Retraite

Comparatif des réformes des retraites en Europe

Pays scandinaves - Une autre approche de la pénibilité

18 mai 2010 • Sandrine Gorreri

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C'est un fait, l'espérance de vie à la retraite des ouvriers est inférieure à celle des cadres. C'est donc bien ce critère qui doit guider le débat sur la pénibilité. Mais cela signifie-t-il pour autant que la pénibilité doit guider le débat sur l'âge du départ en retraite ? Ce n'est pas, en tout cas, la voie qu'ont choisie les pays scandinaves... et c'est probablement ce qui leur permet d'afficher l'un des meilleurs taux d'emploi des seniors au sein de l'OCDE.

Que ce soit en Suède, au Danemark, en Finlande ou aux Pays-Bas, l'approche nordique de la pénibilité n'en fait pas porter la charge en effet sur la collectivité. Comme partout ailleurs, certains métiers y sont à l'évidence plus usants que d'autres, mais cette caractéristique (qu'il serait d'ailleurs abusif de généraliser à tous ceux qui les exercent) n'ouvre pas droit à une retraite anticipée automatique. C'est aux employeurs qu'il appartient de la prendre en compte, au cas par cas, et tout au long des carrières, en aménageant les postes de travail, en améliorant la formation et la mobilité des plus exposés, ou en leur proposant d'exercer leurs fonctions à temps partiel tout en continuant à cotiser. C'est peut être pour cela que le taux d'activité global des Suédois est parmi les plus élevés, à 73%.

Aux Pays-Bas, des mesures actives ont été étudiées pour protéger les salariés dont les fonctions sont les plus pénibles, et leur permettre du même coup d'avoir plus facilement des carrières longues : reclassement dans des postes plus légers pour les salariés ayant occupé pendant 30 ans un métier pénible, obligation de rédiger un certificat précisant la durée d'un emploi pénible à l'issue de chaque contrat de travail, fixation d'un plafond de salaire qui permet de repérer automatiquement 90% des emplois à forte pénibilité. En Finlande, la formation continue est combinée à l'incitation à l'allongement de l'activité. Et d'autres pays ont envisagé cette question sous l'angle de pensions d'invalidité, qui reviennent à la prendre en compte de façon encore plus individuelle.

Autant de mesures qui ont amélioré le sort des salariés, ainsi que leur taux d'emploi, tout en permettant de contourner la difficulté d'un débat sur la pénibilité, aussi difficile à définir qu'à indemniser, ainsi que semble le prouver la façon dont ce débat piétine en France, depuis des années.

Cet article a été publié dans un dossier spécial "Comparatif des réformes des retraites en Europe" du Figaro Magazine du 15 mai 2010


Commentaires

  • Par Papyrus • Posté le 28/05/2010 à 20:02 Le jacobinisme de l'hyperEtat de l'hyperPrésident, dont le corollaire est la crispation des syndicats sur des "acquis sociaux" devenus suicidaires, est décidément d'une grande rigidité destructrice de créativité.

    Réduire le débat à un âge légal de départ à 60 ou 61 ans 2 mois et 3 jours a-t-il un sens devant l'extrême diversité des situations ?

    Est-il juste de reculer l'âge de départ de quelqu'un qui, débutant tôt sa période d'activité, se verrait contraint de travailler plus longtemps que d'autres ?

    A l'inverse, l'emploi des seniors serait grandement amélioré par l'adaptation de leur poste de travail et/ou des temps partiels (avec retraite partielle ?) qui diminueraient la pénibilité, leur permettraient de prolonger leur période d'activité et pourraient les intégrer dans la transmission des compétences aux jeunes générations, sans trop les pénaliser financièrement.

    Bien sûr, il faut un canevas légal, mais sortons du piège de la confiscation étatique du contrat social et réintégrons la question de la retraite (ou de la réduction progressive d'activité) dans le plan de carrière et son évolution personnalisée...

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