Retraite

Les jeunes face à la réforme des retraites

Ou comment se tirer une balle dans le pied

29 septembre 2010 • Bertrand Nouel

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Avec la rentrée, voici, timidement encore, mais que nous réservent les prochaines semaines ?, lycéens et universitaires qui se mêlent aux manifestations contre la réforme des retraites. Et voici l'UNEF qui avance ses pions. Il n'existe pas pour les jeunes meilleur moyen pour se tirer une balle dans le pied.

Le désagrément éventuel que causera aux jeunes la retraite à 62 au lieu de 60 ans ne les touchera par définition que dans 45 voire 50 ans. D'ici là beaucoup d'eau aura coulé sous les ponts, beaucoup de nouvelles réformes seront intervenues au gré de beaucoup de majorités politiques qui se succéderont, et qui peut sérieusement imaginer ce que sera l'état du monde dans un demi-siècle ? Il est évident que la situation n'aura de toutes façons rien de commun avec ce qu'elle est actuellement et que les deux années supplémentaires que prévoit la réforme n'est en rien annonciatrice de ce qui se passera dans 50 ans.

En revanche, il est sûr que si la réforme voulue par le gouvernement n'entre pas en vigueur et que l'âge de la retraite reste à 60 ans, nos jeunes en supporteront les conséquences dès qu'ils entreront dans la vie active. Car, le système de retraite par répartition étant ce qu'il est en France - les actifs d'aujourd'hui payant pour les retraités d'aujourd'hui –, ils devront immédiatement et toujours par définition prendre en charge le paiement des pensions d'un nombre accru de retraités.

Cela se traduira immanquablement par une augmentation des cotisations (solution préconisée par les syndicats), ainsi que par une plus forte augmentation des prélèvements sur le capital (solution préconisée par le PS), c'est-à-dire sur leur futur bas de laine [1]. C'est alors que le système par répartition se transformera pour de vrai en système de retraite par capitalisation, à cette différence près que le capital ne restera pas acquis à ceux qui l'auront constitué, mais profitera à d'autres, à savoir les retraités de l'époque. Cela commence déjà à être le cas.

Voilà une constatation qui devrait quand même être à la portée de nos jeunes des lycées et universités.

A moins de mettre la participation des jeunes sur le compte du côté festif des manifestations, illustré par exemple cette semaine par des banderoles affichant « les retraites, on s'en fout, nous, on veut pas travailler du tout ». En voilà qui ont tout compris. Mais la difficulté reste de donner satisfaction à cette revendication…

Trêve de plaisanterie direz-vous. Mais l'UNEF ne fait guère mieux : sa revendication consiste, non seulement à abandonner la réforme, mais à « valider les années d'études dans le calcul des annuités ouvrant droit à la retraite ». Avec une durée moyenne de quatre années d'études supérieures (Sénat, rapport Bourdin 2008), la réforme selon l'UNEF consisterait donc à abaisser d'autant la durée de cotisation… au profit exclusif d'ailleurs de ceux qui ont fait des études supérieures !

Face à une telle surenchère, on comprend que même les syndicats, voire le PS qui préconise, non pas un abaissement mais au contraire une augmentation de cette durée de cotisation, se posent la question de l'opportunité d'accueillir les étudiants dans les rangs des manifestants.

[1] Ne nous trompons pas, ce ne sont pas les stock-options et autres avantages des plus favorisés qui suffiront à combler le déficit, mais bien le capital des classes moyennes, assurance-vie et autres, qui sera mis à contribution.

Commentaires

  • Par Bertrand Nouel • Posté le 03/10/2010 à 19:29 J'ai aussi personnellement été choqué par le nombre de jeunes de moins de dix ans que les parents poussaient devant eux avec des pancartes (d'ailleurs souvent stupides). C'est un vrai abus de la part des parents.
  • Par Navarre • Posté le 03/10/2010 à 19:29 Quelques remarques :

    - on va remettre l'affaire sur le tapis en 2018. Sont donc concernés aujourd'hui les gens qui partiront à la retraite dans les prochaines années. Ils ne sont pas jeunes...

    - comme vous dites, d'ici à leur retraite, il aura coulé de l'eau sous les ponts...

    - moins il y aura de retraités, mieux ils s'en porteront...

    - l'UNEF a toujours fait sa tambouille à part, de préférence en crachant dans la soupe des autres et dans la leur...

    - il est scandaleux d'instrumentaliser de jeunes qui n'y comprennent rien et se foutent royalement des raisons de manifester ; pouvu qu'on n'ait pas cours, surtout quand il fait beau...

