Reprise pour une année critique

03 septembre 2008 • Bernard Zimmern

Ce début septembre apparaît comme le début d'une année 2008-2009 qui va être critique.

Non pas à cause de la crise économique ; celle-ci n'est pas entièrement derrière nous, de grosses pertes seront encore à enregistrer dans le domaine bancaire et hypothécaire mais les craintes d'une récession s'éloignent. Le PIB américain continue de croître et simultanément la productivité américaine s'améliore vigoureusement ce qui peut laisser augurer un tassement de l'inflation. Celle-ci par contre risque encore de sévir fortement dans les pays en voie de développement qui continuent d'entasser des dollars, conséquences du déficit américain de la balance des comptes.

Ce qui rend cette année critique est un problème franco-français dont plus personne ne parle : les 5 à 7 millions d'emplois manquant dans le secteur marchand qui assurent à la France non seulement l'un des plus faibles taux d'emploi de la population active des démocraties occidentales mais vont signer, à terme, l'échec du gouvernement Sarkozy. Avec un tel sous-emploi, qui représente près de 300 milliards de PIB manquant et un bon 100 milliards de prélèvements obligatoires absents, il est pratiquement impossible à n'importe quel gouvernement de boucler un budget en équilibre, a fortiori de réduire la dette.

Or, finalement très peu de mesures ont été prises par le gouvernement pour faire face à ce problème majeur. On ne peut espérer aucun redémarrage en profondeur de l'emploi sans une croissance forte des Business Angels, seuls capables de financer le démarrage de « gazelles » qui ne soient pas atteintes de nanisme. Or si ISF-TEPA va aider au développement du capital-risque, qui lui, opère en aval, elle va faire très peu pour les « gros »Business Angels, ceux qui investissent plus de 150.000 euros par an, représentant plus de 80% de l'investissement Angels, car le plafond d'exonération ISF-TEPA de 50.000 euros est trop bas.

L'iFRAP est heureux que la loi LME ait introduit la Subchapter S dans le droit français mais ses effets se feront sentir à 20 ans. Il nous faut agir plus vite et tenter de multiplier par 5 à 10 les « gros » Angels en copiant l'EIS anglais qui leur a si bien réussi : multiplier par 5 le plafond de l'avantage Madelin et concentrer la mesure fiscale sur les entreprises de moins de 10 millions de total de bilan, qui sont les seules qui manquent réellement de capitaux. C'est ce qu'il nous faut obtenir avec l'argument fort que cette mesure ne coûtera rien au Trésor mais lui rapportera dès le début.

Et si les cieux sont avec nous, on peut aussi rêver de voir les propositions de Maître B.Nouel - et d'Attali - sur le licenciement mises à exécution et créer en 3 ans 2 millions d'emplois de plus. On peut aussi rêver de voir le Parlement s'emparer enfin du contrôle de la dépense publique. Mais si on peut rêver en écrivant un roman, a-t-on le droit de rêver en politique ?

Commentaires

  • Par Jean-Paul D • Posté le 04/09/2008 à 16:21 Cher Monsieur,
    A l'heure où la plupart des commentateurs de l'action du gouvernement sont tournés vers la mise en oeuvre du RSA, son objectif, ses effets sur l'économie française, jusqu'à son financement..., on ne peut dire que ce gouvernement n'a à peu près rien fait pour remettre les gens au travail et faciliter la création d'emploi.
    Une autre chose est d'apprécier la portée véritable de cet ensemble de mesures dont l'ampleur n'a pas d'équivalent depuis trente ans, en termes financiers.

    Nous verrons dans les faits si cet arsenal portera les effets escomptés ou non.

    Quant à la création et la promotion des petites et nouvelles entreprises, les "gazelles", par les "business angels", il n'est pas question d'en minimiser la portée mais plus esentiel, à mon sens est de changer les mentalités françaises quant aux vertus réelles de l'entreprise et du marché (la "social marktwitrschaft" allemande) et transformer l'attitude méprisante de bien des fonctionnaires de nos administrations envers le monde de l'entreprise et de ses responsables sans cesse critiqués et dévalués, notamment par l'administration fiscale et les administration chargées de prélever les cotisations sociales...

    Il y a bien du travail à faire pour réhabiliter simplement la libre entreprise qui, avec l'ensemble du "secteur marchand" fait vivre tous nos fonctionnaires pourtant prompts à se plaindre.
    Des gazelles pour les enreprises, oui bien sûr mais en finir avec les mamouths dans l'Administration... qui les écrasent.
    Ne doit-on pas commencer par exiger un audit général de fonctionnement de nos administrations, une révision au plus haut niveau des politiques publiques, et de la façon dont elles sont exécutées, bref de l'efficacité de 1 euro dépensé par l'Etat et les collectivités locales ?

    Merci de vos commentaires.
    Salutations distinguées
  • Par jcd • Posté le 04/09/2008 à 10:50 Cela fait 30 ans que la France tente l'économie non-productive dans laquelle le mot productivité serait banni, voire suprimé de la langue française... une sorte de "plus jamais germinal"...

    Les médias, les cinéastes et nos intellectuels nous ont dégoutés de produire en nous expliquant et en nous démontrant que : produire = souffrir !!!!

    Les producteurs sont donc allés produire hors de nos frontières : les ferons-nous revenir ????? Comment et quand ????? C'est tout l'enjeu de la rentrée pour N.S et son équipe !!!
    Au point où nous en sommes, tous les moyens seront bons :
    Taxer les importations proportionnellement aux exportations: lorsqu'il manque 30 milliards dans la balance = on étale 30 milliards de taxes sur des produits importés qui seraient aussi fabriqués en France, pour équilibrer notre balance, c'est équitable. et on pourra ainsi subventionner en charges les sociétés qui exportent de France...
    Cette mesure poussera les importateurs à faire fabriquer en France et fera revenir les exportateurs sur le sol français !!!!!
    amicalement
  • Par Jean-Pierre D • Posté le 03/09/2008 à 21:07 Tout à fait d'accord sur vos analyses mais il ne faut pas oublier la suppression de l'ISF. Il ne sert à rien de favoriser le développement des petites sociétés et faire partir à l'étranger les entrepreneurs qui ont réussi pour cause de plus-value et d'ISF. Plus que tout autre chose l'ISF est le symbole d'un capitalisme archaïque qu'il faut faire sauter.
  • Par Pierre L • Posté le 03/09/2008 à 19:09 Bonjour Bernard,
    Excellent article. S'agissant des "gros BA", n'y a-t-il pas pour certains d'entre eux : les "débutants", un manque de structure d'appui / échange / accompagnement, pour leurs premières opérations ?
    Beaucoup (?) de ces "gros" BA potentiels ne viennent pas du milieu des affaires (professions médicales par exemple): par qui sont-ils conseillés ? Les banques ? les gestionnaires de fortune ? les avocats d'affaires ?
    N'y a-t-il pas là quuelque chose à bâtir ?
    Mais peut-être suis-je en train de réinventer la roue !
    Amicalement.