Agriculture et énergie

Écotaxe poids lourds / gaz de schiste : des parlementaires unanimes, mais des motivations très différentes

21 novembre 2013 • Philippe François

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En 2009, l'écotaxe poids lourds et une série d'autres mesures du Grenelle de l'environnement ont été votées dans l'euphorie par tous les parlementaires. Des décisions largement irresponsables puisque souvent non financées, mais un enthousiasme sympathique. En 2011, à l'approche des élections, le vote unanime des parlementaires contre les gaz de schiste s'est fait au contraire pour un médiocre calcul électoraliste. Résultat : cette mesure, impossible à défendre, comme l'a confirmé le rapport Gallois « Pacte pour la compétitivité de l'industrie française », embarrasse la majorité et l'opposition.

La compagnie américaine Chevron a signé mardi un accord de partage de production d'un montant de 7,4 milliards d'euros pour l'exploration et l'extraction de gaz de schiste en Ukraine. En janvier, une autre "major", Royal Dutch Shell, avait signé un accord de même type et d'un montant similaire pour l'exploration et l'exploitation du gisement de Iouzivska, dans l'est de l'Ukraine.
Avec l'exploitation du gaz de schiste, Kiev entend réduire ses importations de gaz naturel russe qui pèsent lourdement sur son économie.
L'accord avec Chevron prévoit un investissement initial de 350 millions de dollars de la compagnie américaine pour établir la viabilité commerciale des réserves du gisement d'Olesska, sur une superficie de 5.260 km2.
L'exploitation des deux gisements pourrait fournir à l'Ukraine 11 à 15 milliards de mètres cubes de gaz à un horizon de cinq ans, selon des projections du gouvernement (Source : Reuters, 5 novembre 2013 - Pavel Polityuk, Véronique Tison).
Lire le rapport joint de l'Assemblée nationale et du Sénat du 28 novembre 2013
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Les techniques alternatives à la fracturation hydraulique pour l'exploration

Un an avant l'élection présidentielle, le documentaire américain Gasland a enflammé l'opinion publique, confirmant le pouvoir de propagande des images, le manque d'esprit critique enseigné par l'Éducation nationale aux jeunes Français et le retrait des scientifiques sur leur Aventin. Trois ans plus tard, sept arguments subsistent pour tenter de justifier la position que les responsables politiques ont prise en 2011 contre les gaz de schiste :

  • Risque de pollution des nappes phréatiques

Les nappes phréatiques sont situées à quelques dizaines de mètres de profondeur, alors que le gaz de schiste se trouve à des kilomètres en dessous, très loin de l'eau [1].

Les canalisations nécessaires à l'exploitation du gaz de schiste (injection de l'eau sous pression, remontée du gaz) peuvent éventuellement traverser les nappes phréatiques qui seraient présentes, tout comme celles nécessaires à l'exploitation du pétrole. Ces nappes sont par ailleurs exploitées par de nombreux puits publics et privés pour les différents usages : eau potable, agriculture, géothermie. Elles reçoivent aussi par infiltration des polluants naturels provenant du sol, et artificiels produits par l'agriculture, l'industrie et les autres activités humaines. Une pollution regrettable mais qui n'a pas produit de sérieux problèmes en France. La qualité des tuyaux qui traverseraient les nappes phréatiques pour exploiter le gaz de schiste est bien contrôlable, et les conséquences d'une fuite toujours possible ne constituerait pas un accident écologique majeur.

  • Opposition systémique aux énergies fossiles

Une partie des opposants est simplement hostile à toute recherche de nouveaux gisements de pétrole, de gaz ou de charbon. Pour eux, toute découverte (et elles sont nombreuses dans le monde) s'apparente à une catastrophe. Si un geyser d'essence SP 98 surgissait dans un champ abandonné en France, leur proposition serait sans doute de demander à Red Adair de venir le colmater. Leur position est tout à fait cohérente, et les arguments qu'ils mettent en avant concernant les autres problèmes potentiels (consommation d'eau, pollution des nappes phréatiques, consommation de terres …) ne sont là que pour pouvoir vendre leurs choix aux Français.

  • Doute sur la quantité de gaz de schiste en France et le coût de son extraction

Un autre groupe met en avant les doutes qui existent sur la quantité de gaz de schiste disponible en France. Eux aussi ont raison : personne n'en sait rien, mais la seule façon de progresser est de faire des recherches. Interdire les expérimentations destinées à évaluer le potentiel de production constitue certainement la pire incohérence de la loi votée en 2011, une sorte d'injure contre l'esprit. En réalité, ces personnes craignent que des découvertes majeures démontrent les avantages que la France retirerait de l'exploitation de ces gisements.