    - combien de poussettes, dans les derniers défilés ?

    - pour que le peuple, qui est "bête à manger du foin" (Voltaire) comprenne, il faut bien simplifier l'info, alors on simplifie et on en profite pour désinformer...

    - on n'est pas dans la m....
  • Par Briscard • Posté le 01/10/2010 à 03:27 Vous trouvez aberrante la proposition de l’UNEF de « valider les années d’études dans le calcul des annuités ouvrant droit à la retraite » ; ce n’est pas cela qui serait anormal, Les études se poursuivent le plus souvent au-delà de 20 ans et c’est du travail, ceux qui ont suivi une classe préparatoire ou des études sérieuses le savent ! Il faut noter que les élèves de Normale, de Polytechnique,… sont rémunérés et que de ce fait, leurs années d’études sont comptabilisées. Ainsi, les autres étudiants ne sont pas rémunérés et doivent prendre leur retraite trois ans plus tard que ces privilégiés.

    Bien entendu, cette généralisation n’est pas envisageable, et il faut chercher ailleurs l’erreur de cette proposition.

    Elle tient dans le fait que le système actuel de retraite donne un double rôle ‘aux années de cotisation’ ou plus exactement aux années validées, à la fois pour fixer le montant de la retraite (oui, à la rigueur), et pour déterminer l'âge de départ à la retraite (ce qui est abscons).

    Il faudrait instaurer un système par points avec la liberté (mot absent du projet et chez ses opposants !) de prendre sa retraite lorsqu’on le désire, les points acquis étant affectés d’un coefficient fonction de l’âge atteint au moment du départ en retraite.
  • Par gele • Posté le 30/09/2010 à 23:53 Dur dur: Après la mini réforme des retraites, la pérennité du système n'est même pas assuré. De plus cette réformette risque de mécontenter, les syndicats, les partis de gauche, les salariés du privé et du public, les entreprises, les "riches" la droite libéral etc. tous déçus! Tout ça pour ça ? la rigueur en 2012 ?
    L'incompréhension face à des mesures justes et attendues car logiques qui s'exprime sur ce forum en dit long sur l'incapacité de la France à avancer sur le chemin très étroit de la réforme vitale.
    Cela fait des années que les prélèvements, des impôts et les taxes toujours plus élevées financent un système social à bout de souffle et qui doit faire face à toujours plus d'exigence ! Il fallait bien qu'un jour l'on dise "stop".
    Ce moment est arrivé et les Français vont apprendre ce que le mot "rigueur" signifie, car cette rigueur s'installe pour de nombreuses années. Retraites, Sécurité sociale, déficit du budget, réduction de notre dette. En 3 ans? dont 45 milliards de diminutions de dépenses et 55 milliards de recettes supplémentaires) en fait 55 milliards d'augmentation des impôts !
    Il va falloir maintenant payer les reformes coûteuses comme la retraite à 60 ans qui, enfin, va disparaître, les 35 heures bientôt, les congés payés extravagants demain j'espère, et, plus généralement, combattre un état d'esprit général prompt à l'amusement plutôt qu'au travail.
    Pour nos syndicats, nos partis de gauche, le problème du financement des retraites est simple.
    Ya ka: résoudre le chômage en France ! De 10 % à 1 %

    Ya ka: résoudre l'emploi des seniors ! Par la pré retraite à 55 ans

    Ya ka: résoudre le chômage des jeunes ! Par un salaire étudiant de 18 à 28 ans

    Ya ka: décréter la croissance ! De 5 %

    Ya ka: taxer encore plus les entreprises ! De 30 % a 50 %

    Ya ka: faire payer les banques et les spéculateurs

    Ya ka: taxer le "capital" et les riches ! Jusqu'à 90 %

    Ya ka: interdire les délocalisations ! Par la saisie des actifs

    Ya ka: augmenter les salaires ! Donc plus de cotisations. Smig à 2000 euros

    Ya ka: taxer les exilés fiscaux ! Les déchoir de la nationalité française

    Ya ka: aligner: le privé sur les régimes spéciaux ! Plus 100 % pour le privé !

    Ya ka: bonifier de 5 ans 80 % des retraités pour travaux pénibles!

    Ya ka: fermer les frontières! Uniquement pour les marchandises…..

    Ya ka : valider les année d’études dans les droits acquis. UNEF !

    Ya ka: liste non exhaustive……………
    Par le règlement de ces petits détails, le problème du financement des retraites est donc résolu.
    C’est pour rire !

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