État et collectivités

Flotte de porte-avions : comparaison internationale

12 septembre 2018 • Un expert des questions de Défense

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La loi du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 prévoit le lancement des études relatives à la réalisation d'un porte-avions (PA) devant succéder au « Charles de Gaulle » qui devrait être retiré du service actif dans les années 2040.  Une occasion de présenter la situation actuelle des flottes de PA de différents pays visant à mettre en évidence la nécessité pour la marine nationale française d'avoir en service actif non pas 1 PA mais 2 (comme dans les années 1960-1990 avec le « Foch » et le « Clemenceau ») compte tenu de son rang de puissance maritime et militaire (en particulier nucléaire).

Quels sont les différents types de PA ?

D'un point de vue opérationnel et technique, il existe 3 types de PA :

  • le CATOBAR (Catapult Assisted Take Off But Arrested Recovery : assistance au décollage par catapulte et à l'appontage) qui dispose : à la proue du PA d'une piste permettant le décollage horizontal d'avions avec un système de catapultes actuellement à vapeur qui devrait être remplacé par un dispositif électromagnétique (américain : EMALS), de brins d'arrêt pour l'appontage horizontal des avions ;
  • le STOBAR (Short Take-Off But Arrested Recovery) qui dispose : à la proue du PA d'une piste disposant d'un tremplin avec un angle de sortie d'une dizaine de degrés qui permet le décollage court horizontal des avions sans catapultage, de brins d'arrêt pour l'appontage horizontal des avions ;
  • le STOVL (Short Take Off Vertical Landing) qui dispose : à la proue du porte-avions d'une piste disposant d'un tremplin avec un angle de sortie d'une dizaine de degrés permettant le décollage court horizontal des avions sans catapultage, d'une piste permettant le décollage et l'appontage vertical des avions (Vertical Take-off and Landing aircraft - VTOL).

Quels sont les avantages et les inconvénients de ces 3 systèmes ?

Le système CATOBAR qui apparaît plus coûteux en raison de son système de catapultage présente les avantages suivants :

  • Possibilité d'embarquer des avions de l'aéronavale et de l'armée de l'air disposant de l'arme nucléaire et des avions de guet et d'observation (exemple : Atlantique 2, E-2 Hawkeye, Grumman C-2 Greyhound) de poids plus élevé que les chasseurs ;
  • Faculté pour ces avions de conserver un rayon d'action important grâce aux catapultes ;
  • Diminution des contraintes du décollage horizontal liées à la force et à la direction du vent grâce aux catapultes.

Le système STOBAR embarque des avions plus légers dotés d'une importante force de poussée qui diminue leur rayon d'action et leur quantité d'emport d'armes létales conventionnelles, mais avec des contraintes de décollage relatives à la force et la direction des vents.

Le système STOVL qui peut être assimilé plutôt à des porte-aéronefs car ils embarquent un mix d'avions à décollage horizontal court et/ou vertical et d’hélicoptères (transport de personnels, attaque au sol...) dont le ratio varie en fonction des missions, embarque des avions spécifiques (VTOL) avec des caractéristiques moindres en termes de rayon d'action et d'emport d'armes conventionnelles.

Quels sont les pays qui mettent en œuvre le PA armé du système CATOBAR ?

Ce sont les États-Unis d'Amérique et la France – confer le tableau ci-dessous :

Nom tonnage à pleine charge propulsion vitesse en nœuds puissance en ch équipage groupe aérien embarqué aéronefs embarqués – capacité maximale lancement entrée en service actif ancienneté de service en 2018
Etats-Unis d'Amérique
Classe Nimitz
Nimitz 72 900 nucléaire 30 260 000 3 200 2 480 90 1972 1975 43
Dwigt D. Eiseonhower 72 900 nucléaire 30 260 000 3 200 2 480 90 1975 1977 41
Carl Vinson 72 900 nucléaire 30 260 000 3 200 2 480 90 1980 1982 36
Classe Roosevelt
Theodore Roosevelt 88 000 nucléaire 30 260 000 3 200 2 480 90 1984 1986 32
Abraham Lincoln 88 000 nucléaire 30 260 000 3 200 2 480 90 1988 1989 29
George Washington 88 000 nucléaire 30 260 000 3 200 2 480 90 1990 1992 26
John C. Stennis 88 000 nucléaire 30 260 000 3 200 2 480 90 1993 1995 23
Harry S. Truman 88 000 nucléaire 30 260 000 3 200 2 480 90 1996 1998 20
Ronal Reagan 88 000 nucléaire 30 260 000 3 200 2 480 90 2001 2003 15
George H.W.Bush 88 000 nucléaire 30 260 000 3 200 2 480 90 2006 2017 1
En étude et construction : classe Gerald R. Ford
Gerald R. Ford 112 000 nucléaire 30 300 000 4 290 100 2013 essais en mer
John F. Kennedy en construction depuis 2011
Enterprise début de construction prévue en 2019
France
En service
Charles de Gaulle 42 500 nucléaire 27 83 000 1 210 700 40 1994 2001 17

Quels sont les pays qui mettent en œuvre le PA armé du système STOBAR ?

