Warren Buffet n'a pas investi dans Fret SNCF

06 novembre 2009 • Philippe François

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Quand Warren Buffet, cet anti-Madoff, ce gestionnaire légendaire investit 40 milliards $ dans le fret ferroviaire aux Etats-Unis, beaucoup y voient la justification du plan de 7 milliards € du gouvernement français dans cette activité en France. Attention.

La Burlington Nothern Santa Fé railway (BNSF) évoque les grands espaces de l'ouest et du sud des Etats-Unis, peut-être même les films de cow-boy pour certains. Mais il s'agit d'une entreprise. En 2008, son chiffre d'affaires était de 18 Mds $ et son bénéfice de 2 Mds $. La même année, le chiffre d'affaires de Fret SNCF était de 1,7 Md € et ses pertes de 350 M €. Un bénéfice de 10 % du CA d'un côté, une perte de 20 % de l'autre. Au rythme actuel (2009) des pertes de Fret SNCF, l'équivalent des 7 milliards d'investissement que l'Etat va consacrer au fret sera détruit en moins de 10 ans.

Pour survivre puis réussir, les chemins de fer américains se sont drastiquement réformés. D'après les données de la Federal Railroad Administration publiées par Le Monde, les sept plus importants opérateurs de fret représentant 90% du trafic ont, depuis 1990, réduit le nombre de salariés de 23% et la taille de leurs réseaux de 43%. Depuis 1980, leur productivité a augmenté de 93%. A Fret SNCF, la productivité a baissé sur la même période.

Une activité pourtant marginale

Cet investissement privé spectaculaire dans le fret ferroviaire américain a entrainé en France des commentaires enthousiastes sur ce « modèle » où le chemin de fer serait prépondérant par rapport à la route. En réalité, toujours d'après la Federal Railroad Administration, le chiffre d'affaires du fret ferroviaire ne représente que 57 Mds $ par an contre 680 Mds pour le fret routier. En poids transportés, les données sont très différentes, les chemins de fer remportant 40% du marché exprimé en Tonne x kilomètre.

La France et l'Europe ne sont pas les Etats-Unis

L'exemple de la BNSF et de Warren Buffet montre qu'une entreprise de fret ferroviaire n'est pas nécessairement en déficit si elle est gérée. On le savait déjà grâce à la Deutsche Bahn. Mais espérer, sur notre continent, un report massif du trafic camion sur le ferroviaire est illusoire. D'abord, les frontières nationales restent des espaces où une très grande partie des marchandises restent cantonnées. Ensuite, les chemins de fer américains transportent, sur de très grandes distances, des quantités considérables de minerais et de matières premières agricoles. Ces produits sont déchargés dans des ports français rarement situés à plus de 300 kilomètres de leur lieu d'utilisation. Enfin sur des distances de quelques centaines de kilomètres les coûts et délais de transbordement limitent considérablement l'intérêt du chemin de fer.

En résumé

1) il n'existe aucun risque que Warren Buffet veuille investir dans Fret SNCF tel qu'il est actuellement organisé et géré.

2) la rentabilité des investissements dans le fret ferroviaire en France devrait être soigneusement évaluée avant le lancement de chantiers pharaoniques. Les autoroutes ferroviaires et maritimes actuelles ne survivent que grâce à des subventions massives. C'est mauvais signe alors que seuls les meilleurs créneaux sont exploités.

Commentaires

  • Par alfred • Posté le 19/12/2009 à 11:14 En Europe, il a la libre circulation des biens.

    Ce n'est pas parce qu'on ne sait pas faire qu'il faut critiquer les Etats-Unis. Il n'y a pas de transport de marchandises de la Pologne ou Russie vers l'Italie, Espagne, Portugal.

    Et au lieu de critiquer à tout va, il vaudrait mieux se retrousser les manches.
  • Par Le gargaillou • Posté le 13/11/2009 à 22:26 L'une des motivations de W. Buffett en investissant dans Burlington Northern est que le fret ferroviaire va dans l'avenir devenir encore plus compétitif face au transport routier, l'impact de l'augmentation du prix du pétrole étant 4 fois plus fort pour les routiers (selon ses propres mots).

    Ceci est aussi valable en Europe dans une certaine mesure.

    Par ailleurs les 7 mds € d'investissements annoncés par le gouvernement sont destinés aux infrastructures donc à RFF et non à la SNCF. Les acteurs qui commencent à concurrencer sérieusement Fret SNCF (Euro Cargo Rail, Véolia Transport,...) en bénéficieront au moins autant que la SNCF. Cela va rendre le marché plus attractif et donc encore plus sujet à la concurrence au dépens de Fret SNCF, pour le plus grand bénéfice des entreprises clientes.
  • Par CL • Posté le 10/11/2009 à 16:09 Le management actuel de fret-SNCF qui a concocté le plan de relance fret est le même qui est responsable de la situation actuelle.

    Comment dans un pays comme le nôtre une telle situation peut-elle être acceptée ?
    Interrogeons-nous sur les conditions de nomination des secrétaires d'Etat aux Transports pour commencer.

    Interrogeons-nous sur le réel pouvoir des dits secrétaires d'Etat aux Transports face aux oligarchies qui dirigent les entreprises publiques d'une part mais aussi les administrations (le cas récent de la DGAC est significatif, on demande un rapport sous 24h00 alors que la situation était connue comme le loup blanc )

    Interrogeons-nous sur leur pouvoir face aux décisions prises par les Régions ?
    Lors d'un dernier colloque fret ferroviaire auquel était convié Mr Bussereau, son absence de dernière minute a été justifiée... par son départ en Chine par le premier avion pour expliquer aux dirigeants chinois que malgré les grèves à répétition dans les ports français, ceux-ci plus que jamais demeuraient compétitifs.

    Pour une telle tâche, Mr Gayssot aurait fait un excellent chargé de mission.

    Il est parfaitement exact de dire que Fret SNCF ne reflète en rien le fret ferroviaire mais la pensée unique telle que nous la connaissons en France en matière de transport et que le Gouvernement actuel conforte devient à ce point sinistre que les générations futures de transporteurs et logisticiens ne devront leur salut que par l'exil chez nos voisins.
  • Par hledémocrate • Posté le 08/11/2009 à 12:27 Selon ma propre expérience, j'ai pratiqué les transports de pondéreux par rail, l'utilisation de la SNCF est très difficile et même souvent impossible. COUTS DE TRANSPORT DOUBLE de celui de la route sur des distances d'environ 300 KM par trains complets (1200 tonnes) pour des quantités de 100.000 tonnes ou plus. Fiabilité très douteuse sur des trains complets (3 à 10 trains/jour) : pas d'arrivée à l'heure, perte de trains !!, perte de wagons, retour de train vide au lieu de plein!! des anomalies incroyables et invivables pour une industrie qui doit livrer ses clients. UNE affaire a été traitée avec Deutsche Bahn qui a subi de nombreuses gênes et brimades techniques par les exploitants SNCF des voies ; DB ne veut plus revenir.

    Et ce ne sont que de petites histoires, il faudrait des pages pour tout raconter. Les cheminots s'en foutent mais il ne faut surtout pas leur dire..... Nous devons trouver des hommes politiques munis de beaucoup de courage et de témérité pour responsabiliser la SNCF et la transformer en entreprise de droit privé.

    Mais attention les cheminots pourraient se désespérer !