  • Volonté de garder ce gaz pour « plus tard »

L'idée est de thésauriser cette ressource dans le coffre du sous-sol en attendant que son prix augmente. Une conception étrange de l'économie et du progrès alors que le coût de l'énergie importée pèse sur notre économie et contribue à augmenter le chômage en France. En réalité, probablement encore un prétexte pour ne rien faire. Dans une situation similaire, la Norvège exploite son pétrole mais s'assure que les impôts prélevés sont investis dans un fonds de réserve et de développement de l'économie. Une variante de cette position recommande de laisser les autres pays « essuyer les plâtres » avant de se lancer : une attitude frileuse, qui n'a jamais conduit à de brillants succès, très éloignée du « redressement productif ».

  • La consommation d'eau est excessive

Une fois utilisée, la quasi-totalité de cette eau ne disparaît pas de la surface de la terre mais est recyclable. Ce sujet ne pose pas de problème de principe, mais de rentabilité. Si les quantités d'eau sont trop importantes ou trop coûteuses, l'opération ne sera pas rentable et les investisseurs renonceront d'eux-mêmes à l'exploitation du gaz de schiste à cet endroit par cette technique.

  • Les polluants injectés à 3.000 mètres sous terre sont dangereux

Le rapport de l'Assemblée nationale du 4 mai 2011 indique que ces produits chimiques ne représentent que 0,5% des liquides injectés. La Chambre des représentants américaine a cité les benzène, toluène, ethylbenzène, xylène, qui sont sans doute à manipuler avec précaution. Mais où en serait notre société si les chercheurs et industriels, notamment français (Lavoisier, Curie, Héroult …), avaient renoncé à manipuler et utiliser des produits dangereux ?

  • Occupation de terrains au détriment de l'agriculture, des paysages et de la biodiversité

Si elle se concrétisait, la production de gaz de schiste aurait l'avantage d'être rentable contrairement à celle des centrales photovoltaïques ou d'éoliennes géantes qui présentent les mêmes inconvénients « esthétiques ».

Rapport Gallois Pacte pour la compétitivité de l'industrie française

Jean-Louis Beffa, ancien patron de Saint-Gobain, réputé proche de François Hollande

Obscurantismes énergétiques exemple l'exploitation des gaz de schiste. Si les réserves s'avéraient exploitables "dans le respect de l'environnement", cela permettrait d'améliorer de 25 milliards d'euros la balance commerciale de la France.

Conclusion

Depuis 2011, en seulement 3 ans, des progrès ont été faits dans toutes les techniques de recherche et d'extraction du gaz et du pétrole de schiste, réduisant les inconvénients ci-dessus. Dans son rapport du 15 novembre 2013, l'Académie de sciences recommande clairement de relancer la recherche de gaz de schiste en France.

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Académie des sciences : Éléments pour éclairer le débat sur les gaz de schiste

Aux États-Unis, le prix du gaz a été divisé par trois, l'industrie chimique est redevenue compétitive, la production de CO2 a baissé grâce au remplacement du charbon par ce gaz, la dépendance énergétique des États-Unis vis-à-vis des pays du Golf a été réduite et la production et l'emploi sont en croissance. Total, GDF Suez, Technip et d'autres entreprises françaises investissent dans le gaz de schiste aux États-Unis, Royaume-Uni, Argentine, Pologne, Danemark … .

Des inconvénients bien maîtrisés contre des emplois. Ne faudrait-il pas tenir compte de l'avis des 3 à 5 millions de chômeurs français et des jeunes qui quittent la France, plutôt que de l'opinion de ceux qui sont installés dans des emplois garantis à vie ? [2] Quel(le) responsable politique aura le courage d'admettre publiquement : je me suis trompé(e) ?.

Lire aussi les notes publiées par la Fondation iFRAP depuis avril 2011.

[1] Contrairement à l'image trompeuse ci-contre publiée par un groupe hostile au gaz de schiste

[2] En 2011, majorité et opposition avaient fait la course « à qui déposera l'interdiction des gaz de schistes le premier ». La majorité d'alors avait finalement gagné, votant sa loi interdisant la recherche et l'exploitation des gaz de schiste. Pour se démarquer, l'opposition d'alors avait voté contre… au prétexte qu'elle ne les interdisait pas suffisamment

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