Ce sont la Fédération de Russie, l'Inde et la République populaire de Chine (RPC) qui pour ces 2 derniers pays ont en acquis chacun 1 PA auprès des anciens pays de l'URSS (Ukraine et Russie) : à noter que l'Inde la RPC ont lancé le chantier de fabrication nationale d'un 2d PA – confer le tableau ci-dessous :

Nom tonnage à pleine charge propulsion vitesse en nœuds puissance en ch équipage groupe aérien embarqué aéronefs embarqués – capacité maximale lancement entrée en service actif ancienneté de service en 2018
Fédération de Russie
Amiral Kouznetsov 59 100 thermique 32 200 000 1 300 600 26 dont 14 avions et 12 hélicoptéres 1985 1991 27
République populaire de Chine
Porte-avions de la Classe Amiral Kouznetsov acheté en 2000 en état de non achévement par la Chine à l'Ukraine
Liaoning 67 000 thermique 32 50 000 2 000 500 40 1998 2011 8
En construction
Type 001A 70 000 thermique   200 000       2017 prévue en 2020  
Inde
Porte-avions de la Classe Kiev acheté en 2004 par l'Inde à la Fédération de Russie – classe Kiev
Vikramadyta 45 000 thermique 32 180 000     30 dont 12 avions   2013 5
En construction
Vikrant 40 000 thermique 28 100 000     30 dont 12 avions 2013 en construction  

Quels sont les pays qui mettent en œuvre le PA armé du système STVOL ?

Ce sont plusieurs pays qui mettent en œuvre ce type de PA, notamment :

  • Européens (hors l'Allemagne qui n'a jamais disposé de PA opérationnel) : le Royaume-Uni de Grande Bretagne et d'Irlande du Nord, l'Italie et l'Espagne ;
  • Autres comme l'Australie et la Turquie qui ont fait construire leur PA avec l'aide de l'Espagne.
Nom tonnage à pleine charge propulsion vitesse en nœuds puissance en ch équipage groupe aérien embarqué aéronefs embarqués – capacité maximale lancement entrée en service actif ancienneté de service en 2018
Royaume-Uni de Grande Bretagne et d'Irlande du Nord
HMS Queen Elizabeth 65 000 électrique intégrée 27 108 000 1 450 40 2014 2017 1
HMS Prince of Wales En construction depuis 2017 sur le même modèle que celui du HMS Queen Elizabeth
Italie
C'est plutot un porte-aéronefs dans la mesure où ce navirs accueille un mix d'avions et d'hélicoptéres avec un ratio plus ou moins variable selon les missions ainsi qu'une force blindée-mécanisée d'environ 500 personnels
Giuseppe Garibaldi 13 850 électrique intégrée 30 20 000 730 100 12 1983 1986 32
Cavour devant remplacer le Gaibaldi 27 910 électrique intégrée 28 20 000 450 200 9 2004 2009 8
Espagne 
C'est plutot un porte-aéronefs dans la mesure où ce navirs accueille un mix d'avions et d'hélicoptéres avec un ratio plus ou moins variable selon les missions ainsi qu'une force blindée-mécanisée d'environ 900 personnels
Juan Carlos 28 000 thermique 21 28 000 260 170 24 dont 12 hélicoptéres 2009 2016 2
Australie
HMS Adelaïde caractéristiques identiques au PA Juan Carlos car construit par l'Espagne 2012 2016 2
HMS Canberra caractéristiques identiques au PA Juan Carlos car construit par l'Espagne 2011 2016 2
Turquie
Anadolu caractéristiques identiques au PA Juan Carlos car construit par l'Espagne en construction – livraison prévue en 2021

Pourquoi doter en permanence avec 2 PA pour la marine nationale française ?

Navire de dimension stratégique disposant des moyens d'intervention et de dissuasion nucléaire et conventionnelle, le PA permet de se passer de bases aéroterrestres qui suppose de passer des accords binationaux avec des pays limitrophes des théâtres d'OPEX – ce qui permet de diminuer les coûts relatifs au déploiement au sol. Cependant, un seul PA ne suffit pas car il est soumis à plusieurs périodes de maintenance technique - exemple pour le PA « Charles de Gaulle » :

  • Périodique (IPER) : 18 mois tous les 8 ans (2008 et 2018),
  • Intermédiaire (IEI) : 7 mois entre chaque IPER,
  • D’entretien courant : 2 à 3 mois.

