État et collectivités

Plan Paulson : 700 milliards de dollars, libéralisme et étatisme

02 octobre 2008 • Bertrand Nouel

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L'Etat américain s'apprête à prêter 700 milliards de dollars pour juguler une crise financière dont on dit qu'elle se compare à la crise de 1929. Le Sénat vient d'adopter ce plan de sauvetage et il sera soumis au vote de la Chambre des représentants vendredi 3 octobre. Certains d'y voir, en raison du caractère apparemment gigantesque de cette somme, des nationalisations annonçant la fin du libéralisme au pays qui en est le chantre le plus affirmé.

Gardons-nous de jugements emphatiques et définitifs. Il y a quinze ans, dans un petit pays qui s'appelle la France, la mise de l'Etat a atteint 130 milliards de francs pour sauver le Crédit Lyonnais. Toutes conversions et inflations prises en compte, la mise de l'Etat américain, en proportion du PIB américain par rapport au PIB français (six fois inférieur environ), n'est jamais qu'entre le triple et le quadruple de la mise de l'Etat français à l'époque.

Et pourtant le désastre du Crédit Lyonnais, s'il a marqué les esprits à l'époque, a été absorbé sans révisions déchirantes, même dans l'hexagone et le temps a très vite passé. La crise actuelle est extrêmement grave par ses répercussions, mais les montants en cause ne sont pas si astronomiques quoi qu'on en dise. Ce n'est ni une première, ni probablement une dernière, et elle est le prix à payer pour le développement économique considérable que le libéralisme a permis.

Quant aux leçons que les Français, toujours férus d'opposer les mots en « –isme », croient devoir en tirer sur le retour glorieux de l'Etat, méfions-nous aussi : lorsque le désastre du Crédit Lyonnais a éclaté, la banque appartenait à l'Etat en conséquence des nationalisations mitterrandiennes, et a été presque immédiatement rendue au privé dès l'organisation de la défaisance. La parenthèse de gestion du Crédit Lyonnais par l'Etat aura finalement coûté, après la clôture des comptes en 2006, 16 milliards d'euros de pertes au contribuable français, et depuis la gestion privée de la banque se révèle de nouveau plutôt tranquille.
Que les Français commencent par balayer devant leur porte, et ne prétendent pas non plus tirer à l'envers les leçons de l'hisoire. Bien malin celui qui sait quelles conclusions s'imposeront finalement de l'épreuve des subprimes, mais il est plus que douteux qu'elles sonneront le glas du libéralisme.

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