et de matière premières, est le reflet de d'un butoir technologique sur la production d'énergie, qui reste tributaire des extractions, le pétrole, mais aussi l’éolien par la production d'aluminium nécessaire et de l’électricité nécessaire à sa fabrication, ou le solaire par l'utilisation de terres rares. Or le taux de réduction de consommation d'énergie des appareils n'est pas suffisant pour compenser l'augmentation des consommations globales, le prix de l'énergie ne fera donc que monter, et c'est la raison pour laquelle la compétition pour le contrôle des sources d'énergie se renforce. La nature des choix à effectuer dans un tel contexte nécessite une approche globale, géopolitique et stratégique, très au-delà des considérations quelque peu infantiles de l'écologie actuelle, qui communique davantage sur le mode événementiel et bruyant, que sur la planification raisonnée d'allocations de ressources et de développement scientifique dont il est illusoire de penser pouvoir se passer. En résumé, on ne s’arrête pas au milieu d’un fleuve sinon on part à la dérive.

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