Retraite

Retraites : les revenus du capital vont payer plus que les salaires

Ne pas confondre le « pourcentage » et le « point »

23 juin 2010 • Bertrand Nouel

arton11673.jpg

Dix hausses d'impôts pesant sur les hauts revenus (410 millions attendus), sur les revenus du capital (1,090 milliard), et sur les ménages (1,5 milliard), sans compter 2,2 milliards payés par les entreprises. En tout 3,7 milliards dès 2011 suivant le ministère du Travail. Comparé aux dizaines de milliards de déficits des différents régimes de retraites, cela fait peu, et cette comparaison alimente les critiques venant de la gauche sur le caractère prétendument injuste des contributions. Critiques qui procèdent d'une parfaite mauvaise foi car, en réalité, les revenus du capital vont payer plus en valeur relative que les salaires pour financer la retraite.

Tout d'abord, par principe, le financement des retraites n'a pas à provenir des revenus autres que ceux du travail. Ce financement est contributif, et donc ce sont les revenus du travail qui doivent l'assurer. Les autres revenus ont assez à faire avec le financement des dépenses de l'Etat. On ne prête pas assez attention, pour le dénoncer, au glissement intellectuel qui consiste à partir du principe que les revenus du capital en particulier devraient participer au financement des retraites.

Ensuite, les revenus du capital vont participer, en pourcentage de l'assiette, davantage que les revenus du travail ! C'est que revenus du travail et revenus du capital se situent sur des échelles totalement différentes : la masse salariale française se monte à 1000 Mds € tandis que les revenus du capital ne dépassent pas 130 Mds.

D'autre part, le raisonnement par « point » est trompeur. Lorsqu'on dit que quatre impôts sont augmentés d'un point, soit un pour cent, ce point n'a de signification que par rapport à l'imposition existante. Voici ce qu'il en est :

- Prélèvements sur les plus-values de cessions mobilières : passant de 18 à 19%, la hausse est de 5,5%
- Prélèvement forfaitaire libératoire sur les dividendes et intérêts [1] : passant de 18 à 19%, la hausse est de 5,5%
- Plus values de cessions immobilières : passant de 16 à 17%, hausse de 6,2%

- Taux marginal de l'impôt sur le revenu : passant de 40 à 41%, hausse de 2,5%

- Suppression du crédit d'impôt sur les dividendes : 645 millions

- Imposition des plus-values de cession de valeurs mobilières dès le premier euro : 180 millions.

Pour autant que cette comparaison ait un sens, mais elle est faite par syndicats et partis de gauche, une augmentation de deux ans de l'âge légal de départ à la retraite revient à demander aux salariés de travailler en moyenne environ 4,7% plus longtemps.

Ce ne sont pas les « riches » qui sont atteints dans les exemples que nous avons cités. Ce sont les revenus du capital, pourtant facteur important de ressources pour beaucoup de retraités, qui sont devenus la vache à lait. Certains trouveraient apparemment normal de traire cette vache complètement.

Qui va bénéficier des nouvelles ressources ?

Les différentes mesures présentées la semaine dernière par le ministre Eric Woerth ont vocation à redresser la situation du régime général et du régime de retraites des fonctionnaires et autres régimes spéciaux.

Il est remarquable que les complémentaires ARRCO/AGIRC ne soient jamais mentionnées. Les nouveaux prélèvements semblent uniquement réservés au renflouement de la CNAV, et des retraites des régimes spéciaux par le biais du budget de l'Etat et des Collectivités Locales.
Pour le moment, l'ARRCO et l'AGIRC baissent le rendement des points acquis en fonction de la situation du marché du travail et de l'espérance de vie. Ce système par points a montré qu'il était plus responsable qu'un système à prestations définies comme la CNAV ou le régime de la fonction publique qui garantit le montant des pensions par le budget de l'Etat ou le déficit. Si l'attitude des partenaires sociaux qui gèrent l'ARRCO/AGIRC est méritoire, ce n'est pas une raison pour les oublier mais plutôt pour les imiter en remplaçant tous les autres régimes par un système par points.

[1] Dans ces deux cas, les revenus sont aussi imposés à la CSG/CRDS au taux de 12,1%, dont 1,1% au titre du RSA, donc maintenant 31,1% au total. Il y a trois ans, l'imposition globale était de 16+11=27%, soit une hausse d'environ 15%.

Commentaires

  • Par michelazur • Posté le 13/07/2010 à 19:07 Cela fait trente ans que l'on sait qu'il y aura problèmes sur les retraites. En tant que fourmi j'ai économisé et placé en assurance-vie pour avoir un complément de retraite. Aujourd'hui, on veut me prendre tout le revenu du capital, c'est l'intention, donc une retraite personnelle qui représente 30% de ma retraite actuelle. C'est un véritable scandale qui n'est jamais dénoncé, une spoliation pure et simple. Je suis donc d'accord avec cet article qui montre bien ce qu'il en est et c'est rare. Tous les retraités n'ont pas une fortune immobilière! Je ne suis même pas propriétaire. J'arrête là car je suis écœuré.
  • Par Pierre Allemand • Posté le 29/06/2010 à 10:02 Nos bonnes âmes gouvernementales, par mimétisme, lorsqu'elles parlent de la réforme des retraites, commencent invariablement leur discours par la sempiternelle remarque liminaire : "il faut sauver le soldat RPR"(retraite par répartition). Capitalisation ? jamais ! c'est trop risqué !

    Pourtant, c'est bien vers la capitalisation qu'elles se dirigent. En effet, l'impôt qu'elles proposent pour son financement, sur les revenus du capital, est bel et bien un prélèvement fondé sur une capitalisation ! Et le risque, bien entendu, va avec. Il n'y a que la liberté de modifier les placements qu'ils n'auront pas. Autrement dit : les inconvénients de la capitalisation (risques) et pas les avantages (liberté du placement). On ne saurait être plus stupide...
  • Par PhG • Posté le 24/06/2010 à 17:56 Je n'ose pas écrire plan de rigueur, politiquement incorrect , mais surtout FAUX, et de plus imbécile: il pèsera sur l'investissement donc sur les entreprises.
    Pendant ce temps les Britanniques s'attaquent directement à la dépense publique et prêtent la plus grande attention à préserver l'activité privée, donc l'emploi.
    Mais ils ne sont pas affligés d'une Martine Aubry avec son parti socialiste
  • Par EV • Posté le 24/06/2010 à 17:35 Cher Ami,

    Ton étude est parfaite à un détail près c'est qu'en général les portefeuilles des petits épargnants tout comme celui des retraités provient essentiellement d'économies faites à partir de salaires ou de revenus professionnels, qui ont déjà subi un prélèvement pour les retraites!!!!

    D'autre part pour les primes de la fonction publique, nombreuses sont celles qui sont payées en espèces et qui ne supportent pas l'impôt sur le revenu!!! Avec possibilité de souscrir à PREFOND fond commun de placement, primes déductibles de l'impôt sur le revenu!

    Chercher la différence!!!

    Merci de votre travail collectif !

    Amitiés Eric V

Fermer

Newsletter

Inscrivez-vous à la lettre d'information hebdomadaire de la Fondation iFRAP.

Recevez chaque semaine notre lettre d'information pour vous tenir au courant de l'activité et des travaux de la Fondation iFRAP.