Europe et international

Nous manquons de riches millionnaires en France

01 décembre 2010 • Bernard Zimmern

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Les récents scandales entourant l'affaire Bettencourt ont fait perdre de vue que la France s'appauvrit et voit son nombre de millionnaires se réduire dangereusement. Car nous avons besoin de millionnaires : pas seulement pour fournir des clients à nos maisons de luxe ou nos grands hôtels mais pour financer nos entreprises, leurs créations comme leurs développements.

L'Occident est actuellement soumis à une attaque géante des pays en voie de développement qui déversent comme ils ne l'ont jamais fait dans le passé d'énormes quantités de produits de consommation à bas prix sur nos marchés, éliminant des pans d'industrie entiers depuis les fabricants de chaussures au Portugal en passant bien sûr par le textile et maintenant les TGV et les machines-outils.

L'Occident ne peut s'en sortir qu'en inventant des produits et des services qui n'existent pas encore ou ne sont pas encore à la portée technique des pays en voie de développement, plus seulement la Chine ou l'Inde mais le Vietnam, l'Indonésie, etc. Mais cela entraîne d'énormes besoins de financement car il faut reconvertir des entreprises et surtout en créer.

Un rapport du Crédit Suisse d'octobre 2010 intitulé « Global Wealth Report » a été abondamment cité dernièrement car il fait état de 2,2 millions de millionnaires en $ en France, plaçant la France en troisième position derrière les Etats-Unis et la Japon. Mais il semble bien que cette étude soit biaisée car elle prend en compte la résidence principale, ce que ne font pas classiquement les études sur le sujet.

Comment expliquer par ailleurs qu'il y ait aujourd'hui 562.000 déclarations ISF (qui commence à 750.000 euros de patrimoine, soit environ un million de $) si la France comptait vraiment 2,2 millions de millionnaires en $ ?

La statistique suivante établie par CapGemini et Merrill Lynch en 2010 (World Wealth Report) donne le nombre de millionnaires en $ pour différents pays (en excluant la résidence principale) et évalue le nombre de millionnaires en France à 383.000 millionnaires.

L'Allemagne et la Grande-Bretagne se sortent plutôt bien de cette compétition comme le montrent les chiffres suivants :


Comparaison du nombre de millionnaires par pays

A voir ces chiffres, nous avons pris un retard colossal car nous sommes dans le rapport 1 à 7,5 avec les Etats-Unis alors que nos rapports de population sont dans le rapport 1 à 5.

Nous sommes tombés en-dessous de la Grande Bretagne alors que nos populations sont les mêmes et que la Grande-Bretagne est supposée avoir été plus atteinte que nous par la crise financière. Et nous ne sommes même pas au double de la petite Suisse, ce qui est cohérent avec le fait que nous avons disparu dans des domaines clés comme la machine-outil où les fabrications suisses sont dix fois plus importantes que les nôtres (ce qui rend un peu ridicules tous les discours sur la ré-industrialisation) [1].

Et, surtout, nous sommes tombés très en dessous de la moitié de l'Allemagne alors que nos populations sont dans le rapport de 60 millions à 80 millions.

Ceci ne nous surprend qu'à moitié car dans un rapport à sortir prochainement par Société Civile, nous produisons depuis 10 ans chaque année 5 fois moins d'emplois marchands que l'Allemagne, environ 115.000 contre 600.000.

Il serait peut-être temps de s'interroger pour comprendre comment des gens aussi intelligents que les Français en sont arrivés là. Il faut peut-être bannir les millionnaires mais ils sont une bonne mesure de l'efficacité d'une nation et de la santé d'une société.

Commentaires

  • Par Bernard Zimmern • Posté le 08/12/2010 à 10:27 Vous avez raison: il existe des personnes privées qui sont tellement riches que quand elles investissent, elles se comportent comme des fonds de capital-risque. Pour Bill Gates, cela n'a guère de sens d'investir 100.000 $.

    Aussi un Business Angel n'est pas quelqu'un de très riche mais riche, avec une fortune de quelques millions d'euros ou un revenu qui peut aller à quelques centaines de milliers d'euros/an.

    Il existe même dans la législation américaine une définition légale: il faut qu'il ait au minimum une fortune de 1 million de $ ou un revenu annuel de plus de 200.000 dollars.

    Ce sont ceux-là qui nous intéressent car ils sont nombreux, quelques dizaines de milliers alors que les super-riches sont trop peu pour réellement avoir un impact sur la création d'entreprises.

    Mais il faut les inciter à investir dans des créations: actuellement, il est plus rentable et plus sûr d'investir dans les DOM-TOM. Exemple: le fonds HSBC SA Pomarca qui d'après La Tribune vous assure des rentabilités de l'ordre de 20 à 25% sans risques, 12% dans le cas Pomarca, rentabilité qui vient uniquement de l'avantage fiscal.
  • Par Jean-Louis MORGENTHALER • Posté le 08/12/2010 à 10:27 Merci pour votre réponse.

    Je prends note de votre argument. J'apprécie que vous ayez pris la peine de répondre.

    Mais n'existe-t-il pas précisément des fonds de capital risque ? Les Business Angels ne sont-ils pas aussi des personnes morales et pas seulement des personnes privées ? Regardez par exemple, l'établissement suivant :
    http://www.morgenthaler.com/ventures/portfolio/ .

    C'est pourquoi, s'il ne me semble pas faux en effet de dire que la France a aussi besoin de riches, il me semble tout de même plus complet et plus vrai de dire que la France a besoin d'investisseurs, peut importe qu'il s'agisse de fortunes personnelles, d'entreprises ou d'établissements bancaires

    spécialisés.
  • Par J MOULY • Posté le 07/12/2010 à 10:35 Bonjour,
    Vous dites il n'y a que "562.000 déclarations ISF (qui commence à 750.000 euros de patrimoine"; tout d'abord il faut lire 790.OOO, et puis l'explication est toute simple: beaucoup ne remplissent pas de déclaration (laquelle est volontaire) ....

    Quant aux français, peuple "si intelligent", il faut peut être -à notre grand dépit- revoir ce jugement: non, nous ne sommes pas (plus?) le peuple le plus intelligent sur terre! l'actualité nous en donne, hélas, de multiples preuves.
  • Par Bernard Zimmern • Posté le 06/12/2010 à 10:58 Nous avons besoin de riches car les classes moyennes ne peuvent investir 200 OU 300 ou 500.000 euros d'un coup dans une entreprise, de leur poche. Elles ne peuvent le faire que par des fonds qui mutualisent. Mais les Américains - et les Anglais - ont compris depuis 51 ans qu'un fonds ne prendra pas les risques qu'il faut prendre à la création et que seuls les Business Angels, qui ont au mimimum 5 à 10 millions de patrimoine ou gagnent plus d'un million par an, peuvent prendre. Un créateur a besoin en moyenne de 500.000 apportés par 1, 2 au maximum 3 business angels qui lui apportent outre l'argent, les réseaux et les conseils gratuits mais compétents.

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