Nous sommes tous des anticapitalistes, n'est-ce pas ?

18 juin 2009 • Bertrand Nouel

Mon ami Gustave Michu coule une retraite heureuse dans sa maisonnette au Mans, où il passe le plus clair de son temps à cultiver ses fleurs avec adoration. Aussi prête-t-il une oreille attentive et bientôt compatissante lorsque son neveu Sven, 23 ans, vient lui annoncer qu'il envisage de monter une entreprise d'entretien de jardins. Il a, dit-il, étudié le marché qu'il estime en plein essor et pense notamment qu'il y a une forte demande pour la tonte des pelouses et l'entretien des massifs.

L'oncle acquiesce et sourit d'avance ; mais il aime beaucoup son neveu dont il apprécie le dynamisme. Effectivement Sven lui fait part de la difficulté à réunir les fonds pour acquérir la tondeuse modèle professionnel dont il a besoin. Il ne peut contenter les exigences des banques faute de garanties. Gustave n'a amassé qu'un bien modeste capital et ne peut lui prêter les 50.000 euros nécessaires, mais, disons, la moitié seulement. Quel taux d'intérêt demanderait-il ? « Mon ami, dit Gustave, je suis disposé à t'apporter ces fonds en capital. Tu ne me dois donc aucun intérêt, cela constituera des fonds propres qui faciliteront tes rapports avec les banques. Je prends mes risques, mais cela donnera du piment à mes vieux jours, et puis si tu travailles bien comme je le pense, ton entreprise grandira et tu pourras me verser quelques dividendes ».

A peu près au même moment ZZ devient conseiller du Real Madrid, club qui aimerait bien renouer avec son mythe après quelques déconfitures. Surtout que ce sont les voisins catalans qui ont tiré toute la couverture à eux, ce que la fierté madrilène ne peut pas accepter. Sur les conseils de ZZ donc, et alors que s'ouvre le « mercato », sorte de comices de la bête à deux chaussures, voici que le club s'engage dans une politique dont on n'a encore jamais vu l'équivalent : 200 millions d'euros pour « acheter » seulement trois joueurs ! ZZ lui-même, idole des foules, avait été acheté pour 75 millions d'euros quelques années plus tôt. Mais il est cette fois battu à plate couture par un certain Ronaldo (93 millions à lui seul). Les Français aiment bien le foot eux aussi, cela ne leur déplairait pas d'avoir un Barça ou un Real chez eux, mais chut… quelle ignoble dictature que celle du capital !

Il faut certes beaucoup de Michu pour faire un Perez, mais quelquefois Sven devient François (Pinault) …

Il arrive aux Français de voter anti-capitaliste, mais il y en a fort peu qui croient au slogan, entendu ces jours-ci, selon lequel « les patrons ont besoin de nous, mais nous on n'a pas besoin des patrons ». Sven, lui, se dit qu'il a besoin d'une tondeuse. Souhaitons-la lui et merci d'avance à tous les Gustave du monde.