État et collectivités

Quelles réformes pour relancer la France ?

01 juin 2017 • Agnès Verdier-Molinié

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Jeudi 1er juin, Agnès Verdier-Molinié, directeur de la Fondation iFRAP, répondait aux questions de Sud Ouest sur la thérapie de choc (de réformes) qu'il faut mener en France : recentrage de l’État sur ses missions régaliennes, suppression du statut de fonctionnaire à vie, réduction du nombre d’élus, etc.

Sud-Ouest :  Le Président sortant estime qu’il laisse le pays dans un état bien meilleur qu’il ne l’a trouvé. N’êtes-vous pas exagérément pessimiste concernant la situation de la France ?

Agnès Verdier-Molinié : Il est difficile de souscrire à une telle affirmation avec 1,3 million de chômeurs supplémentaires (toutes catégories confondues) et plus de 400 milliards de dette nouvelle au cours du quinquennat qui vient de s’achever. Et puis, les Français continuent de s’appauvrir : rappelons que le produit intérieur brut (PIB) par tête stagne autour des 38.000 dollars depuis 2008. Il faut également mentionner le matraquage fiscal pratiqué lors de la dernière législature.

En 2015, les ménages et les entreprises ont versé 999 milliards d’euros de prélèvements obligatoires (contre 819 milliards d’euros en 2007). Cette année, ils paieront plus de 1.000 milliards d’euros. Nos entreprises sont les plus taxées d’Europe avec un prélèvement qui avoisinait les 400 milliards d’euros en 2014 (soit 19 points de PIB). Par ailleurs, ne passons pas sous silence le gaspillage lié au mille-feuille administratif français. Nous sommes le seul pays au monde à empiler autant de structures administratives dont les compétences se recoupent bien souvent. Et les dysfonctionnements persistants de la sphère publique (temps de travail bien inférieur à la durée légale, absentéisme florissant, etc.) coûtent cher à la collectivité. Pourtant, il serait possible d’économiser 90 milliards d’euros sur cinq ans en rationalisant les dépenses publiques grâce à différentes mesures ciblées que j’évoque dans ce livre.

Il y a plus de 50 ans, le rapport Rueff-Armand dénonçait déjà les rigidités de l’économie française et l’inadaptation de l’administration à ses missions. Sans grand succès. La France a survécu, bon an mal an, à ce demi-siècle d’inertie. Pourquoi ne pourrait-on pas prolonger cette voluptueuse immobilité ? D’abord, parce que le pays ne dispose plus de marges de manoeuvre. Nous vivons actuellement sur une illusion liée à la persistance de taux d’intérêt bas qui nous permet de continuer à nous endetter sans trop de douleur. Mais, cette situation ne durera pas toujours, notamment si la banque centrale européenne (BCE) décide de remonter franchement les taux. Le remboursement de la dette deviendra alors insupportable.
 
Je rappelle que la dette publique (2.200 milliards d’euros actuellement) représente désormais plus de 97% du PIB. Ensuite, l’élection d’un nouveau président de la République ouvre une "fenêtre de tir" favorable à la mise en oeuvre de réformes structurelles. C’est au cours des douze premiers mois de la mandature qu’il faut impérativement impulser le mouvement. Et puis, je crois que les Français sont désormais suffisamment matures pour accepter la nécessité de réformes d’envergure. Les élites, notamment, ont bien compris qu’il faut bouger sans attendre si l’on veut éviter l’effondrement du modèle social français.
 
Sud-Ouest : Vous préconisez en particulier dix ordonnances pour prendre les premières mesures d’urgence. Des voix s’élèvent déjà contre cette méthode privilégiée par le président Macron. Est-ce vraiment la solution la plus appropriée pour réformer notre pays ?
 
AVM : Contrairement à ce que prétendent les opposants aux réformes, les ordonnances n’ont rien d’antidémocratique. Elles n’empêchent pas la concertation et elles ont déjà été utilisées dans le passé par différents gouvernements sans problème insurmontable. Surtout, elles présentent l’avantage de permettre l’obtention de résultats rapides, contrairement au long et complexe processus législatif traditionnel. On ne peut plus attendre pour recentrer l’État sur ses fonctions régaliennes, réformer le marché du travail ou encore améliorer les performances du système éducatif en accordant plus d’autonomie aux établissements scolaires. Ce sont des chantiers indispensables pour que notre pays renoue avec la croissance.

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