Retraite

Retraite des instituteurs et professeurs des écoles

Quand la réforme des retraites révèle des injustices

05 juillet 2010 • Philippe François

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En fouillant la terre, les paléontologues font remonter au jour des vestiges oubliés de nos origines. En grattant superficiellement les régimes de retraite, la réforme actuelle remet en lumière des strates bien cachées des régimes spéciaux. Celui des instituteurs par exemple.

De toutes les catégories sociales, les instituteurs ont longtemps bénéficié de l'espérance de vie à 60 ans la plus longue. C'est sans doute encore le cas, mais l'INSEE ne publie malheureusement plus cette statistique. Curieusement, c'était aussi la catégorie intellectuelle qui partait en retraite le plus tôt, dès 55 ans. Entré(e)s à l'école normale d'instituteurs à 20 ans, ces fonctionnaires travaillaient 35 ans et bénéficiaient d'une durée de retraite presque équivalente.

La création des Professeurs des écoles

Beaucoup d'observateurs croyaient naïvement que la réforme de 1989 avait mis un terme à cette situation choquante. Les « Instituteurs » étaient devenus « Professeurs des écoles » et en échange de ce nouveau grade et des avantages financiers associés, avaient renoncé à la retraite à 55 ans. C'était le cas pour les nouveaux embauchés et pour une partie des personnels en place au moment de la réforme. On pensait bien que quelques dizaines d'instituteurs ancienne formule partaient encore chaque année en retraite à 55 ans, mais la réforme de 2010 met en lumière qu'ils sont encore 30.000 à 50.000 selon les syndicats qui pourront bénéficier de cet avantage. Ceux déjà en place avant 1989 avaient la possibilité d'attendre 15 ans d'ancienneté pour choisir de devenir professeurs des écoles et bénéficier des deux avantages : le nouveau grade et la retraite à 55 ans.

Des régimes normaux pour des salariés normaux

Aucun reproche formel ne peut être fait à ces enseignants. Mais comment les syndicats peuvent-ils dénoncer la pénibilité de certains métiers et les écarts de durée de vie qui en découlent tout en soutenant le départ à 55 ans des instituteurs ? Entre un maçon qui prend sa retraite à 60 ans et un instituteur qui part à 55 ans, l'écart de durée de vie à la retraite n'est pas dans la moyenne générale de 5 à 7 ans, mais il est de 15 ans.

A peine la réforme de 2010 annoncée, les instituteurs exigent, sans manifester la moindre gêne, de continuer de partir à 55 ans. Cela n'étonne personne, mais c'est un bon révélateur : même les groupes de personnes qui se proclament les plus « dévouées au service public et à l'intérêt général » défendent âprement leurs intérêts personnels les moins justifiés. C'est sans doute une réaction humaine normale, mais cela confirme que ces groupes doivent être traités de façon normale et alignés sur le régime commun à tous les Français.

Commentaires

  • Par Persifleur • Posté le Le 13/04/2012 à 17:40 Il va de soi, qu'en ne retenant que le seul critère de l'espérance de vie, vous écartez toute possibilité de débat... Je vous invite à exercer ce métier ne serait-ce qu'un mois, pour mesurer la charge de travail qui en découle, la fatigue mentale spécifique à cette profession, et l'energie de chaque instant qu'elle réclame... Ce métier est particulièrement usant, et je ne suis pas enthousiaste à l'idée que mes enfants aient des enseignants de plus de 60 ans ! Il est donc logique et légitime de poser cette question... Il est moins question de partir plus tôt que d'avoir la possibilité d'exercer une autre profession (valorisante) en fin de carrière... Quid des perspectives de carrière dans l'éducation nationale ?
  • Par marceau • Posté le Le 06/01/2011 à 11:01 Une institutrice retraitée de 95 ans qui perçoit une pension de 2390 euros, c'est peut-être possible mais soit avec l' ajout d' une reversion ou soit avec l' aide d' une complémentaire conséquente.Instituteur retraité depuis dix ans, je perçois 1800 euros de pension!
  • Par E.M • Posté le Le 17/11/2010 à 20:47 Les retraites (cumulables) des députés, sénateurs ont-elles fait aussi l'objet de votre critique qu'IFRAP seulement les instits ? Ils n'auraient pas un métier pénible : Faites le en ZEP, vous verrez.

    Chez les instits et prof d'école, les femmes sont majoritaires (privé (90 %), public (79 %).=> Démontrez donc que l'espérance de vie plus longue est liée à uniquement à votre préjugé de non pénibilité de la profession et pas au sexe (% institutrices) SVP ! Là votre argumentaire sera un peu plus consistant et objectif.

    PS : Si je pars à 55ans, j'ai 1200euros brut de retraite avec la décote qui est déjà appliquée depuis plusieurs années aux fonctionnaires. Ma retraite à taux plein (75%), c'est seulement à l'âge de 64 ans et 42,5 annuités (si cela ne change pas encore d'ici là), pas à 55 ans monsieur. Vous oubliez d'expliquer ce "détail" ! Je suis ancien instit devenu P.E, sans reconstitution de carrière (une injustice qui a fait gagner de l'argent à l'état : même métier mais salaires différents).
  • Par Tontonk100d • Posté le Le 09/11/2010 à 01:52 Il n’y a rien de caché dans le régime des instituteurs, chacun peut se renseigner, il faut toutefois se renseigner «complètement» et non s’arrêter aux seuls «avantages». Les représentants des fonctionnaires négocient avec l’Etat. L’âge de départ à la retraite fait partie des négociations. Pourquoi les enseignants restés plus de quinze ans dans le corps des instituteurs conservent-ils la retraite à 55 ans (en réalité 57 ans après la «réforme» Woertz)?

    Le report de l’âge de la retraite à 60 ans pour les professeurs des écoles a pour compensation une revalorisation salariale. C’est vrai pour les fonctionnaires entrés par concours dans le corps des écoles. On sait qu’on devient professeur des écoles par un concours externe au niveau licence, ou par un concours interne avec peu de places disponibles (je connais des maîtres-formateurs chevronnés qui y ont échoué plusieurs fois!) Il n’a donc pas été permis à tous les instituteurs, loin de là d’entrer dans ce corps, ce qui explique qu’il en reste encore plus de 30 000. Il a existé certes une intégration directe, sans passer par le concours mais à l’ancienneté. Elle a longtemps été réservée aux personnes ayant atteint le dernier échelon du corps des instituteurs. Aujourd’hui, pratiquement tous les instituteurs pourraient être intégrés. Mais cette intégration à l’ancienneté ne permet pas une revalorisation immédiate, elle ouvre seulement la possibilité de franchir de nouveaux échelons à condition bien sûr de ne pas prendre sa retraite avant. En partant à 55 ans les instituteurs devenus professeurs des écoles renoncent à accéder à des indices plus élevés. Avoir accédé au «nouveau grade» n’aura guère présenté d'avantage pour eux. Ils ne se pressent donc pas pour en faire la demande! Bien sûr, ils auraient la possibilité de prendre leur retraite plus tardivement mais curieusement, ils sont peu nombreux à le faire.

    C’est que la pénibilité du métier d’enseignant est réelle, l’usure nerveuse est réelle, au bout de quarante ans même si elle ne se traduit pas par une surmortalité… il est difficile à des personnes de plus de soixante ans de rester proche des élèves, qui, je le rappelle, ont de deux à onze ans dans les écoles primaires. Au demeurant, s’il fallait tenir compte de l'espérance de vie, les femmes prendraient leur retraite sept ans après les hommes, les cadres six ans après les ouvriers, et les fumeurs dix-huit ans avant les non fumeurs!

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