État et collectivités

« Macron ne doit pas faire du Chirac ou du Hollande »

10 décembre 2018 • Agnès Verdier-Molinié

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Le président va parler lundi soir. Souhaitons qu'il ne s'abandonne pas aux facilités de ses prédécesseurs, qui ont grandement contribué aux difficultés que la France connaît aujourd'hui...

Le risque ? L'annonce classique d'un grand plan d'aides sociales supplémentaires et sans réflexion sérieuse. Une nouvelle augmentation de la dépense publique et par ricochet une nouvelle augmentation des impôts. Qui le paierait ? Ceux qui ne cassent pas, ceux qui ne s'exilent pas. La tentation est grande, apparemment, de céder aux démons égalitaristes : rehausser les impôts sur le capital, sur les successions, sur l'immobilier… Des domaines dans lesquels nous sommes déjà surtaxés par rapport à nos voisins européens ! En outre, on le sait, les meilleurs cerveaux de la République élaborent en ce moment les propositions les plus sophistiquées pour tenter d'augmenter le pouvoir d'achat : prime défiscalisée, augmentation de la prime d'activité, aides en tous genres… Or tout cela restera du bricolage.

La solution ? Renoncer immédiatement à toutes les augmentations de prélèvements obligatoires affichées jusque-là. Stopper, bien sûr, c'était l'évidence, l'ensemble de la hausse de la fiscalité énergétique prévue sur le quinquennat, mais stopper aussi la suppression de la taxe d'habitation, qui est la raison réelle de l'augmentation de la fiscalité écologique et l'élément déclencheur de la déstabilisation de nos territoires. Il faut aussi renoncer à ce qui va déclencher la prochaine vague du ras-le-bol fiscal : le prélèvement à la source. Pourquoi conserver dans un tel climat une mesure qui comporte tant d'incertitudes ?

Annuler enfin la transformation du CICE en baisse de charges pour aller ensuite beaucoup plus loin qu'une simple transposition à la baisse d'une mesure déjà existante qui sera faiblement créatrice d'emplois.

Il s'agit là de décisions d'urgence et de court terme permettant de retrouver de la sérénité. Elles ne régleront, cela dit, rien dans la durée si nous n'adaptons pas notre modèle en profondeur.

Le Premier ministre a rappelé ce théorème élémentaire : les impôts ne peuvent baisser si les dépenses publiques ne baissent pas. En d'autres termes, un Grenelle de la fiscalité ne servirait à rien. Une telle grand-messe serait même incongrue si l'État ne se concentre pas sur la baisse des dépenses publiques. Tous les gestionnaires publics de l'État, des territoires et de la Sécurité sociale doivent s'unir dès janvier 2019 pour appliquer un vrai plan de baisse de leurs dépenses.

Rappelons que ce gouvernement, s'il suit sa trajectoire budgétaire programmée jusqu'en 2022, augmentera plus les dépenses publiques en valeur que son prédécesseur ! Un changement de cap doit afficher un objectif spectaculaire et assumé de 30 milliards de baisses. Cela exigera, contrairement aux prises de position précédentes du gouvernement sur le sujet, l'annonce du report de l'âge de la retraite à 65 ans (avec un décalage de 4 mois par an à partir de 2019). Une telle mesure générerait 10 milliards d'euros d'économies par an en 2022, et 15 milliards en 2025. En outre, la convergence des modes de calcul public-privé sur les retraites (selon les modalités, le gain possible est de 2 à 4 milliards d'économies) est une nécessité impérieuse. De surcroît, la chasse aux doublons pour faire baisser le coût de production de nos services publics permettrait d'espérer 5 milliards d'euros d'économies par an.

Faut-il rappeler que la France dépense chaque année 42 milliards d'euros rien qu'à distribuer les dépenses de protection sociale ? C'est exorbitant. Il n'y aurait pas davantage de baisse d'impôts possible sans un rehaussement du temps de travail dans les trois fonctions publiques en supprimant environ 10 jours de RTT. Cela générerait l'équivalent du travail de 200.000 agents « temps plein » dans les collectivités territoriales et les hôpitaux publics et permettrait de planifier le non-remplacement de départs à la retraite du même nombre d'agents publics à terme, soit plus de 6 milliards d'euros d'économies. De surcroît, toutes les embauches à venir dans les collectivités territoriales et les hôpitaux publics devraient se faire sous forme de contrats publics.

Il sera ensuite possible d'annoncer des baisses d'impôts et de charges pérennes pour les ménages et pour les entreprises. Baisser enfin l'impôt sur le revenu de toutes les familles de France (il suffit de remonter le quotient familial) au lieu de l'alourdir de 2 milliards avec le prélèvement à la source  et de diminuer les taxes sur la production qui empêchent nos entreprises de créer des emplois dans les territoires.

Le pouvoir d'achat ne se gagne pas par le bon vouloir de l'État mais avant tout par le travail dans les entreprises. Et les entreprises ne créeront pas plus d'emplois et pas davantage de pouvoir d'achat si la France reste surtaxée et ultra-dépensière. C'est cet ancien monde qu'il faut enfin quitter.

Cette tribune a été publiée, lundi 10 décembre, dans le Figaro. A voir, en cliquant ici.

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