Donc, mettre en œuvre un seul PA se traduit par une capacité aéronavale d'environ 60%.

En outre, certains pays privilégient la mise en œuvre de navires jumeaux (« sister ships »), qui permettent la diminution du coût unitaire de fabrication de ces navires :

  • US Navy : 13 dont 3 de la classe Nimitz, 7 de la classe Roosevelt, et 3 de la classe Ford ;
  • Royal Navy : 2 PA ;
  • Royal Australian Navy : 2 PA.

De plus, il semblerait que d'autres pays envisageraient de doter au plus tôt dans les années 2020-2030 leur marine de plusieurs PA de type CATOBAR et/ou STOBAR à propulsion nucléaire et/ou thermique comme :

  • La Fédération de Russie (confer l'article de BFM Business du 29 avril 2017) = 3) ;
  • La République populaire de Chine (confer l'article du media Les Echos du 1er mars 2018) = 6 ;
  • L'Inde (confer l'article de Net-Marine du 10 novembre 2016) = 3.

Pour la France, s'appuyer sur un PA américain en cas d'indisponibilité technique du « Charles de Gaulle » pose la question de l'indépendance nationale en matière stratégique et diplomatique, notamment avec la mise en œuvre de la dissuasion nucléaire.

Quel type du nouveau PA pour la marine nationale française ?

La mise en œuvre par la France d'un PA CATOBAR permet des échanges avec la marine américaine – confer les exemples suivants (liste non exhaustive) :

  • 1998 : entraînement des pilotes français sur le PA USS « Théodore Roosevelt » ;
  • 2005 : appontages d'avions américains F/A-18 Hornet, E2-C Hawkeye et C-2 A Greyhound sur le PA « Charles de Gaulle » ;
  • 2007 : appontage d'avions français (avions Rafale et E2-C Hawkeye) sur le PA USS « Enterprise » ;
  • 2010 : changement pour la 1ére fois de moteur d’un Rafale M F3 à bord du PA USS « Harry S. Truman » tandis que des F/A-18 effectuaient une série de « touch and go » sur le PA « Charles-de-Gaulle » ;
  • 2016 : commandement par le groupe aéronval français lors de la mission Arromanches2 déployée contre l'État islamique (EI ou Daesh) de la « task force 50 » compte tenu de l'impossibilité pour l'US Navy de disposer d’un PA dans la zone des opérations ;
  • 2018 : entraînements d'équipages français sur le PA USS « Georges H W. Bush » en raison de l'arrêt technique majeur du PA « Charles de Gaulle ».

La configuration des 2 PA de type CATOBAR que doit réaliser la France devra avoir les caractéristiques suivantes :

  • Possibilité d'accueillir différents aéronefs français et mis en œuvre par les pays de l'OTAN à voilure fixe, tournante et convertible en particulier les nouveaux avions et des drones du Système de combat aérien du futur européen (SCAF) ;
  • Disposer de la propulsion nucléaire qui permet notamment des ravitaillements moins fréquents qu'une propulsion classique (gazole).

Quel pourrait être le coût de 2 PA ?

A titre de référence, le coût du porte-avions « Charles de Gaulle » a été d'environ 4 milliards d'euros mais la construction d'un second PA nucléaire implique la commande de nouveaux matériels pour l’équiper. Au total, on peut estimer que ce sont entre 6 et 8 milliards d’euros qu’il faut prévoir pour la construction et l’armement d’un second porte-avions. Si ces investissements sont très lourds, ils ont forcément vocation a être répartis sur toute la durée de la construction, soit 15 ans. Dès lors, cela représente environ 466 millions d’euros par an. 

Conclusion

Lors de la campagne des élections présidentielles de 2017, l'ensemble des candidats s'est prononcé pour la réalisation d'un seul PA avec une phase préalable d'études de développement du programme.

Alors que la France dispose du 2d espace maritime sur la planète, il convient de porter dans les meilleurs délais un effort significatif au profit de sa marine nationale en ce qui concerne la réalisation notamment de 2 PA CATOBAR devant être mis en service à partir des années 2030-2040. Pour tenir ce calendrier, la décision de réalisation sur le 2d PA CATOBAR doit être prise rapidement.

Pour aider le financement de la réalisation de ces 2 PA « sister ships » permettant ainsi d'amortir les coûts fixes de ce programme, il convient de rechercher des économies budgétaires et financières en renforçant dans un cadre européen la mutualisation des forces terrestres dont le volume total est supérieur à celui de l'US Army alors que l'US Navy a une force de projection supérieure à celle des marines européennes.

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